15/11/2014

UKRAINE: Une photographie satellitaire atteste que le vol MH17 a été descendu par un Sukhoï

 
 
-----Message d'origine-----
From: EditionsDémocrite
Sent: Saturday, November 15, 2014 10:02 PM
 
Subject: Une photographie satellitaire atteste que le vol MH17 a été descendu par un Sukhoï
 
 
Soyons-en sûrs, si l' info se révèle réelle, les merdias du capitalisme ricano-otano-occidentaux-européistes ne vont pas faire trop de tamtam à ce sujet: 
 
Une photographie satellitaire atteste que le vol MH17 a été descendu par un Sukhoï...
 
RÉSEAU VOLTAIRE INTERNATIONAL | MOSCOU (RUSSIE) | 15 NOVEMBRE 2014
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Un courriel, signé « George Bilt », a été envoyé il y a quelques jours à l’attention de l’Union russe des ingénieurs qui avait publié un rapport préliminaire sur l’accident du vol MH17 [1]. L’auteur déclare être ingénieur du MIT et expert en aviation depuis plus de 20 ans.
 
Le mail contenait une photographie d’un jet tirant sur un Boeing.
 
Le paysage, les conditions météorologiques, les aéronefs sur la photographie sont pleinement compatibles avec les circonstances de la chute du vol MH17 Amsterdam/Kuala Lampur de la Malaysian airlines qui fit 298 morts.
 
Ivan Andrievsky, le premier vice-président de l’Union russe des Ingénieurs a déclaré : « Voici une photo de l’espace prise à partir d’une orbite basse. Selon les coordonnées indiquées dans l’image, on peut supposer qu’ elle a été prise par un satellite espion états-unien ou britannique. Nous avons effectué une analyse détaillée de l’image et il n’y a aucun signe de trucage ».
 
Le 21 juillet, le commandant en chef de la Direction des opérations de l’état-major des Forces armées russes, le général Andrey Kartopolov, avait déclaré que, selon les données de contrôle, un jet militaire ukrainien SU-25 avait été détecté sur place juste avant la chute du Boeing.
 
La première chaîne de télévision russe a publié la photographie transmise par « George Bilt » que nous reproduisons.
 
 
 
D’après Oriental Review.
 
[1] « Analyse des causes de l’accident du vol MH17 », par Ivan A. Andrievskii, Оdnako (Russie), Réseau Voltaire, 28 octobre 2014. https://www.youtube.com/watch?v=vsdu0qZTsh0#t=19

22:44 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Qui avait payé et armé Hitler ?

Qui avait payé et armé Hitler ?

 

http://www.mariosousa.se/quiavaitpayeetarmehitler.html 

http://histoire.skynetblogs.be 

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Une question à laquelle journaux, magazines et livres d´histoires bourgeois touchent très rarement est celle de savoir qui avait financé et armé Hitler. Qui avait financé l´appareil militaire et l´appareil de propagande du parti nazi ? Hitler était caporal pendant la première guerre mondiale et il menait aussi bien avant qu´ après la guerre une vie bohémienne, sans travail permanent.

Comment fut-il possible pour Hitler de mettre sur pied, en quelques années seulement, un grand appareil de propagande et un parti couvrant tout le pays et de rafler le pouvoir en Allemagne ?  Qui était derrière lui ? Qui a financé Hitler ?

 

Savais-tu ?

 

Savais-tu que Fritz Thyssen, l´homme le plus riche d´Allemagne, au capital provenant de l´industrie sidérurgique, était le premier capitaliste qui avait commencé à financer Hitler ? Il avait donné à Hitler cent milles marks d´or en 1923!

 

Savais-tu que l´industrie chimique allemande avait découvert et fabriqué le pétrole, les matières explosives et le caoutchouc artificiel qui rendirent Hitler et l´Allemagne nazie totalement indépendants des produits naturels importés et libres de faire la guerre?

 

Savais-tu que les découvertes de l´industrie chimique allemande avaient été faites avec l´argent en partie emprunté aux Etats-Unis d´Amérique ?

 

Savais-tu que les Nazis avaient perdu 2 millions de voix dans la dernière élection démocratique en Allemagne, le 6 novembre 1932, et que les communistes avaient fait de grands succès électoraux et qu´ils étaient devenus le plus grand parti politique dans la capitale allemande, Berlin ?

 

Savais-tu qu´ après le grand recul des Nazis dans les élections de novembre 1932, 38 des grands capitalistes d´Allemagne écrivirent une pétition au président Hindenburg pour exiger la nomination de Hitler comme chancelier national ?

 

Savais-tu que le grand capital allemand rassembla, dans une réunion secrète, le 20 février 1933, 3 millions de mark pour payer la campagne du chancelier Hitler pour aux élections du 5 mars 1933?

 

Savais-tu que IG Farben, la plus grande entreprise allemande, était le plus gros assistant de Hitler pendant la guerre et que IG Farben vola et s´appropria toutes les usines chimiques dans l´Europe occupée par les Nazis: le groupe autrichien Skoda Werke Wetzler, la plus grande entreprise chimique de la Tchécoslovaquie, Aussiger Verein, les trois fabriques chimiques de la Pologne: Boruta, Wola et Winnica , le groupe chimique de la France, Kuhlmann.

 

Savais-tu que IG Fabern avait, à Auschwitz, deux usines pour la fabrication de l´huile et du caoutchouc synthétique sous le nom de IG Auschwitz, où on utilisait de la main-d´œuvre esclave et que IG Auschwitz avait son propre camp de concentration ?

 

Savais-tu que le roi de la Grande Bretagne, Edward VIII, qui fut obligé d´abdiquer de son trône en 1936, et sa femme américaine, Mme Willis Simpson, étaient nazis ?

 

Savais-tu que les institutions financières des Etats-Unis d´Amérique comme Chase National Bank et National City Bank of  New York, avaient continué d´investir dans l´industrie d´armement allemande après l´arrivée de Hitler au pouvoir et pendant la deuxième guerre mondiale ?

 

Savais-tu que la plus grande entreprise des USA pendant la deuxième guerre mondiale avait ses propres usines de fabrication du matériel de guerre en Allemagne nazie et dans les pays occupés Par example: ITT, Ford, General Motors, Standard Oil of New Jersey, etc.

 

Savais-tu que la plus grande partie de ce matériel de guerre était envoyé au front de l´est contre l´Union soviétique mais qu´il fut aussi utilisé dans la guerre contre les troupes de leur propre pays, les USA ?

 

Savais-tu que l´aide militaire de ces entreprises des Etats-Unis à l´Allemagne nazie était peut-être plus grande que la contrepartie des ventes des Etats-Unis à l´Union soviétique ? 

Tout avait commencé avec Fritz Thyssen:

 

Fritz Thyssen, le plus grand industriel de la sidérurgie  allemande de l´époque, donna une série d´interviews aux éditeurs connus, Emery Reves et César Saerchinger, lesquelles donnèrent lieu à un livre sous le titre : « I Paid Hitler » (J´ai financé Hitler ).  Le titre du livre est une reconnaissance du rôle de Thyssen dans l´Allemagne nazie, mais le livre n´est pourtant qu´une partie de la vérité. Thyssen, qui était l´homme le plus riche d´Allemagne, raconte avoir donné des grandes contributions au Parti nazi.  De son père August Thyssen, Fritz Thyssen avait hérité une aciérie et des industries des métaux dans la région de Ruhr, et les  avait transformées en un empire. Fritz Thyssen avait, au début du 19e siècle, une position dominante dans la vie industrielle et financière allemande et une grande influence dans plusieurs pays en Europe. Fritz Thyssen devint actif dans la vie politique après la première guerre mondiale. Il n´accepta jamais les sanctions économiques de les accords de paix de Versailles contre l´Allemagne vaincue et organisa entre autres la résistance passive contre l´occupation française de la Ruhr.

Fritz Thyssen chercha, après cela, un nouveau leader pour l´Allemagne. Thyssen voulait avoir quelqu´un qui pouvait contribuer au « rétablissement de l´Allemagne en faisant de nouveau naître une volonté nationale et en présentant un programme social moderne »Et Fritz Thyssen d´ajouter : « dans un pays qui, à un moment, avait sept millions de chômeurs, il était nécessaire de détourner les pensées des masses des fausses belles promesses du socialisme radical. Car ces extrémistes avaient commencé à prendre le dessus pendant la dépression économique, tout comme ils avaient été près de gagner pendant la période révolutionnaire qui avait suivi l´effondrement de 1918 ».

Le choix de Thyssen devint Adolphe Hitler. Hitler avait comme premier objectif de combattre les communistes et le mouvement syndical et d´interdire ces organisations. De plus, Hitler voulait que l´Allemagne puisse conquérir le rôle de leader dans les domaines militaire et industriel en Europe. Comme indication dans ce sens, Hitler avait voulu expulser tous les Juifs qui, selon lui, s´occupaient de la conspiration de dominer le monde et de dompter l´Allemagne. La richesse de Fritz Thyssen et son aide politique étaient ce qui, à l´origine du nazisme, avait donné à Adolphe Hitler, une base économique stable et des contacts précieux avec le grand capital allemand.

L´histoire politique d´Hitler commença après la première guerre mondiale. Pendant la guerre, Hitler était planton et caporal. A la fin de la guerre, il prit un emploi dans l´armée du district de Munich comme espion de la Défense nationale allemande, ce qui restait de l´armée allemande après la défaite. La tâche  d´ Hitler était d´espionner la gauche et le mouvement syndical. La première mission d´ Hitler était de reprendre, en 1919, le contrôle du petit parti de droite, le Parti allemand du travail, Deusche Arbeitepartei. Dans les réunions du parti, Hitler excitait grossièrement contre les communistes, les socialistes, les syndicalistes et les Juifs. C´était un démagogue exceptionnel qui connaissait l´art d´exciter le public. Il attira vers le parti, les anciens militaires de profession, les officiers et les sous-officiers, ce qui donna au parti un profil militaire.

Hitler prit vite le leadership du parti. Il changea le nom du parti en Parti national socialiste allemand du travail – NSDAP, et adopta un programme qui comprenait des principes nationalistes extrémistes et une forte idéologie antisocialiste, et antisémite. Les années suivantes furent caractérisées par un chômage massif et une grande agitation sociale. La propagande haineuse d´Hitler lui attira des partisans et le parti grandit. La confrontation avec les communistes et les socialistes qui était l´un des objectifs du parti, était toujours l´une des priorités à l´ordre du jour. Hitler donna à Ernst Röhm, un vieil officier, la mission d´organiser l´armée privée du parti, Sturmabteilung, SA, (le département d´assaut), que les Nazis utilisaient dans les attaques contre les réunions et les locaux des communistes.

L´Allemagne après la première guerre mondiale

La situation politique était très tendue et très confuse en Allemagne après la première guerre mondiale. Certains territoires/états fédérés étaient dominés par des gouvernements de gauche  (La Saxe, Thüringen, ainsi qu´une partie de la région du Rhin), d´autres par la droite (le Bayern). Un combat permanent entre la gauche et la droite était en cours dans tout le pays. De fois, les états fédérés de gauche étaient attaqués par des groupes de droite dans le but de démettre les gouvernements fédérés régionaux. Les situations révolutionnaires au sein de la classe ouvrière allemande ne manquaient pas. Les travailleurs voulaient le socialisme, les bourgeois défendaient l´ancienne classe des privilégiés. Les capitalistes finançaient la création des légions pour les utiliser contre les tentatives des travailleurs à la révolte et l´organisation. Les légions étaient constituées des anciens officiers qui s´étaient battus pendant la première guerre mondiale et qui pendant ce temps étaient des chômeurs. Ces légions étaient amenées dans tout le pays, elles attaquaient sauvagement toutes les réunions de gauche et les tentatives des travailleurs à s´organiser et terrorisaient toute la population ouvrière d´Allemagne.

Le magnat de l´industrie Fritz Thyssen faisait partie de ce mouvement contre la classe ouvrière. Thyssen voulait contribuer à casser le mouvement ouvrier allemand. Thyssen avait peu des contacts dans les milieux politiques. Dans ses mémoires, il raconte qu´il a cherché conseil chez un ami, le général Erich Ludendorff, à Munich. Le général Ludendorff était un ancien prussien, un bon ami du maréchal Paul Von Hindenburg, chef d´état-major des forces allemandes pendant la première guerre mondiale. Ludendorff était de ceux qui, pendant la guerre, avaient été nommés pour sauver l´Allemagne. Comme ancien ami du grand capital allemand, le général Ludendorff jouissait d´un grand prestige dans la haute classe allemande et était l´un des premiers représentants des soit disant patriotes  des légions qui poursuivaient et pourchassaient les ouvriers.

Ludendorff était payé par le capital industriel. Selon Thyssen, il avait « sollicité et obtenu l´aide de plusieurs leaders industriels, surtout de Minnoux du groupe Stinnes ».  Il savait où l´argent devait être utilisé pour mieux anéantir la révolte ouvrière.  « Il n´y a qu´un espoir » disait Ludendorff à Thyssen. C´était « les Légions Oberland, et avant tout, le Parti national socialiste d´Hitler. Toutes ces unités étaient composées  des jeunes hommes et des vétérans de la guerre, qui étaient résolument décidés à combattre le socialisme comme la racine et l´origine de toute la situation de déliquescence. Ludendorff admirait énormément Hitler». « Il est le seul  homme qui a quelque intelligence politique».

Fritz Thyssen suivit les conseils de Ludendorff.  Il participa comme spectateur à une réunion publique où Hitler parlait et où il trouva ce qu´il cherchait. « C´était en ce moment-là que je me rendis compte de son talent oratoire et sa capacité à conduire les masses ». Mais ce qui m´impressionna le plus, c´était  l´ordre qui régnait dans ses réunions, la discipline presque militaire de ses partisans », écrivit-il.

Le capital industriel finance Hitler

Le Parti nazi d´Hitler voulait devenir le plus grand parti de la droite. Mais Hitler manquait de l´argent. Il était difficile de réaliser le projet politique des Nazis sans des grandes contributions et même de payer la canaille qui était prête à s´habiller sous l´uniforme de S.A. Thyssen et Hitler se retrouvèrent. Ils se rencontrèrent pour la première fois à la fin octobre 1923. La première contribution de Thyssen au Parti nazi fut « cent milles mark en or ». C´était le moment.  Hitler et Ludendorff  étaient justement entrain de préparer un coup d´État à Munich et l´argent fut donc bien utilisé.  Avec l´aide des pas des bottes des légions libres dans des grandes manifestations, les Nazis allaient prendre le siège du gouvernement, faire tomber le gouvernement fédéré et placer Hitler au pouvoir. Hitler avait, révolver à la main, obligé le commissaire général de Bayern de donner son accord pour la manifestation, et le train de la manifestation se déploya à travers les rues de Munich le 9 novembre 1923 avec Hitler et Ludendorff au premier rang.

Mais le coup d´État d´Hitler eut une fin piteuse. L´armée n´était pas d´accord de faire le coup d´État. Les soldats avaient attendu dans un coin de rue et avait ouvert le feu. Certains moururent, d´autres s´enfuirent, Hitler aussi. Hitler fut arrêté quelques jours plus tard, et condamné à cinq ans de prison, mais il fut amnistié après six mois. Hitler menait une vie privilégiée en prison. Ses sympathisants parmi les officiers avaient tout arrangé. Pendant son séjour en prison, Hitler avait commencé à écrire son livre « Mein kampf », mon combat, dans lequel il développait son programme politique. Ce fut un manuel de propagande haineuse contre le communisme et les Juifs. La démagogie est le guide qui va attirer le lecteur inconscient dans un raisonnement aux postulats nationalistes extrêmes qui, en vérité, n´avaient pas de soutien dans la réalité.  L´idée de base du livre peut être résumée dans une courte citation : « Nous devons considérer le bolchévisme russe comme une tentative de la part du judaïsme, de s´arroger le leadership du monde au vingtième siècle ».

Les Nazis se renforcèrent donc parmi les petits bourgeois allemands et la classe moyenne allemande sur les traces de la crise économique  et avec l´argent provenant de la sidérurgie. En 1924, six mois après le coup d´État manqué, les Nazis firent une percée aux élections parlementaires avec 2 millions de voix et 32 sièges. Mais le bonheur ne dura pas cette fois. Lors des prochaines élections législatives tenues au cours de la même année, la côte des Nazis diminua de moitié, ils eurent 0,9 millions des voix. La marche à reculons allait continuer les années suivantes. Aux élections législatives de 1928, les Nazis eurent 0,8 millions des voix. Le parti nazi était pendant ces années, un petit groupe d´extrême droite sans influence dans la société. Au même moment, la gauche consolida ses forces. Les socio-démocrates du SPD eurent 1,9 millions des voix dans les mêmes élections et les communistes du KPD, un parti de 120 000 membres, eurent 3,3 millions des voix. La droite traditionnelle était représentée par le Centre obtint 4,7 millions des voix, le Parti national DNVP, 4,4 millions et un certain nombre de petits partis. Malgré cela, les élections de l´année 1928 furent les dernières élections où le Parti nazi d´Hitler était considéré comme l´un des plus petits partis du parlement.

En dehors d´Hitler et des capitalistes de la sidérurgie, beaucoup d´autres gens étaient intéressées à prendre la revanche de la première guerre mondiale qu´ils avaient perdue et d´amener l´Allemagne à reprendre le leadership comme la nation la plus industrialisée, et le pouvoir économique en Europe. La puissante industrie chimique allemande travaillait depuis longtemps pour une nouvelle conquête allemande des marchés européens et du monde et pour un réarmement militaire qui, les armes à la main, pouvaient garantir leurs ambitions. En réalité, l´industrie chimique allemande avait travaillé dans cette direction depuis la défaite de 1918 !

L´inflation rend le mark allemand sans valeur

Il avait été décidé, dans les négociations de Versailles de 1919, que l´Allemagne devrait payer des dommages de guerre pour compenser toutes les destructions que l´armée allemande avait causées aux populations civiles dans les pays que l´Allemagne avait envahis. Une commission de réparation, nommée par les pays alliés, allait décider, le 1er mai 1921, la somme à payer pendant au moins trente ans. L´Allemagne allait payer, avant le 1er mai, la somme de 1 milliard de Livres Sterling. La somme devrait être payée en plus grande partie, en marchandises, principalement en houille (charbon).

À la fin du mois d´avril 1921, la commission de réparation des alliés fixa la valeur des dommages et intérêts allemands à 6,6 milliards de Livres Sterling, une somme que l´Allemagne pouvait très difficilement payer. Ceci allait faire de l´industrie allemande une partie de l´appareil de production de la France et de la Grande Bretagne pendant une longue période à venir.  Devant l´occupation de la Ruhr, où 80% de l´industrie  du charbon et de la sidérurgie se trouvait, le gouvernement allemand accepta pourtant, le 11 mai 1921, l´exigence des alliés. A la fin du mois d´août, l´Allemagne avait payé 50 millions de Livres Sterling comme tranche du milliard qui devrait immédiatement être payé. Men l´économie allemande avait, en ce temps-là, déjà commencé à s´essouffler.

Au milieu de l´année 1920, le mark allemand tomba du taux normal de 20 mark pour une Livres Sterling, à 250 mark. Ceci était considéré comme une dépression qui allait être rétablie. Mais une année plus tard, lorsqu´en 1921, l´Allemagne avait besoin d´emprunter la monnaie étrangère pour commencer à payer les dommages de guerre, la valeur du  mark allemand commença à se détériorer de manière dramatique. En novembre 1921, c´était déjà 1000 mark pour une livre. Le mark allemand continua de perdre de la valeur pendant l´été 1922, mais cette fois avec une grande rapidité.

Les événements politiques du début de 1923 accélèrent davantage la chute du mark. En janvier, les troupes belges et françaises entrèrent et occupèrent la région allemande de la Ruhr.  La justification de cette occupation avait été que ces pays n´avaient pas reçu leur tranche de payement aux titres des dommages de guerre. L´occupation de la Ruhr déclencha une grande crise politique. Le gouvernement allemand déclara la résistance pacifique et interdit toute collaboration avec le pouvoir d´occupation. Ceci conduisit la France, en guise de réaction, à interdire tous les contacts entre la partie occupée et le reste de l´Allemagne. Personne ne pouvait entrer ni sortir de la Ruhr, centre de la grande production de l´Allemagne. La Ruhr arrêta de fonctionner et à travers elle, la vie économique de toute l´Allemagne. L´économie allemande fut très rapidement ruinée.

Au moment de l´occupation de la Ruhr, le mark allemand était descendu jusqu´à 35 000 marks par Livre Sterling et elle était tombée jusqu´à un niveau totalement impensable au courant de l´été. Les salaires étaient payés en des montagnes des billets désormais de plus en plus sans valeur qui devaient immédiatement être utilisés dans l´achat des produits alimentaires. L´image la plus connue est celle d´un travailleur allemand transportant son salaire hebdomadaire dans une brouette wagon. L´inflation continua pendant toute l´année avec une très grande vitesse et en 1923, le mark allemand valait le 1/500 milliardième de sa valeur de 1918 !  Une livre britannique valait alors 50 milliard de  mark allemand. Il y avait 93 trillions de mark allemand en circulation ! Le salaire hebdomadaire d´un travailleur suffisait à peine à acheter un repas. Au même moment, la classe moyenne allemande fut ruinée lorsque l´argent de l´épargne disparut dans l´explosion de l´inflation. Cette classe moyenne ruinée allait devenir le pilier du  nazisme allemand.

L´aide économique au revanchisme allemand:

Le grand capital allemand spéculait sérieusement dans les affaires monétaires à grands bénéfices. On achetait de grandes quantités de monnaies étrangères avec de l´argent emprunté à la Banque Centrale allemande, ce qui avait comme conséquence, une inflation élevée et une valeur élevée de la monnaie étrangère vis-à-vis du mark allemand. L´emprunt pouvait par la suite être remboursé avec une moindre partie de la monnaie étrangère achetée lorsqu´elle était à nouveau changée en mark.

L´inflation était aussi bonne pour ceux qui possédaient les grandes usines. La production des marchandises était payée dans une monnaie sans valeur et les marchandises pouvaient être vendues à l´étranger dans le but d´obtenir la monnaie étrangère. Les bénéfices étaient très grands. Le marché des exportations allemandes fut vite rétabli. Les dettes et impôts qui, en Allemagne, étaient toujours maintenus dans leurs anciennes valeurs monétaires, pouvaient être avec presque rien. L´industrie allemande fut de cette manière renforcée par l´inflation catastrophique.  Mais n´oublions pas que quelqu´un en paya le prix ! Le niveau de vie de la classe ouvrière allemande fut ruiné, tout comme la classe moyenne vit ses épargnes devenir sans valeur.

La faillite de l´économie avait au même moment rendu impossible le payement de quelques dommages de guerre. Ceci était une forte raison pour laquelle le gouvernement allemand avait laissé l´économie tomber en ruines. Une monnaie sans valeur était un bon argument contre l´exigence de payement. M. Philip Dawson, alors membre du parlement britannique et un des observateurs officiels en Allemagne, écrivit en 1925 : « Après beaucoup d´entretien avec les grands magnats financiers, industriels et agricoles dans tous les grands centres d´habitation allemands, il n´existe aucun doute au fait que tout ceci avait été un effort calculé, coordonné, pour ruiner la crédibilité du pays et se rassurer de ne pas payer les dommages de guerre. ».

Mêmes les alliés, Etats-Unis, Grande Bretagne, France et Belgique, l´avaient compris. Un changement radical était nécessaire. Un comité d´experts commun fut mis en place pour mettre en marche l´économie allemande de manière professionnelle. Et bien entendu, pour amener l´Allemagne à commencer à payer les dommages de guerre. Le président de ce comité fut le général américain Dawes. Le comité reçut l´appellation de « Comité Dawes » et eut sa première réunion à Paris en 1924. La première proposition du Comité Dawes fut de créer une monnaie allemande avec laquelle on pouvait travailler. 

La monnaie allemande avait totalement perdu sa valeur à la fin de 1923. Les valeurs économiques  allemandes se trouvaient rassemblées chez quelques très solides groupes économiques des propriétaires des industries, des mines et des forêts. Le gouvernement allemand voulait rétablir le mark à une valeur stable. Le gouvernement créa un nouveau mark sous le nom de Rentenmark avec la même parité que le mark avait vis-à-vis de la Livre Sterling avant le début de l´inflation, soit 20 mark pour une Livre sterling. Mais le Rentemark n´avait pas suffisamment de support en or et en monnaie étrangère, et était par conséquent une monnaie moins sûre.

Le Comité Dawes proposa alors une nouvelle monnaie du nom de Reichmark avec la même valeur vis-à-vis de la Livre Sterling, 20 pour 1, mais sous le contrôle des alliés à travers une Banque d´Emission indépendante du gouvernement allemand. L´Allemagne allait alors avoir un prêt de 40 millions de Livres de réserves monétaires mais aussi comme aide pour payer la première tranche des dommages de guerre sur les 50 millions annuels en conformité du Plan Dawes. La sécurité du prêt était constituée des obligations dans les chemins de fer et les industries allemandes ainsi que des impôts sur l´alcool, le tabac et le sucre.  Lorsque le Reichmark de Dawes fut adopté, l´inflation allemande prit fin. Le prêt allemand fut vite investi chez les alliés où il existait un grand intérêt  parmi les prêteurs.

Le Plan Dawes avait l´avantage de mettre en ordre la question du payement des dommages de guerre. Mais avec l´augmentation du standard économique qui suivit l´application du Plan Dawes, l´obligation de payement se renforça. Ce qui rendit l´épargne publique impossible. Mais le prêt contenu dans le Plan Dawes avait un côté inattendu. Il déclencha une interminable fièvre d´emprunt jamais observée, surtout aux Etats-Unis et en Grande Bretagne.

Toutes les communes importantes, les institutions et les grandes entreprises allemandes en grande partie, prirent de plus en plus de grands prêts ou des crédits.  Cet afflux de capital donna lieu à un accès à beaucoup de monnaies étrangères et causa, en 1925, une relance dans l´économie allemande. Les exportations allemandes augmentèrent de manière significative à partir de cette année. Au point qu´en 1927, elles atteignirent le niveau déjà atteint en 1913 (calculé aux prix de 1913). Ce développement donna à l´Allemagne, la possibilité de rembourser le prêt Dawes sans avoir besoin de faire des efforts ou d´utiliser ses propres moyens. En réalité, l´Allemagne a payé des dettes aux alliés avec de l´argent provenant des prêts pris aux Etats-Unis. Ca fonctionna bien aussi longtemps que les prêts provenant des Etats-Unis continuaient à affluer en Allemagne.

L´afflux du capital étranger en Allemagne pendant les années 1924-1929 est évalué à 15 milliards de mark en investissements à long terme et à 6 milliards d´investissements à court terme. Les investissements des Etats-Unis comptaient pour 70% de l´ensemble des prêts à long terme. Ceci conduisit à un renforcement significatif  du potentiel économique allemand, spécialement pour l´industrie de réarmement. Les industriels se trouvant derrière la plus grande partie des prêts allemands étaient des magnats industriels des maisons financières Du Pont, Morgan, Rockefeller, Lamont et d´autres monopoles des Etats-Unis.

L´industrie allemande de l´équipement tournait à plein régime. Le revanchisme, au sein du grand capital allemand qui voulait reconquérir une position de leadership économique et militaire en Europe et dans le monde, avait un avenir clair devant soi. Pour commencer la guerre, l´on doit avoir beaucoup de minerais de fer pour les armes, du pétrole comme combustible, du caoutchouc pour les pneus et le nitrate pour les matières explosives. Toutes ces industries eurent un coup de pousse de la part des prêts étrangers. Des nouveaux investissements modernisèrent les industries de fer et la sidérurgie et augmentèrent considérablement la capacité de production. En ce qui concerne le pétrole et le caoutchouc, produits que l´Allemagne était obligé d´importer, les investissements de l´industrie chimique furent déterminants.

Dans une percée mondiale unique, l´industrie allemande découvrit de nouvelles matières synthétiques, des matières artificielles qui pouvaient être utilisées en lieu et place des matières premières importées et des produits naturels. L´Allemagne se rendit libre et indépendante de toute importation ! L´évolution de la situation allait montrer que l´industrie chimique allemande et ses leaders importants joueraient un rôle décisif dans les événements tragiques des années 1930-1940 dans le monde.

Les prêts accordés à l´Allemagne en conformité du Plan Dawes étaient la pièce maîtresse nécessaire pour commencer une nouvelle grande guerre. La suppression du Plan Dawes pour le payement des dommages de guerre et l´avènement du Plan Young pour le payement des dommages au cours des années 1929-1930, devinrent, comme nous allons le voir, le début d´une vague nationaliste qui ouvrit le chemin à la prise du pouvoir par les Nazis, en Allemagne, trois ans plus tard. L´industrie allemande d´armement était alors assez suffisamment forte pour que l´Allemagne commence une nouvelle fois à défier les alliés.

L´industrie chimique Allemande:

Des matières synthétiques colorées au gaz toxique, à la poudre et à la main-d´oeuvre esclave:

L´industrie chimique allemande a derrière elle une histoire unique de grandes découvertes. Le tout avait en fait commencé en Grande Bretagne avec la découverte des matières synthétiques en couleur. Jusqu´au milieu du 18è siècle, toutes les couleurs qui étaient utilisées dans la fabrication des textiles, dans la peinture, etc., étaient provenaient des plantes et des animaux. Aucune couleur artificielle, synthétique, n´était alors connue. Mais un jeune étudiant en chimie produisit, au milieu du 18è siècle, en Grande Bretagne, la première couleur synthétique, à partir du goudron de la houille. Cette découverte de premier rang mondial n´eût cependant aucun succès commercial en Grande Bretagne. Les matières synthétiques en couleur ne pouvaient pas prendre le dessus sur les matières traditionnelles sur le marché.  Mais les chercheurs allemands qui travaillaient en Grande Bretagne amenèrent ces connaissances en Allemagne où les plusieurs matières synthétiques colorées continuèrent à être découvertes.  Avec une organisation industrielle et commerciale moderne en Allemagne, ces matières synthétiques eurent un grand succès commercial. Au point qu´au début du 19è siècle, six entreprises allemandes dominaient la production mondiale et la distribution des matières synthétiques (BASF, Bayer, Hoechst,Agfa, Casella, Kalle). Ce succès contribua  par ailleurs à une série des découvertes d´autres produits chimiques (aspirine, héroïne, méthadone, le sulfate, atabrin) difficiles à pensé lorsque l´on fait la recherche sur les matières colorées.

La recherche sur les matières synthétiques devint une porte d´entrée à chimie de plus en plus avancée. Les entreprisses allemandes travaillant dans l´industrie chimique commencèrent alors un processus de rapprochement et de fusion afin de mettre fin à la concurrence entre elles et de pouvoir exploiter de manière avantageuse le marché mondial. Il se créa des cartels pour les prix communs et le commerce. Six grandes entreprises allemandes créèrent, au début du 19e siècle, deux cartels (Bayer, Agfa et Hoechst, Casella, Kalle) du nom de Interessen Gemeinschaft (communauté d´intérêts). La formation du cartel était même importante pour rassembler les grandes ressources économiques nécessaires pour des nouveaux projets.

BASF initia un projet de recherche très couteux pour essayer de produire de l´azote synthétique. Cette matière dont 78% sont composés de l´air que nous respirons, est très importante comme engrais chimique destiné à l´agriculture. Mais l´azote, sous la forme naturelle qu´on pouvait traiter, se trouvait seulement dans les grands gisements de nitrate et de salpêtre au Chili. Tous les pays qui voulaient utiliser les engrais dans leur agriculture devait importer les salpêtres du Chili là où ceux qui possédaient les mines, se sentaient libres d´augmenter les prix comme ils l´entendaient. Cette situation changea radicalement en 1909. BASF réussit à produire l´azote synthétique dans un laboratoire. Le chercheur Fritz Haber chauffa l´azote de l´air et l´hydrogène (vätgas) sous une très haute pression et obtint un produit traitable, l´ammoniac. Un jeune ingénieur, Carl Bosch, reçut par après la mission de monter une usine à Oppau pour une production industrielle. Achevée en 1923, l´usine commença à produire massivement de l´ammoniac. Le monopole du Chili fut cassé (Bosch reçut le prix Nobel en 1923).

Il y a un autre aspect important sur la question de l´azote synthétique. Les salpêtres étaient une matière importante dans la fabrication de la poudre! Aussi, la plupart des pays du monde importaient les salpêtres du Chili pour la fabrication de la poudre et les armées de tous ces pays étaient dépendantes des salpêtres du Chili pour la fabrication des matières explosives ! L´Allemagne eut donc la possibilité unique de se débarrasser de cette dépendance. Théoriquement, on pouvait obtenir l´acide de salpêtre en oxydant l´ammoniac. Carl Bosch était conscient de cela. Il avait aussi eu de petites quantités de salpêtre au cours des expérimentations dans l´usine d´Oppau. Mais on ne put avoir plus que cela. Les autorités militaires allemandes ne comprirent pas l´importance de la découverte de Bosch et continuèrent à importer les salpêtres du Chili.

La situation resta ainsi jusqu´à la première guerre mondiale. Lorsqu´au début de 1915 les militaires allemands découvrirent qu´ils avaient commencé la guerre sans avoir suffisamment de salpêtres pour fabriquer les matières explosives pour une longue guerre. Ils avaient suivi la philosophie de la guerre utilisée lors de la guerre  de 1871 contre la France, celle d´une attaque de grande envergure et d´une guerre éclaire. Mais il n´en fût pas ainsi cette fois-ci. Ce fut une longue guerre. La flotte britannique avait mis l´Allemagne en blocus et aucune marchandise importée n´arrivait en Allemagne. Et plus important encore, aucun salpêtre ne venait du Chili. Le manque de salpêtres devint une menace très sérieuse pour l´armé allemande. Les matières explosives allaient se terminer dans quelques mois et la guerre allait être perdue pour les Allemands. Il faut dire ici que le niveau d´intelligence n´était pas non plus élevé de l´autre côté du front. Le commandement de la guerre des alliés ne découvrit jamais le problème du manque de salpêtres de l´Allemagne…

L´industrie chimique allemande avait prévenu les militaires de ce développement, mais personne ne s´en était souciée. L´armée était sûre d´une victoire rapide. Lorsque la vérité sur le manque de salpêtres sauta aux yeux des dirigeants de l´armée, la panique se répandit. La direction de l´armée convoqua une réunion avec les dirigeants de l´industrie chimique et accepta toutes leurs conditions. Entre autres, une nouvelle usine de fabrication de l´acide de salpêtres devait être construite. Une telle fabrication industrielle n´avait pas jamais été faite auparavant. Ca allait devenir une grande expérimentation  industrielle. Il fallait beaucoup d´argent et beaucoup de travail d´ingénierie. L´industrie chimique allemande reçut les contrats avantageux qu´elle exigeait du gouvernement allemand et l´ingénieur Carl Bosch reçut la mission de transformer l´ammoniac en acide de salpêtre à grande échelle. Le destin de l´Allemagne logeait dans les mains de Bosch. Les chimistes découvrirent, grâce à un grand effort, le processus de fabrication en masse de l´acide de salpêtre.

Mais ceci prit du temps. Il fallait au même moment stopper la France. La solution fut la guerre toxique. L´utilisation des poisons dans la guerre était interdite depuis  la Convention de la Haie de 1907. L´Allemagne ne prit en pas cela en considération. L´industrie allemande de la couleur, Bayer et BASF pouvaient fabriquer les poisons nécessaires et en reçurent l´autorisation. La première attaque toxique eut lieu le 22 avril 1915. Elle causa une tuerie horrible dans les rangs français qui n´y étaient pas du tout préparés. La France fut obligée d´aller à la défensive. La guerre s´arrêta et les Allemands eurent le temps dont ils avaient besoin pour la fabrication de l´acide de salpêtre.

Quelques semaines plus tard, Bosch réussit, en 1915, la fabrication en masse des nitrates synthétique dans l´usine d´Oppau. Les militaires allemands ne furent plus jamais dépendants des salpêtres du Chili. S´il ne s´agissait que de la question d´accès à la poudre, la guerre pouvait continuer infiniment. Une nouvelle usine fut construite à Leuna en Allemagne du Centre. La guerre procure du profit. La production des usines d´Oppau et de Leuna procura de très importants bénéfices aux actionnaires. En réalité, des bénéfices de l´ordre de 25% sur le capital investi pendant le reste de la période de guerre ! La production de l´acide des salpêtres sauva l´Allemagne d´une défaite rapide. La guerre continua pendant trois and de plus. Les industries chimiques allemandes continuèrent à s´approcher les unes des autres pendant ce temps afin de pouvoir défendre leur position de monopole sur certains produits. En 1916, huit entreprises chimiques allemandes fusionnèrent  (BASFT, Bayer, Hoechst, Kalle, Casella, Agfa, Ter Meer, Greisham) et formèrent Interessen Gemeinshaft der Deutschen Terfarbenindustrie (Communauté d´intérêts de l´industrie allemande de la couleur). Le groupe fut connu sous le nom d´IG-entreprises.

La guerre alla mal pour les Allemands mais bien pour les industries chimiques.  La guerre exigea beaucoup de quantités de poudre, un profit énorme pour l´industrie chimique. Il y avait cependant un problème. Pour produire la poudre, il faut des travailleurs; pas de profit sans travailleur. La force de travail ne suffisait pas ; beaucoup des travailleurs étaient à la guerre. Bien plus, les salaires des travailleurs augmentèrent. Le président des IG-Entreprises, Carl Duisbourg, s´en plaignit auprès du gouvernement allemand. Duisbourg exigea du gouvernement « d´ouvrir le réservoir de la classe des travailleurs belges ». En d´autres mots, Duisbourg voulait que le gouvernement força les travailleurs de la Belgique occupée de venir en Allemagne travailler dans les usines allemandes comme main d´œuvre esclave. Le gouvernement allemand accepta les exigences de Duisbourg. L´armée allemande commença alors une importation très brutale des travailleurs belges.

Les soldats allemands menaient des raids contre les maisons, les places publiques, et les marchés. Plus de 66 000 belges furent amenés de force vers l´Allemagne et utilisés comme main d´œuvre esclave dans les IG-entreprises. Mais une fois en Allemagne et bien que menacés et punis, personne n´amena les travailleurs belges à travailler. Le projet fut abandonné après quelques mois et les Belges furent renvoyés chez-eux. C´était la première fois que les IG-entreprises avaient exigé d´utiliser de la main d´œuvre esclave. Elles purent fonctionner en grande partie avec de la main d´œuvre esclave plus tard pendant la deuxième guerre mondiale dans les usines les camps de concentration où beaucoup de gens payèrent de leurs vies les bénéfices énormes des IG-entreprises.

Les IG-entreprises s´adaptent à la paix:

Malgré les nouvelles découvertes, la première guerre mondiale n´alla pas bien pour l´Allemagne. Le manque des matières premières et de la nourriture était criante pour l´Allemagne.  Le pétrole commença à prendre fin lorsque la Roumanie rejoignit les alliés en août 1916. Le caoutchouc également, à cause du blocus britannique. L´industrie chimique travaillait à plein régime pour trouver des produits de substitution au pétrole et au caoutchouc. C´étaient les nouveaux challenges qui allaient rendre l´Allemagne indépendantes de toute importation des matières premières nécessaires pour conduire la guerre et donner aux IG-entreprises davantage de bénéfices. Mais les IG-entreprises ne réussirent pas dans cette tâche avant que la guerre ne fût perdue par l´Allemagne. Un remplacement du caoutchouc fut découvert et produit mais il avait était impossible de l´utiliser dans la fabrication des pneus.

Lorsque l´interdiction sur les armes (vapenstilleståndet ??) arriva, le 11 novembre 1918, les IG- entreprises s´adaptèrent à la situation et se fixèrent pour objectif de survivre. Les accusations sur la guerre de gaz furent sérieuses. Les alliés voulaient amener les responsables devant la justice et avoir connaissance des procédés secrets de fabrication des gazes toxiques, des matières explosives, des matières colorées et des nitrates. Les IG-entreprises s´opposèrent à ceci déclarant que ca allait porter atteinte à leurs chances de s´affirmer dans le commerce comme entreprises après la fin de la guerre. L´argument peut paraître étrange dans une situation de défaite lorsque l´on a causé autant de souffrances.  Mais c´est un point de vue accepté en économie capitaliste. Les exigences les plus dures vinrent de la part de ceux qui étaient les plus touchés, la France.  La France voulait seulement que toutes les usines d´armement allemandes fussent détruites, même les usines de production des couleurs et des nitrates. Ca allait sonner la fin des IG-entreprises. Mais il n´en fût pas ainsi. Les IG-entreprises avaient pu se créer, grâce à la ruse et à la corruption, une place dans les discussions et les délibérations. Même avec la France.

Lorsque le négociateur des IG-entreprises, Carl Bosch, quitta Versailles en 1919, l´on était tombé d´accord de garder la plus grande partie des secrets et toutes leurs usines. On avait pu acheter la France en partageant avec elle la connaissance et la technique sur la fabrication des couleurs. L´entreprise française, Compagnie Nationale, reçut les secrets de fabrication des IG-entreprises contre 50% des bénéfices nets pendant 45 ans. La connaissance sur la fabrication des couleurs se répandit. La grande entreprise DuPont avait, pendant la guerre, pris le contrôle des usines des usines des couleurs des IG-entreprises aux Etats-Unis. En achetant plusieurs ingénieurs allemands appartenant aux IG-entreprises, même DuPont avait appris à fabriquer les couleurs.

La concurrence internationale sur le marché des couleurs devint un fait quelques années plus tard. La domination des IG-entreprises dans la fabrication des nitrates allait elle aussi petit à petit prendre fin. L´idée d´une collaboration internationale accrue en matière de vente, commença alors à se développer au sein des IG-entreprises. Les huit entreprises étaient toutes positives sur ce sujet. Mais Carl Bosch avait des projets encore plus grands. Il proposa plutôt en 1942 d´unir toutes les IG-entreprises en un seul groupe et de cette façon, de rassembler toutes leurs activités et toutes leurs finances dans une même grande entreprise. Celle-ci allait devenir une entreprise énormément puissante. La proposition de Bosch fut acceptée par les sept autres entreprises et les IG-entreprises s´unirent en décembre 1925 en une seule entreprise du nom de IG-Farbenindustrie Aktiengesellschaft. Carl Duisbourg en devint président du conseil d´administration et Carl Bosch  directeur exécutif. La fusion devint un grand succès d´affaires. Bien que l´économie allemande se portait très mal, la valeur des IG-actions se multiplia plus de trois fois pendant l´année 1926.

IG Farben, le pétrole et le caouchouc à partir du charbon:

IG Farben était la création de Bosch et celui-ci avait des plans concrets pour cette entreprise et les nouveaux produits qu´il allait développer à travers la chimie de la haute pression. Bosch pensait maintenant  réaliser/ produire en grand quantité, ce qui, en laboratoire, avait été calculé théoriquement et fait à petite échelle. Bosch allait transformer les ressources allemandes de charbon en essence! L´essence, le plus joli de tous les produits pétroliers! Il y avait, selon Bosch, de grands profits à tirer de là. Bien plus, Bosch voulait libérer l´Allemagne de la dépendance des ressources pétrolières étrangères. Le pétrole était une nécessité absolue en temps de guerre. Mais l´utilisation du pétrole commençait effectivement à augmenter de manière remarquable, même en temps de paix, avec l´augmentation de la circulation automobile. Même en Allemagne. Mais aussi parce que le gouvernement allemand avait, en secret, commencé un réarmement de son armée et avait besoin d´essence en grandes quantités. L´objectif était de pouvoir entretenir une armée mécanisée constituée des chars, d´avions d´attaques et de bombardiers sans pétrole provenant des ressources pétrolifères. Les revanchards réjouissaient déjà d´avance d´une nouvelle guerre qui devrait reconquérir la place de leader à l´Allemagne.

Bosch et  IG Farben ne voulaient pas seuls se jeter dans le projet charbon-essence. Car le projet était très cher. C´était en 1926, une époque à laquelle les prêts provenant des Etats-Unis affluaient en Allemagne. Bosch cherchait un partenaire dans le chef de la plus grande entreprise du monde, Standard Oil of New Jersey, dont les ressources financières étaient, en grande partie, illimitées. En 1926, le chef du département du développement de Standard Oil, Frank Howard, vint aux laboratoires d´IG Farben, à Ludwigshagen, pour examiner la recherche de cette entreprise sur le processus charbon-essence. Howard fut extrêmement impressionné et fit rapport à son chef Walter Teagle sur la façon dont IG Farben pouvait « fabriquer une essence à moteur de haute valeur à partir du lignite et d´autres sortes de charbon de basse qualité, en une quantité qui correspond à la moitié du poids du charbon.  Ceci implique totalement et clairement l´indépendance européenne en matière d´approvisionnement en essence ».

Standard Oil proposa, en 1927, à IG Farben, une coopération économique en matière de développement de ce processus. Mais IG Farben avait, bien avant cela, déjà suffisamment avancé dans le projet ». On commença par construire une nouvelle usine à Leuna, en juin 1926, pour la production en masse du pétrole synthétique. L´objectif était de produire 100.00 tonnes par an. ». Il fut découvert que la fabrication massive de l´essence à partir du charbon, était un processus difficile à maîtriser, processus qui fit sérieusement augmenter les coûts. Ce qui nécessita encore plus d´argent. Ce que Standard Oil avait donné n´était pas suffisant. Une coopération économique renforcée était nécessaire.  Bosch ne parla jamais des difficultés de fabrication et réussit à amener Standard Oil à investir plus d´argent. Bosch vendit les droits au processus de fabrication dans le monde entier à l´exception de l´Allemagne. IG Farben obtint 20% des bénéfices futurs. IG Farben obtint en plus ce qui sauva l´entreprise pour le moment. Standard Oil donna à IG Farben 2% de tout son stock en capital, 546 000 actions à une valeur de 35 millions de dollars!

Bosch n´arrêta pas par ici ses efforts destinés à obtenir plus d´argent de la part Standard Oil. Il réussit même à embarquer Standard Oil dans un projet commun pour fabriquer et vendre du caoutchouc synthétique, du caoutchouc buna, fabriqué à partir du charbon. La fabrication du caoutchouc buna était toujours très couteuse et ne pouvait concurrencer le caoutchouc naturel. Bosch espérait que Standard Oil pouvait répandre l´utilisation du caoutchouc buna parmi les fabricants des pneus aux Etats-Unis. Mais la coopération s´arrêta ici cette fois-ci. La grande dépression économique qu´il y eût aux Etats-Unis et plus tard dans le monde, avait mis fin à tous les investissements dans les nouveaux produits. Il fut, en plus, presque au même moment, découvert de nouvelles grandes réserves de pétrole au Texas, et le prix du pétrole tomba dramatiquement. Le prix de la fabrication d´un litre de pétrole synthétique était entre 40 et 50 Pfenning allemands et un litre du pétrole naturel était de Pfennig en 1930. Le prix du caoutchouc naturel tomba encore davantage pendant la dépression. Tous les plans de production de l´essence et du caoutchouc à partir du charbon furent annulés aux Etats-Unis. Malgré cela, Bosch et IG Farben avaient de toute façon eu ce dont ils avaient besoin: de l´argent pour pouvoir continuer la recherche et la fabrication. Mais maintenant que les prix des matières naturelles étaient si moins chers, seule une chose pouvait sauver les profits. Seule une Allemagne en guerre aurait besoin du pétrole et du caoutchouc fabriqués à partir du charbon. Ce fut le prochain projet de Bosch et d´IG Farben.

Le Plan Young et la prise du pouvoir par les Nazis:

Le Plan Dawes pour le payement des dommages de guerre allemands n´étaient pas un accord définitif mais seulement un plan temporaire pour passer à une autre situation. Après que le Plan Dawes fut mis en application et que la situation chaotique des payements des dommages eût trouvé une solution provisoire, les alliés continuèrent à travailler pour trouver une solution définitive à la question des dommages. Un comité des représentants des nations alliées, présenta, sous la direction du diplomate américain Owen D. Young, le 7 juillet 1929, une proposition d´un plan de payement qui détermina définitivement les dommages de guerre allemands.

La proposition, le Plan Young, impliquait que l´Allemagne devrait, pendant 37 ans, effectuer un payement annuel valant en moyenne 100 millions de Livres Sterling britanniques, et par la suite, pendant encore 22 ans, payer une somme quelconque pour couvrir la dette de guerre que les alliés avaient vis-à-vis des Etats-Unis. Le Plan Young avait déterminé les dommages de guerre au « chiffre astronomique de 20 milliards de dollar », ou 105 milliards de mark, à payer jusqu´à l´année 1988Toute la responsabilité du payement allait maintenant se trouver du côté du gouvernement allemand et les payements devraient être faits à une banque, Bank of International  Settlements, BIS. La Banque devrait, à son tour, distribuer les sommes payées aux alliés. BIS allait aussi avoir sa base dans les crédits internationaux et fonctionner pour le reste comme une banque internationale.

La Bank of International Settlements est un nom à ne pas oublier. Elle allait, dans un avenir proche, et de manière totalement inattendue, devenir la première zone de contact des Nazis dans les affaires internationales, même avec les entreprises étrangères dans un pays ennemi, pendant la première mondiale. Selon le Plan Young, l´Allemagne devrait, une fois le plan adopté, reprendre la souveraineté sur son territoire et toutes les troupes étrangères devraient quitter le pays. Mais le côté le plus important du Plan Young était l´introduction d´un changement décisif vis-à-vis du Plan Dawes, changement qui rendait plus dures encore les conditions de payements des dommages. Les dommages de guerre étaient, en grande partie, payés en marchandises dans le Plan Dawes. Dans le Plan Young, les dommages allaient être payés en argent!

Ceci était une différence déterminante. L´indignation contre le Plan Young dans la classe capitaliste allemande fut énorme. Ceci non seulement parce que la grande somme de 20 milliards de dollar qui allait être payée sur une période de 60 ans, menaçait de placer l´Allemagne sous tutelle des alliés pour toujours. Mais surtout parce que les dommages devraient être payés en argent. Le capital industriel allemand avait, dans le Plan Dawes, des débouchés garantis pour ses marchandises. C´était, par rapport aux autres capitalistes d´Europe et des Etats-Unis, un grand avantage pour les capitalistes allemands. Ceci fut supprimé dans le Plan Young. Ce qui obligea les capitalistes allemands à vendre leurs marchandises sur les marchés intérieurs et internationaux, dans une situation de concurrence internationale.

Le capitaliste sidérurgiste Fritz Thyssen s´opposa au Plan Young d´une manière très énergique. Il n´avait en aucune façon été l´adversaire du Plan Dawes, comme celui-ci prévoyait une série des payements des dommages qui devraient principalement être payés en marchandises. Mais selon le Plan Young, les livraisons des marchandises devraient totalement être remplacés par des payements en argent ». Thyssen « était d´avis que la dette que l´on avait de cette façon contractée, allait saper toute l´économie du royaume ». Thyssen considérait en plus que « tout celui qui avait un jugement confus aurait dû que le Plan Young impliquait l´hypothèque de toute la richesse nationale de l´Allemagne comme sécurité pour accomplir son obligation de payement. La conséquence devrait être que le capital américain allait submerger l´Allemagne ».

L´homme le plus riche d´Allemagne d´alors, Fritz Thyssen, augmenta son soutien au Parti national socialiste, le seul parti qui attaquait sérieusement le Plan Young. Le soutien de Thyssen au Parti nazi jouait un grand rôle dans ce qui allait arriver. Non seulement pour les contributions économiques aux Nazis. Ce qui était plus important était que Thyssen ouvrit pour Hitler, un nouveau, très important cercle des contacts, en l´occurrence le cercle des magnats de l´industrie du fer et des industries sidérurgiques de la Ruhr, le centre industriel et économique de l´Allemagne. Et Thyssen n´hésita pas d´affirmer que le « Plan Young était l´une des causes principales de la victoire du socialisme national (national socialisme), en Allemagne ».

Le Plan Young causa beaucoup d´inquiétude en Allemagne. Le gouvernement voulait approuver et signer. Mais le peuple n´était pas, en général, de cet avis. La guerre était terminée depuis plus de 10 ans. Il apparaissait étrange de continuer de payer de si grandes sommes d´argent et ce, comme on le voyait, de manière infinie. On ressentait comme si les autres pays voulaient vivre du travail des Allemands. C´était dans ces conditions que commença, avec le soutien de Thyssen, un comité ayant pour objectif d´arracher un référendum sur le Plan Young. C´était une grande ouverture politique pour Hitler. Avec un coffre plein d´argent provenant de Thyssen et d´autres capitalistes, Hitler agita les gens contre le Plan Young, dans des rassemblements publics. « Hitler pouvait, avec son grand talent démagogique, pour ses propres intérêts, exploiter le sentiment national blessé du peuple allemand».

Le combat contre le Plan Young, devint, à partir de 1929, le plus grand thème d´agitation pour Hitler, lequel ouvrit aussi des portes importantes. De sa relation avec Thyssen, Hitler eut, pour la première fois, des contacts avec la classe politique traditionnelle allemande au sein du Parti libéral national allemand et son président Alfred Hugenberg. Hugenberg avait aussi le Plan Young comme thème principal d´agitation. Les sieurs Hitler et Hugenberg s´étaient découverts. Une alliance politique fut conclue entre eux. Ils entreprirent ensemble une série de rassemblements publics sur l´ensemble du pays, réunions au cours desquelles ils se prononcèrent contre le Plan Young.  A travers le grand réseau des contacts de son parti, Hugenbers donna à Hitler la possibilité de propager, pour la première fois, dans des réunions et des séminaires, la propagande nazie dans tout le pays. Bien plus, Hitler eut accès aux quotidiens allemands que le parti nationaliste contrôlait. Hitler devint un nom connu dans toute l´Allemagne grâce à l´alliance avec Hugenberg. L´«agitation ardente contre le Plan Young donna au parti de  Hitler la force de combat qui rendit possible la conquête du pouvoir », écrivit Fritz Thyssen.

Hitler était brutal dans ses discours, sans considération, et il faisait des attaques grossières et mensongères contre le socialisme, et l´incitation à la haine raciale contre les Juifs. Pour Hitler, les communistes et les Juifs étaient la même chose. Dans « Mein Kampf », Hitler écrivit que: « nous devons considérer le bolchévisme russe comme une tentative de la part du judaïsme de s´arroger le contrôle du monde au vingtième siècle » et que le « combat contre le bolchévisme mondial juif exige une prise de position claire vis-à-vis du soviet russe ». Hitler affirma, quelques années plus tard, dans son discours, lors de la journée nationale du parti à Nuremberg, en 1936, qu´en Union soviétique, la direction de la République soviétique et celle des républiques paysannes, étaient à 98% entre les mains des Juifs ».  L´incitation à la haine contre le communisme, l´Union soviétique et les Juifs, donna l´écho dans la classe supérieure capitaliste. Les magnats industriels allemands ouvrirent les yeux sur Hitler. L´argent commença à affluer dans la caisse du Parti nazi.

Le Plan Young fut définitivement confirmé le 17 mai 1930. Les troupes alliées quittèrent l´Allemagne six semaines plus tard. Pendant ce temps, le mouvement contre le Plan Young avait considérablement crû en force et cela grâce aux plus farouches opposants à ce plan, Hitler et le Parti nazi.

Les grands capitalistes allemands, qui avaient le contrôle sur les fonds économiques à utiliser dans le combat politique, décidèrent de soutenir Hitler avec des grands moyens. Ils avaient vu en lui une force qui pouvait être utilisée pour créer un gouvernement de droite fort avec une politique explicite contre la classe ouvrière. Hitler utilisa les contributions pour construire un grand parti national et une un grand appareil de propagande dans tout le pays, avec des milliers de fonctionnaires du parti rémunérés. Le département d´assaut entre autre était payé avec l´argent provenant du grand capital.

« La contribution du lancement », provenant de la part de la grande finance, joua un rôle décisif dans la politique allemande. Les Nazis eurent, un an plus tard, 6,4 millions de voix aux élections législatives de septembre 1930! Une multiplication des voix par huit du nombre des voix dans deux ans! L´argent de la grande finance avait fait du Parti nazi, l´un des petits partis du parlement, un grand parti des masses. Pendant la campagne électorale, dans une période où le chômage avait dépassé 2 millions et où la crise économique et sociale augmentait manifestement, toute la démagogie d´Hitler  trouva un terrain d´application. L´agitation électorale nazie fut concentrée sur la personne d´Hitler, Hitler comme le sauveur. Des grandes affiches avec son portrait  et la rubrique « Hitler crée du travail et du pain – choisissez la liste 3 » était le slogan principal de la propagande électorale. Les succès électoraux d´Hitler et des Nazis étaient perçus de manière très bizarre sur le plan international. Que « 100 sièges au parlement (soient) conquis par un parti insignifiant, les Nationaux socialistes ou les Nazis, conduits par un orateur bizarre, Adolph Hitler, causa un grand étonnement.

La crise économique mondiale 1930-1933:

La crise économique continua à s´empirer en Allemagne après les élections législatives de septembre 1930. Le chiffre des chômeurs avait atteint les 4 millions une année après les élections! La crise politique s´empira encore davantage après les élections avec des gouvernements faibles qui étaient en permanence obligés de trouver des compromis avec les Nazis ou sous leur feu vert. La politique appliquée était celle de droite, dirigée contre la classe ouvrière.

Sur le plan international, une crise d´une ampleur inattendue commença déjà à se renforcer à partir de 1929.  Tout avait commencé aux Etats-Unis où le capitalisme avait atteint un niveau production culminant et une accumulation des marchandises d´un format jamais vu auparavant. Cette surproduction n´avait aucun débouché dans la société. Le pouvoir d´achat était mince. Les dépôts des entreprises étaient trop pleins. Le chômage augmenta d´une manière rapide et incontrôlée. Le capital fut retiré des investissements. Les capitalistes des Etats-Unis cessèrent de prêter l´argent à l´Europe vers la fin de l´automne 1929.

L´effet fut dévastateur en Allemagne et dans les autres pays qui avaient des grands emprunts aux Etats-Unis et qui avaient toujours emprunté davantage dans ce pays en vue de payer les  prêts antérieurs. Il eût une chute des prix généralisée et le manque des d´argent pour rembourser les prêts. Beaucoup de pays furent obligés d´ouvrir les réserves d´or et de payer en or. Ceci rendit la situation intérieure pire encore avec l´accentuation de la crise économique. Ce qui à son tour conduisit aux restrictions dans les payements en or et les droits de douane, et à d´autres restrictions commerciales afin de protéger la production nationale. Le commerce international fut, en 1930, réduit à un filet et prit presque fin (???). Le chômage monta de manière rapide et incontrôlée. « La moité de l´Europe était en faillite, l´autre moitié était presque menacée de faillite ».

La situation de l´Allemagne était la pire de tous les pays européens.  L´Allemagne était le premier emprunteur. L´Allemagne avait, pendant les années du Plan Dawes, de 1924 à 1929, emprunté 900 millions de Livres Sterling et payé 500 millions en dommages de guerre aux alliés. Le reste avait été investi dans le pays, dans les réparations de toutes sortes après la première guerre mondiale. L´économie allemande, publique comme privée, était totalement dépendante de l´argent emprunté. Mais maintenant, les prêts étaient terminés et l´Allemagne devait annuellement payer 100 millions de Livres Sterling en dommages de guerre. En plus, le pays avait aussi d´autres dettes privées et publiques dont le remboursement aux prêteurs, de l´ordre de 100 millions de livres Sterling, était exigé annuellement. La balance de payement du pays était déficitaire de 60 millions de Livres Sterling. Mais pour couronner le tout, l´Allemagne avait perdu des marchés d´exportation à cause de la crise internationale. Les revenus des exportations étaient tombés de 630 millions de Livres Sterling en 1929, à 280 millions de livres en 1932.  Le chômage atteignit le chiffre incroyable de 6 millions de chômeurs en mars 1932!

Il y régnait une situation de chaos économique général dans les affaires du monde au cours du printemps 1931. La situation économique internationale était près de la faillite. Alors que l´insécurité était totale dans les affaires, le manque de confiance des populations vis-à-vis du système politique et économique ne faisait qu´augmenter. Exactement au mois de mai 1931, l´importante banque privée autrichienne, Kredit Anstalt, qui était près de la faillite, annula  ses payements. Malgré l´aide économique de l´Etat autrichien et de la Banque d´Angleterre, la panique commença à se répandre, elle alla au-delà des frontières et prit bientôt l´Allemagne. Les prêteurs exigèrent d´être remboursés et pendant une semaine, la Banque nationale allemande avait perdu 50 millions de Livres Sterling en or.

Beaucoup des pays du monde sont, au printemps 1931, proches de la faillite économique. Aux Etats-Unis, le président américain, Hoover, fit une déclaration politique pour arrêter la panique économique et la faillite de l´économie capitaliste. Et remarquez bien que nous écrivons «économie capitaliste ». C´est parce que la crise économique se trouvait seulement dans cette partie du monde. En Union soviétique où régnait le socialisme, il n´y avait aucune crise économique. Au contraire, là-bas où l´économie planifiée était d´application, le gouvernement avait commencé un plan de 5 ans qui tira le pays de la pauvreté et du sous-développement (et en fit) un pays aux chiffres de plus en plus meilleurs en ce qui concerne le développement économique, une avance économique jamais observée auparavant dans le monde.

Le président des Etats-Unis proposa, le 20 juin 1931, au monde, un délai d´un an pour le payement de toutes les dettes dans le monde, y compris les dommages de guerre allemands. L´initiative de Hoover fut bien accueillie par presque tout le monde. La France, le pays qui avait le plus souffert pendant la première guerre mondiale et l´invasion allemande, chercha à obtenir des garanties sur le payement des dommages. Le moratoire de Hoover fut accepté le 13 juillet, après un accord avec la France. Les emprunteurs du monde pouvaient souffler. Mais ce ne fut pas si facile que cela.  De toute façon pas pour tout le monde. Beaucoup de grands pays, dont les Etats-Unis et la Grande Bretagne, continuèrent à avoir des grands problèmes économiques. Lorsque le moratoire de Hoover prit fin le 1 juillet 1932, la crise économique continua dans le monde capitaliste. La situation économique était pire aux Etats-Unis pendant l´hiver. 1932-1933. Le pays avait alors à peu près 15 millions des chômeurs. C´était dans de cette situation internationale que Hitler et les Nazis conquièrent le pouvoir politique en Allemagne.

Les victoires électorales et les défaites des Nazis:

Après les élections parlementaires allemandes du 14 septembre 1930, les Nazis devinrent le second grand parti politique après les Socio-démocrates. Hitler était devenu encore plus intransigeant après les élections et avait commencé à prendre des distances vis-à-vis de ses anciens alliés et de ses amis du Parti nationaliste, et à les critiquer sérieusement. Hitler avait maintenant un objectif clair qu´il déclarait publiquement. Hitler voulait devenir chancelier national allemand. La propagande et l´agitation des Nazis devint encore plus violente et dirigée toujours contre les Juifs et les communistes qui étaient considérés comme la cause de toute la souffrance et de la désintégration du système économique.

Aux élections législatives du 31 mars 1932, les Nazis étaient bien équipés avec un très  grand appareil de propagande et la propagande nazie pénétra dans tous les villages et toutes les villes allemandes. Tout était payé par le grand capital allemand. La crise économique devint toujours et encore plus grande avec plus de 6 millions de chômeurs. Hitler utilisa ceci très bien dans sa campagne populiste. Les succès électoraux des Nazis furent énormes en juillet 1932. Le parti eut 13,7 millions des voix (6,4 millions des voix en septembre 1930) et augmenta sa représentation parlementaire de 107 à 230 députés! Les Nazis étaient le plus grand parti d´Allemagne.

Après les élections, l´exigence d´Hitler pour le poste de chancelier était évidente. Le président allemand Hindeburg refusa de donner le pouvoir à Hitler pensant qu´il n´allait pas respecter la constitution allemande. L´ancien président du Parti du Centre, Von Papen, eut la mission de former le gouvernement. Mais l´instabilité politique était grande et le gouvernement tomba. De nouvelles élections furent annoncées le 6 novembre. Les Nazis se réjouissaient d´avance d´une nouvelle victoire. L´objectif était d´avoir leur propre majorité au parlement et ceci était sûr pour la plupart.

Il n´en fut pas ainsi. Les résultats électoraux du 6 novembre 1932 furent un véritable retour en arrière pour les Nazis. Dans trois mois, du 31 juillet au 6 novembre, le parti alla de 13,7 millions de voix à 11,7 millions. Les Nazis avaient perdu 2 millions de voix et 34 places au parlement. La saga du succès des Nazis était tombée dans une impasse (rågat in i återvändsgränd). Le retour en arrière était marquant dans certaines villes où les Nazis avaient eu le pouvoir et où les populations avaient expérimenté leur capacité à gouverner, (et cela) malgré l´énorme propagande qui était en partie financée avec des fonds publics. Par ex. Oldenberg (de 47% à 37%),  Kolberg, de 44 à 39, et Postdam de 42% à 34%.  Les résultats des élections mirent fin à la collaboration entre le Centre et les Nazis, lesquels auraient pu, ensemble, avoir une majorité au parlement. « Le retour en arrière des nationaux socialistes est si grand qu´il leur est ensemble impossible d´atteindre le grand nombre dans le nouveau parlement », écrivit le journal suédois Dagens Nyheter.

Les Nazis avaient, jusqu´au milieu de 1932, eu tout ce qu´une politique populiste violente pouvait offrir. On avait mis les gens dans une situation de crise devant des fausses idées destinées à expliquer pourquoi la société était en crise, et ils avaient obtenu autant qu´ils pouvaient avoir, en utilisant des fausses promesses.  Le retour en arrière était maintenant un fait.

«Le fol ramassis se trouvant dans le programme du Parti nazi s´adressait avant tout aux groupes les plus instables de la société allemande. L´esprit troublé d´Adolphe Hitler, avec ses expressions imaginaires sur la mystique du sang et du destin, avait fait sa plus profonde impression chez les plus troublés et les plus instables de ses auditeurs. Parmi ce genre de gens, l´intérêt –et les voix- pouvaient se perdre plus vite qu´ils n´étaient gagnés…. Lorsque les Nazis grandirent très fortement, ils furent l´objet d´un contrôle plus serré. Les chemises brunes dévoilèrent ce qu´elles étaient : Des types grossièrement sadiques organisés en bande politique. Le Parti nazi entra dans la décadence plus vite que n´avait été son ascension ». On ressentit, dans le pays, que quelque chose était en cours, que la défaite des Nazis était plus qu´un retour en arrière normal.

Par ailleurs, le Parti communiste allemand alla de l´avant. Les succès des communistes étaient la continuité des succès antérieurs. La politique du parti était bien accueillie par la classe ouvrière qui s´attacha encore plus fortement à la ligne du parti. En mai 1928, les communistes eurent 3,3 millions de voix, en septembre 1930, 4,6 millions, en juillet 1932, 5,3 millions de voix et puis en novembre 1932 6 millions de voix et 100 places au parlement allemand. Les succès des communistes étaient basés sur une conscience politique accrue au sein de la classe ouvrière allemande, une conscience qui avait grandit constamment pendant une longue période. Les résultats communistes étaient frappants dans plusieurs grandes villes allemandes. Les communistes avaient par exemple progressé à Berlin, allant de 721 983 à 860 579 voix. Les sociaux démocrates avaient en ce qui les concerne, régressé de 722.064 à 646 266 voix. Les Nazis avaient fait de même, allant de 756 745 à 719 745»[53]. Les communistes constituaient le plus grand parti à Berlin, la capitale de l´Allemagne!

La Pétition à Hindenburg:

Le grand capital exige Hitler comme chancelier national allemand:

La situation était critique pour Hitler et le Parti nazi. Ceux qui auraient prix au moins 50% de voix, ceux qui étaient impossibles à vaincre et qui, selon Hitler, devraient naturellement prendre le pouvoir politique après les élections, avaient subitement régressé de 37% à 33%! Hitler avait eu tort. Il n´était pas sans faute, d´autres opinions avaient subitement de la valeur. Il ne fut plus possible de stopper les discussions et les critiques au sein du parti. Même contre Hitler! Gregor Strasser, le deuxième homme du Parti nazi, comprit, après les élections, que les Nazis n´allaient jamais seuls prendre le pouvoir politique en Allemagne. Il préconisa une coopération avec le formateur de l´époque, Schleicher, lequel voulait, au moins, acheter une partie du soutien des Nazis. La rupture fut totale entre Stresser et Hitler.  Stresser avait la responsabilité des contacts dans tout le pays et la confusion ne fit qu´augmenter dans le parti. Le parti était menacé de dislocation à cause des contradictions internes.

Stresser quitta le Parti nazi après quelques semaines et la dislocation de ce dernier s´approfondit. Le propagandiste en chef du parti, Goebbels, décrivit cette situation dans son journal intime: « Une grande dépression dans toute l´organisation. On se sent épuisé; on n´avait plus que l´envie de s´éloigner de tout le problème pendant quelques semaines… », « Appel téléphonique de la part du Dr Ley : la situation au sein du parti s´empire chaque heure ». « Le leader du parti avait pendant des heures fait des allées et venues dans un hôtel. On comprend qu´il réfléchit  avec beaucoup d´efforts … Subitement, il s´arrête et dit : Je me tue si le parti se disloque. Une menace terrible, très déprimante.

La situation du parti était très sombre même quand il s´agit de l´économie. « Le parti lui-même était économiquement en déroute. Fritz Thyssen avait prévenu en novembre qu´il ne pouvait plus donner plus de contributions au mouvement. Il n´y avait tout simplement pas des fonds qui pouvaient couvrir les listes des salaires des centaines de milliers des fonctionnaires du parti ou bien subvenir aux besoins de SA qui, seul, coûtait 2,5 millions de mark par semaine. Les imprimeurs de la magnifique presse nazie menaçaient  de stopper les machines d´impression s´ils n´avaient pas reçu payement pour les factures déjà arrivées à échéance. ».

Le grand capital allemand vint au secours des Nazis pendant cette situation très critique. Ils avaient investi beaucoup d´argent dans le Parti nazi lequel avait promit de donner au grand capital un avenir à son goût et ne voulaient pas rater tout le morceau. Trente huit des plus grands industriels et financiers allemands envoyèrent une Pétition au président Hindenburg pour soutenir Hitler et le Parti nazi. Malgré la défaite électorale de Hitler, les 38  exigèrent du président Hindenburg de donner le poste de chancelier national allemand à Hitler. Parmi ceux-ci, on trouva, la vraie crème de la grande bourgeoisie allemande : Schacht, et le baron von Schroeder du monde des banques, Cuno de Llyod de l´Allemagne du Nord, Krypp, Voegler et Thyssen de la branche sidérurgique et Siemens et Robbert Bosch de l´industrie électrique et des ateliers industriels.  (Voire La Pétition dans les pièces jointes, à fa fin du texte.).

La Pétition du grand capital allemand était déterminante pour l´avenir des Nazis. Elle était importante pour stopper la désintégration du Parti nazi après les élections du 6 novembre. Hitler devint, après la Pétition, un nom chaud au sein de la classe capitaliste et il était de retour dans le grand jeu politique. Même la faillite économique des Nazis reçut sa solution. Le grand capital avait alors décida de rendre Hitler et les Nazis libres des dettes. Le banquier, le baron Kurt von Schoerder de Cologne, l´un de ceux qui, pendant des années, avaient été actifs dans le financement d´Hitler, avait, au début du mois de janvier 1933, une réunion secrète avec Hitler. Selon les propres propos de Schroeder aux procès de Nuremberg, Hitler avait promis, «de chasser les socio-démocrates, les communistes et les Juifs, de toutes les fonctions de direction en Allemagne et de rétablir l´ordre public». La condition de Schroeder était d´arrêter toutes les grèves et les manifestations; obliger les travailleurs de se taire et de retourner dans les usines était le rôle d´Hitler. Hitler et Schroeder s´entendirent que les milieux des affaires allemands devraient prendre en charge les dettes du Parti Nazi. Moins d´un mois après cette réunion, Gobbels écrivit, dans son journal intime, que la situation financière du parti avait « au cours d´une nuit changé de manière déterminante».

Parmi les 38 qui firent la déclaration de soutien à Hitler, il n´y avait personne de IG Farben. Le leader du géant industriel, Carl Bosch, n´était pas toujours prêt à soutenir publiquement Hitler. La crise politique continua pendant ce temps avec une énième formation du gouvernement, cette fois conduite par Kurt von Schleicher.  Mais le gouvernement avait une base faible et il tomba comme d´autres gouvernements auparavant.

Le 30 janvier 1933, Hindenburg nomma finalement Hitler comme chancelier national. Beaucoup des choses ont été écrites sur la façon dont les choses s´étaient passées pour amener le président Hindenburg à changer d´avis. Hindenburg était totalement opposé à ce qu´Hitler devienne chancelier national. Il n´avait pas confiance en la disponibilité de Hitler de respecter la Constitution allemande. La description de l´histoire de la bourgeoisie renvoie toujours à des intrigues de tous genres qui avaient amené le président à  changer d´avis. Toutefois, ce fut von Popen, ancien président du Parti centriste et manipulateur notoire (intrigmakare) qui avait de très bonnes relations avec Hindenburg. Et ce fut aussi le fils du président, Oscar Hindenburg, qui, au delà du fait qu´il n´était pas spécialement intelligent, avait des dettes qu´on pensait provenir d´une aide étatique supposée illégale. La bourgeoisie cherche seulement à fuir ses responsabilités. Lorsque la situation s´était présentée, c´était le grand capital qui agissait exigeant Hitler comme chancelier national. Hindenburg s´était incliné devant les pressions du grand capital.

Le grand capital finance la campagne électorale d´Hitler:

A l´exception d´Hitler, il n´y avait, dans le nouveau gouvernement, que deux autres nazis (Göran et Frick). C´était une exigence de Hindenburg. La position des Nazis était faible après la défaite électorale de novembre. Hitler exigea et obtenu de Hindenburg l´organisation des nouvelles élections au 5 mars 1933. On avait pensé qu´avec toutes les organisations de l´Etat, les élections allaient donner lieu à une victoire facile pour les Nazis. Mais pas seulement. Le grand capital allemand était cette fois-ci, d´une manière organisée, directement active et impliquée dans le soutien à Hitler et à la campagne du Parti nazi.

Le président du parlement allemand, Göring, convoqua, le 20 février, à travers Hjälmar Schacht, ancien président de la Banque nationale allemande et l´un des membres actifs du groupe financier qui soutenait Hitler, une réunion avec les dirigeants industriels et financiers en Allemagne. Cette réunion secrète de 20 personnes eut lieu au domicile de Hermann Göring. Il y avait aussi, dans le groupe se trouvant derrière Hitler, un nouveau membre, « Krupp von Bohlen und Halbach, leader des industries d´armement. Krupp devint l´un des plus loyaux partisans du parti d´Hitler une fois que Hitler eût le pouvoir ». Le but de la réunion était de rassembler de l´argent pour soutenir la campagne d´Hitler aux élections du 5 mars. « Lorsque tous attendaient que Göring vint parler devant les personnes rassemblées, Hitler apparut subitement en personne, serra la main à tous et prit place au coin de la table (bordsgaveln). Il parla longtemps, surtout sur le danger communiste, sur lequel il prétendait avoir justement remporté une victoire décisive».

Il y eût aussi, à cette réunion, un représentant d´IG Farben qui venait pour la première fois et qui était bien préparé à donner un soutien actif à Hitler. C´était le bien connu Georg von Schnitzler dont la présence fit une grande impression sur les capitalistes rassemblés. IG Farben était la plus grande entreprise de l´Allemagne et l´une des plus grandes du monde. Schacht proposa aux participants à la réunion de rassembler 3 millions de mark pour Hitler. Le représentant de IG Farben donna la plus grande part, 400 milles mark ».  En dehors du pouvoir gouvernemental et de l´appareil du pouvoir, Hitler avait maintenant tout le monde de l´industrie et de la finance derrière lui et des gigantesques sommes d´argent à sa disposition. Rien ne pouvait l´induire en erreur.

Mais Hitler prit toutefois des précautions. «Le fascisme au pouvoir est une dictature ouverte, terroriste, (tenue par) des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvinistes et les plus impérialistes » décida le Komintern en 1935.  Le 04 février 1933, le président Paul von Hindenburg signa un décret qui donna au Parti nazi le droit d´interdire les réunions publiques, de déclarer les journaux et d´autres imprimés illégaux et d´arrêter les personnes suspectées de trahison. Le coup de chasse (la chasse) à l´opposition commença. Göring créa une force de police composée des milliers de membres provenant des groupes d´assaut nazis avec l´ordre de tirer pour tuer les « ennemis » en cas de confrontation.

Le 27 février, une semaine avant les élections législatives, les Nazis mirent le feu au Parlement et accusèrent les communistes d´être l´auteur de l´incendie. C´était le coup de propagande des Nazis pour arriver à une victoire totale aux élections. Le président von Hindenburg signa, après les élections législatives, un décret qui donnait au gouvernement et à Hitler, un pouvoir presque illimité. Le 03 mars, deux jours avant les élections, Ernst Thälmann, président du KPD, le Parti communiste allemand, fut arrêté. Les communistes furent poursuivis et arrêtés par milliers dans toute l´Allemagne. (Thälmann allait passer le reste de sa vie dans la privation de liberté par les Nazis. Il fut enfermé dans la prison des Nazis pendant 11 ans. Thälmann fut tué par les agents SS, probablement le 28 août 1944. Il fut déplacé de la prison à Bautzen pour le camp de concentration de Buchenwald où il fut assassiné. Son corps fut incinéré le 29 août 1944.)

Les élections législatives du 05 mars 1933 ne donnèrent pas malgré tout les résultats qu´Hitler comptait réaliser. Les Nazis voulaient absolument avoir la majorité absolue au parlement. Ils eurent 17,3 millions des voix et 43,9%. Les Nazis étaient toujours dépendants du soutien d´autres partis. Toutefois, le 23 mars 1933, deux jours après la première réunion du nouveau parlement, le parlement vota, avec le soutien du Centre, du Parti nationaliste et du reste de petits partis de droite, la loi des pleins pouvoirs, proposée par les Nazis. La loi des pleins pouvoirs donna à Hitler les pleins  pouvoirs dictatoriaux dont le droit de gouverner sans interpellation du parlement pendant 4 ans. Le président von Hindenburg signa cette loi et la rendit applicable.

Le Parti communiste avait fait une bonne élection le 05 mars 1933. Bien que 20 000 communistes avaient été arrêtés et enfermés dans des camps de concentration et que des centaines d´entre eux étaient déjà assassinés, le parti eût plus de 4 millions des voix. Au milieu du mois de juin 1933, tous les partis, à l´exception des Nazis, étaient illégaux, la liberté de la presse était supprimée et les mouvements syndicaux interdits.  La semaine de 60 heures devint la norme. L´exploitation devint marquante et avec elle les accidents sur les lieux du travail et les maladies. Les poursuites contre les Juifs débutèrent et ceux-ci commencèrent à affluer dans les camps de concentration où les communistes et les autres gens de gauche se trouvaient déjà.

Le chemin d´Hitler vers le pouvoir absolu atteignit son point le plus élevé lorsque le président Paul von Hindenburg mourut le 2 août 1934. Aussitôt après la mort du président, la direction de l´armée ensemble, avec le chancelier national adjoint Frans von Papen, acceptèrent que les postes de président et de chancelier soient réunis en un seul, en la personne d´Hitler, sous la dénomination de « fürher » et chancelier national. Le président était le chef le plus haut placé de l´armée allemande, et le corps des officiers et les soldats furent obligés de prêter un serment de fidélité au nouveau président, Hitler. La dictature était accomplie.

Hitler gagna le combat du pouvoir politique en Allemagne avec des millions de mark provenant du grand capital allemand. C´était avec ces énormes sommes que les Nazis construisirent le Parti nazi, son appareil de propagande et ses troupes d´assaut. La dictature de Hitler et du Parti nazi devint possible grâce au soutien parlementaire des partis de droite au nazisme et la trahison contre la démocratie.

IG Farben, la plus grande entreprise, main dans la main avec Hitler:

Déjà avant qu´Hitler ne devint chancelier national, IG Farben avait établi des contacts avec lui. Lorsque les Nazis devinrent, après le mois de juillet 1932,  le plus grand parti au parlement allemand, Carl Bosch, le plus haut chef de IG Farben, décida d´entamer des discussions avec Hitler et d´examiner sa position vis-à-vis des produits synthétiques que IG Farben fabriquait ou pensait développer, (et) surtout la question du pétrole synthétique et du caoutchouc extrait à partir du charbon. Les processus de fabrication, la technique de la haute pression et l´hydrogénation (?) étaient très (tellement) coûteux, qu´il était difficile d´en tirer des bénéfices sans des subventions étatiques.

Le représentant de IG Farben au cours de la première réunion entre l´entreprise et Hitler était Heinrich Buetefisch, directeur technique de l´usine de Leuna et technicien de premier plan éminent dans la production du pétrole synthétique (condamné pour esclavage et meurtre en masse et à 6 ans de prison aux procès de Nuremberg après la guerre). La réunion fut un succès pour IG Farben. Hitler avait compris le projet de Bosch et il souhaitait la bienvenue au pétrole synthétique de IG Farben qui allait rendre l´Allemagne autosuffisante. Bien entendu à des coûts très élevés. Mais l´aspect militaire était le plus important pour Hitler. L´Allemagne n´avait pas du pétrole et avec le pétrole synthétique de IG Farben, l´armée allait devenir indépendante des achats du pétrole de l´étranger.  Imaginez la possibilité de pouvoir envoyer toute une armée des chars et d´avions sans avoir besoin d´importer une seule goûte de pétrole. Le peuple fut obligé de payer ce que ca coûtait. Hitler promit de soutenir le programme de Bosch.

La réunion suivante entre IG Farben et Hitler eût lieu peu de temps après les élections du 05 mars 1933 lorsque Hitler était déjà chancelier national. Carl Bosch vint alors en personne chez Hitler. Le programme de Bosch pour le pétrole synthétique reçut une nouvelle fois le soutien total d´Hitler, ce qui impliqua que l´usine de Leuna fut construite à sa capacité maximale. L´objectif était, à l´avenir, la capacité de production de 100 000 à 400 000 tonnes de pétrole synthétique par an. Les négociations furent conclues en décembre 1933 et un contrat fut signé entre IG Farben et le régime nazi. Ils s´étaient entendus, le 14 décembre, que IG Farben allait investir dans l´usine de Leuna pour que celle-ci produise jusqu´à 350 000 tonnes de pétrole synthétique par an. L´Etat allemand allait garantir un prix correspondant à plus de 5 % des bénéfices sur le capital investi (et)  en plus des retombées largement bénéficiaires pour IG Farben. L´Etat allemand s´engagea par ailleurs, d´acheter tout le pétrole que IG Farben ne pouvait vendre. Une brillante affaire pour IG Farben. De 1933 à 1934, IG Farben investit plus de 4 milliards de mark dans des nouvelles usines  et dans l´augmentation de la capacité des anciennes. Une grande partie du capital venait du gouvernement nazi.

L´Allemagne nazie était maintenant entrain de devenir autosuffisante en pétrole, première étape avant toutes les aventures militaires que Hitler et les Nazis avaient dans leur plans d´avenir.  La seconde question qui était dans l´agenda pour rendre possibles les plans de guerre des Nazis était la matière première stratégique caoutchouc. Sans caoutchouc pas de pneus, pas des tuyaux et beaucoup d´autres articles des voitures, les motocyclettes, les camions et les avions. Il était impossible d´aller en guerre sans caoutchouc.  Le caoutchouc était importé du Sud-est asiatique où il y avait des grandes plantations des arbres à caoutchouc. Un blocus pendant la guerre pouvait être dévastateur pour l´Allemagne. IG Farben avait, déjà au début des années 1930, selon le même procédé que la haute pression pour la fabrication du pétrole, développé une technique pour fabriquer le caoutchouc synthétique à partir du charbon, du caoutchouc buna. Mais le prix du caoutchouc naturel était alors si bas et la fabrication du caoutchouc « buna » moins rentable.  Toutefois, au cours de l´automne 1933, les Nazis devinrent intéressés et voulurent que IG Farben reprit la production du caoutchouc « buna ». Hitler fit des pressions pour rendre l´Allemagne autosuffisante en caoutchouc.

Le plus chef de IG Farben posa cette fois des conditions au gouvernement nazi. Le processus de fabrication du caoutchouc « buna » était coûteux, très coûteux. Le prix de la fabrication d´un pneu « buna » était de 92 marks, mais il fallait seulement 18 pour fabriquer un pneu avec du caoutchouc naturel. Une nouvelle usine pour la fabrication du caoutchouc « bona » allait nécessiter beaucoup d´argent et exiger de très grands investissements. Bosch voulait avoir des garanties économiques de la part d´Hitler pour que la fabrication devienne rentable pour IG Farben. L´entreprise voulait avoir des garanties d´achats de la part de l´armée. La direction de l´armée, trouva, après des testes, que le« buna » ne remplissait pas les conditions militaires.

Mais le soutien d´Hitler était de toute façon important pour Bosch. Une nouvelle usine pour la fabrication du caoutchouc « buna » commença à être construite à Schkopau, dans les environs des installations à haute pression de Leuna. Ce dossier fut clos après que Hitler eut nommé Göring au poste de commissaire aux matières premières et à la monnaie étrangère. « Si la guerre vient demain, déclara Göring, nous devons nous appuyer sur du matériel produit synthétiquement ». Il commença immédiatement à planifier pour l´augmentation de la production de 200 à 1000 tonnes par semaine dans les usines de buna et pour une nouvelle usine d´une capacité de 1000 autres tonnes par semaine. L´économie allait être dirigée sur un seul objectif et tout devrait être concentré sur les préparatifs de la guerre. Les affaires tournaient brillament pour IG Farben.

Il y avait cependant une chose qui pouvait constituer un problème sérieux entre Hitler et IG Farben. Une partie de la direction et des agents de l´entreprise était d´origine juive. La plupart avaient pendant des années travaillé fidèlement pour l´entreprise et contribué aux succès techniques et économiques. Mais les affaires passaient avant tout  dans ce dossier. Tous ceux qui avaient une origine juive furent renvoyés. IG Farben fut totalement nazifié en 1937. Le poste de chef avait déjà été pris par Hermann Schimtz en 1935, Carl Bosch ayant reçu le poste honorifique de président du comité de gestion. IG Farben était maintenant près pour la guerre.

IG Farben sur les traces du nazisme:

IG Farben était dès le départ préparé à profiter des grands bénéfices que les guerres d´Hitler pouvaient donner. La première à être soumise fut l´Autriche. IG Farben y entra avec les armées nazies. Le but était de prendre le contrôle du plus grand groupe chimique autrichien, Skoda Werke Wetzler. L´usine appartenait à la famille juive Rotschild, ce qui avait facilité la tâche. Tout le personnel juif fut immédiatement révoqué et les techniciens aryens d´IG Farben remplirent les places vides. IG Farben appliqua du reste, pour la première fois, la tactique de faire passer la prise de contrôle sur l´entreprise comme légale et juridiquement correcte, tout cela comme mesure de prudence au cas où l´invraisemblable arriverait, donc au cas où Hitler allait perdrait la guerre. IG Farben initia des négociations avec le chef de la place et déjà, au bout quelques mois, tout Skoda Werke Wetzler, était la propriété de IG Farben.

La prochaine conquête d´Hitler, le territoire de (Sude) en Tchécoslovaquie, donna à IG Farben un nouveau groupe industriel. Il y avait, à (Sude), deux grandes usines chimiques que possèdait Aussiger Verein, la plus grande entreprise chimique Tchecoslovaque. IG Farben donna, comme preuve d´admiration pour la conduite de la guerre d´Hitler, un demi-million de mark à ce dernier; il avait remis les (Sudètiens) (Sudeterna) à l´Allemagne. Les négociations commencèrent par la suite pour la prise de contrôle de deux entreprises chimiques. Le processus avait été, même dans ce cas, rendu facile par le fait que 25% des comités de direction des entreprises tchécoslovaques, étaient juifs. Les entreprises tombèrent par cela même sous le régime des lois nazies sur les Juifs et elles pouvaient être totalement expropriées. IG Farben utilisa cet argument pour contraindre Aussiger Verein à vendre les usines aux conditions  de IG Farben.

Après la Tchécoslovaquie, ce fut le tour de la Pologne d´être dépiécée par les armées nazies. Les représentants d´IG Farben étaient venus sur les traces des Nazis. L´objectif était cette fois trois usines : Boruta, Wola, et Winnica. IG se tourna vers le ministère des Finances allemand pour prendre le contrôle des usines mais ne reçut, cette fois-ci, qu´une demie promesse. La prise de contrôle ne devint pas permanente, IG ne pouvant avoir un quelconque droit de propriété. En Pologne, l´avenir fut décidé par Himmler et SS. IG prit contact avec les représentants de Himmler en Pologne et l´affaire fut conclue après les négociations. SS donna à IG Farben le droit de prendre le contrôle des entreprises selon sa propre proposition. C´était la première collaboration entre IG Farben et SS. Plusieurs (autres) allaient suivre.

IG Farben avait fait  de la politique nazie sa propre politique. L´entreprise se réjouissait de devenir le premier groupe chimique d´Europe de la même manière que les Nazis voulaient diriger l´Europe. Toutes les entreprises chimiques devraient devenir les propriétés d´IG Farben. Après la Pologne, vint finalement le plus grand morceau. La France était le prochain pays qui allait être avalé par les Nazis et IG Farben se rejouissait de prendre le contrôle de l´industrie chimique française, la clé de l´industrie chimique de l´Europe. Il en fut aussi ainsi. IG Farben initia les négociations avec la plus grande entreprise chimique, Khulmann, après l´occupation de la France par les Nazis. Il n´y eût bien entendu jamais des négociations. Les démarches devinrent cette fois plus compliquées et les discussions plus longues. Mais à la fin, ce fut comme d´habitude. Toutes les entreprises chimiques de la  France furent obligées d´accepter les conditions de IG Farben et constituer une seule entreprise, Francolor, appartenant à 51% de IG  Farben et à 49% aux anciens propriétaires.

Même dans les autres pays que les Nazis avaient occupés, Norvège, Danemark, Hollande, et Belgique, les industries chimiques subirent le même sort. Comme les corbeaux derrière la charogne, IG Farben suivait l´armée nazie. Ils étaient devenus comme une unité de celle-ci. Tous les pays occupés avaient en commun le fait qu´au sein de leurs gouvernements respectifs, il y avait des gens qui nourrissaient des sympathies politiques vis-à-vis du gouvernement autoritaire que les Nazis représentaient. En Belgique et en Hollande, la classe bourgeoise par exemple, s´amusait trinquaient dans les meilleurs hôtels des capitales  lorsque les armées nazies mettaient leurs pieds sur les routes des villes. La France reste en tout cas, la plus grande preuve de la trahison de la classe capitaliste contre son propre peuple. Selon l´historienne française Annie LaCroix-Ritz, dans son nouveau livre, « Le choix de la défaite »  (att välja nederlaget), « les francais n´avaient pas été totalement vaincus dans cinq jours par une Wehrmacht invincible ; ils avaient été sacrifiés par les grands acheteurs de la main d´œuvre et leur « plan pour la reforme de l´Etat », une copie provenant du « voisin fasciste ».

Esclavage et massacre à Auschwitz:

IG Farben était prêt à tout faire pour le pouvoir et la richesse. Malgré tous les vols commis dans les pays occupés, le chapitre le plus sombre de l´histoire de l´entreprise n´était pas (encore) écrit. Il s´agit de la main-d´œuvre esclave et des massacres de IG Auschwitz. Lorsque toute l´Europe se trouvait à genou devant Hitler, commencèrent les préparatifs pour concrétiser le but final, la conquête de l´Union soviétique. Un pays énorme qui posait des conditions à l´armée allemande concernant de très grandes ressources. Il s´agissait de tout, de la nourriture et des habits jusqu´aux marchandises de base de la guerre, le fer, les nitrates, le pétrole, et le caoutchouc. Le pétrole synthétique et le caoutchouc buna étaient de la responsabilité d´IG Farben. Après examen, il fut démontré que la production allemande ne suffisait pas pour une invasion de l´Union soviétique. La recherche d´une grande production était nécessaire et des nouvelles usines devaient être construites.

Plusieurs bonnes alternatives existaient quant aux endroits où devaient être localisées les nouvelles constructions notamment la Norvège et la Pologne. Tout fut sérieusement examiné, notamment l´accès aux mines de charbon et à l´eau. Les possibilités de transport vers et en provenance des sites aussi. Et surtout l´accès à la main d´œuvre en grande quantité, laquelle pouvait satisfaire les besoins pour la construction des grandes usines dont il était question. La dernière interrogation emporta la décision finale. Les SS planifiaient de construire un énorme camp de concentration près du village polonais Auschwitz, en (Silésie)(Shlesien) polonaise. Hitler avait promis toute l´aide nécessaire à IG Farben et SS avait garanti à l´entreprise un accès illimité à la main d´œuvre esclave. La décision d´IG Farben était simple. L´endroit choisi fut Auschwitz et le nom de l´usine IG Auschwitz.

IG Auschwitz allait être composée de deux usines, une pour le caoutchouc buna et une autre pour le pétrole synthétique. Elles allaient devenir les plus grandes entreprises du monde pour ces objectifs ainsi définis. Si l´on prend en considération la grandeur de l´Union soviétique, le débouché de la production était assuré par avance et les bénéfices à en attendre étaient énormes. Les possibilités de développement semblaient infinies lorsque le pays allait être ouvert à la l´exploitation capitaliste. IG Farben prit la décision d´assurer seule toutes les dépenses de IG Auschwitz. IG Auschwitz allait devenir un projet totalement privé, aucune aide étatique n´allait être acceptée. Alors tous les revenus allaient revenir à l´entreprise! IG Farben décida d´investir seul 900 million de mark, l´investissement  le plus incomparable de l´histoire de l´entreprise.

Pour la construction de l´usine de caoutchouc buna, la première à être construite, il fallait entre 8 000 et 12 000 travailleurs. Les prisons du camp de concentration furent mis à la disposition de IG Farben. On se mit d´accord avec SS sur le fait que les payements pour la nourriture, les habits et le transport des prisonniers, en direction de l´usine tout comme en provenance de cette dernière, furent versés à celui-ci. Trois marks par jour pour le travailleur, quatre pour le travailleur qualifié et un mark et demi par jour pour les enfants travailleurs. On amena aussi là-bas les « kapos ? », les prisonniers devant fonctionner comme gardes. On avait aussi choisi les criminels de profession, des véritables sadiques, qui avaient été pris des camps de concentration. Il y eût donc un kapo ( ?) par vingt prisonniers. Les travaux de construction démarrèrent mais on découvrit vite que l´effectivité était très basse. Les gens qui avaient été pris des prisons étaient obligés de se réveiller à 3h00 du matin et ne revenaient que tard dans la soirée. De longues marches, la famine et la rossée permanente avaient un effet démoralisant sur les prisonniers réduisant leur force de travail au minimum. L´on commença à craindre que les usines ne soient  prêtes avant l´invasion de l´Union soviétique. Le projet buna était très en retard par rapport au calendrier.

Monowitz, le camp de concentration d´IG Farben:

IG Farben avait investi environs un milliard de mark mais il n´eût pas de bénéfices escomptés. Le problème était la main d´œuvre. Alors IG Farben décida de mettre en place d´établir son propre camp de concentration dans les environs de l´usine. Ceci allait coûter 5 millions de mark, mais si cette dépense pouvait sauver un investissement de 1 milliard de mark, résonnait-on, c´était de toute façon moins cher. Pas des scrupules lorsqu´il fallait défendre les bénéfices. Un nouveau camp de concentration fut construit à Monowitz. Il y eût, sous la régie d´IG Farben, des tours de contrôle, des mitrailleuses, des chiens, des clôtures électriques, des fers de barbelés, des cellules de punition et des gibets (galgar ?) où des corps étaient toujours suspendus.

Les conditions régnant dans le camp de IG Farben étaient aussi horribles que celles du reste des camps de Auschwitz. Aucune table ni chaise, aucun lit (sovbirtsar ??) appartenant à une personne ne furent utilisés par trois, la punition et la rossée qui avaient été commandés par les responsables d´IG Farben et appliqués par les SS. La famine était généralisée; les prisonniers perdaient 3 à 4 kg par semaine. Les prisonniers étaient méconnaissables après deux mois.  Après trois mois, ils étaient soit morts soit tellement sans force qu´ils étaient conduits dans les chambres à gaz de Birkenau]. IG Farben exigeait ce qu´on appela « la marche rapide SS », un rythme de travail qui impliquait que tout le matériel de construction soit transporté en courant sous menace et punition de frappe de la part de la police de l´usine de IG Farben et de SS.  De 300 000 prisonniers utilisés à IG Auschwitz, au moins 25000 moururent pendant le travail.  L´usine devint de toute façon un grand échec. Elle ne produisit que quelques litres d´essence et il n´y eût jamais de caoutchouc buna

IG Farben et Zyklon B:

On peut penser que la limite était atteinte pour IG Farben et sa chasse au profit. Pas du tout. Les Nazis avaient, à cette époque-là, décidé « la résolution définitive de la question juive ». Les Nazis avaient comme objectif de tuer les Juifs dans le monde entier. Ils avaient commencé avec les massacres collectifs des Juifs lors de l´invasion de la Pologne.  Des départements spéciaux des SS emprisonnaient des gens dans des camions et utilisaient du gaz carbonique provenant des émissions de gaz pour les tuer. SS trouva que ce procédé n´était pas suffisamment efficace. Les Nazis voulaient avoir des grandes quantités de morts en un temps court. On construisit des incinérateurs permanents à Treblinka où le gaz carbonique était utilisé. Mais même cet autre procédé ne fut suffisamment efficace. Himmler donna au commandant d´Auschwitz, Höss, la tâche de commencer les massacres dans les camps. Höss utilisa à Birkenau, les même incinérateurs qu´à Treblinka mais il esseya un gaz toxique, Zysklon B, liquide (cyanique) (cyanväte) qui avait été utilisé contre les insectes auparavant. Les Nazis utilisèrent 500 prisonniers de guerre soviétiques dans la première expérience pour tuer les personnes humaines avec la  Zysklon B. Les massacres collectifs avec zysklon B devint la méthode des Nazis dans l´extermination massive des Juifs et de tous les prisonniers non-ariens dans les camps de concentration.

Zysklon B fut fabriquée par Degesch (Deutsche Gesellschalt für Schädlingsbekämpmfung, société allemande de lutte contre les insectes nuisibles) dans laquelle IG Farben avaient la majorité des actions et était majoritaire dans le comité de direction. Le chiffre d´affaires record investi dans zysklon B, rapporta à IG Farben, d´énormes bénéfices. IG Farben doubla les bénéfices de ces actions dans Degesch après que l´extermination des Juifs eût commencé. Zysklon B, qui était inodore, était fabriquée auparavant  avec un indicateur d´odeur pour prévenir les humains lorsque le gaz était utilisé contre les insectes. Mais IG Farben donna satisfaction à l´exigence de SS afin que l´indicateur d´odeur soit enlevé. C´était nécessaire lorsqu´il fallait tuer les humains.

Soutien politique et économique au nazisme:

Le grand capital allemand et même le grand capital américain et la Grande Bretagne avaient soutenu la reconstruction des industries d´armement allemand au cours des années 1920. Ce soutien avait été bien accueilli par le grand capital allemand.  Pour eux, l´objectif était de prendre place parmi les pays impérialistes du monde. Un pouvoir militaire fort était la condition nécessaire pour se trouver en situation de respect parmi les impérialistes et aller en guerre à la chasse des colonies. Il était aussi important qu´un investissement dans les industries d´armement donna des grands bénéfices rapides et garantis. L´Etat allemand, qui avait commandé ces articles, pilla les citoyens avec des nouveaux impôts et pays à temps.

Toutefois, pour le grand capital des Etats-Unis et la Grande Bretagne, la question devrait être posée autrement. Les bénéfices énormes et rapides étaient une réalité tentante. Mais l´évolution politique en Allemagne aurait dû parler le langage de la prudence. Soutenu par le grand capital, Hitler était en marche vers l´avant. La possibilité de voir l´Allemagne devenir un Etat fasciste comme l´Italie avec Hitler comme dictateur, était manifeste. Et ceci aurait dû devenir comme une menace contre leurs propres pays, les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Pour ne pas parler de leur allié, la France. Le message central d´Hitler était à tout moment la question d´un territoire plus grand pour les Allemands, l´espace de vie d´Hitler. Et ceci allait nécessairement signifier la guerre. Une guerre dans laquelle la Grande Bretagne, avec ses intérêts économiques et les nations alliées de l´Europe centrale, allaient sûrement être impliquées.  

Le grand capital des Etats-Unis et la Grande Bretagne avait de toute façon choisi d´investir et de soutenir l´industrie d´armement allemande. Les affaires d´abord, les intérêts de son propre pays, bien plus tard. C´est toujours comme ca avec le grand capital. Mais dans cette circonstance, il y avait une autre composante. Une grande sympathie s´était développée au sein de la bourgeoisie dans tous les pays européens et en Amérique au profit de la politique d´Hitler, à partir des années 1920. La montée de la classe ouvrière avait menacé les relations/situations les plus injustes du capitalisme et  entamé la possibilité de gagner, (à la limite), des bénéfices. Hitler avait promis de mettre fin au mouvement des travailleurs allemand, de supprimer les organisations syndicales et d´interdire le Parti communiste allemand. La bourgeoisie internationale avait considéré Hitler comme  un personnage idyllique (idole) et la politique de Hitler comme quelque chose à utiliser contre les travailleurs de son propre pays. Une grande partie de la bourgeoisie en Europe et en Amérique devint sympathisante nazie.

Ceci est bien connu et bien documenté en Suède. Les exemples sont légion. La famille royale se posa elle-même en tête des sympathisants de Hitler. Après l´invasion par l´Allemagne nazie de l´Union soviétique en octobre 1941, lorsque tous les papiers (löpsedlar) furent dominés  par le rapport de Hitler et Göbbel sur le fait que l´Allemagne avait définitivement vaincu l´Union soviétique (après à peu près quatre mois de guerre …), Gustav V annonça sa sympathie pour la guerre ainsi menée et mentit lorsqu´il rassura qu´il en était aussi ainsi avec la majorité du peuple suédois. Gustav V annonça aussi à Hitler qu´il avait espoir que le gouvernement suédois allait vite interdire le Parti communiste suédois. Le prince héritier de la couronne de l´époque, Gustav Adolph,  visita les camps des jeunes hitlériens pendant les années 1930 et tint des discours devant les Nazis. Aux jeux olympiques de Berlin de 1936 lesquels étaient marqués par une propagande nazie, le prince Gustav Adolph était assis à la tribune d´honneur entre Hitler et Göring. La Droite suédoise, l´actuel Parti modéré de Rassemblement (Moderaterna)  présenta au parlemenmt suédois, des motions pour interdire le Parti communiste suédois. Au 50ème anniversaire de Hitler, le 20 avril 1939, Hitler était félicité par le chef d´état-major général suédois Thörnell, le  commandant (arméstabschef) Helge Jung et le chef de la flotte, l´amiral Tamm.

Il est important d´attirer l´attention sur le fait que tous ces événements se sont passés après qu´Hitler eût définitivement rompu le Traité de paix de Versailles et toutes les conventions internationales, après l´invasion et l´occupation de l´Autriche et de la Tchécoslovaquie et après l´aide de Hitler à Franco et au fascisme espagnol dans le but de détruire le gouvernement démocratique espagnol. Après l´invasion et l´occupation du Danemark, de la Norvège, de la Belgique, de la Hollande et de la France par l´Allemagne nazie, cette attitude continua et se développa par les autorités suédoises. Le chef d´état-major général de l´armée, Olof Thörnell proposa, le 21 avril 1941 –un an après l´occupation des « peuples frères » norvégiens et danois-, au gouvernement suédois de se mettre du côté de l´Allemagne nazie dans l´imminente guerre contre l´Union soviétique. « Une victoire allemande devrait conduire à la défaite du communisme et être un avantage incomparable pour le bien être intérieur de notre pays », écrivit Thörnell. Il avait derrière lui, presque sans exception, tout le corps des officiers suédois. Une grande partie de la classe bourgeoise suédoise était pro-allemande et nombreux étaient des sympathisants nazis.

En Grande Bretagne, qui elle-même et ses colonies d´Afrique et d´Inde, serait menacée par une Allemagne militairement forte sous la direction de Hitler et du nazisme, le roi Edouard VIII était nazi. Il fut obligé d´abdiquer du trône en 1936. L´histoire est maintenant connue notamment grâce au fait de la levée du seau du secret frappant les documents FBI aux Etats-Unis entre 2002 et 2003.  Longtemps avant, il était soutenu que Edouard VIII avait été obligé d´abdiquer parce que la femme avec laquelle il voulait se marier, une aventurière américaine du nom de Willis Simpson, était détestable (avskydd ???) et que Edouard VIII fut obligé d´abdiquer pour pouvoir la marier. Willis Simpson était, en réalité, nazie et avait les meilleurs contacts avec Joachim von Ribbentrop, l´ambassadeur de l´Allemagne nazie à Londres en 1935.

La police fédérale des Etats-Unis rapporta au président Roosevelt que Wallis Simpson était l´amante de Ribbentrop et qu´elle a, même quelques années plus tard, donné des informations secrètes aux Nazis avant l´invasion de la France en 1940. Elle était alors déjà mariée avec son Edouard pendant quatre ans. Après avoir abdiqué, Edouard VIII devint duc de Windsor et gouverneur de Bahamas. Willis Simpson devint duchesse de Windsor. La FBI avait mis le couple sous une surveillance dure avec, entre autres, la censure de toutes les lettres allant aux Etats-Unis. L´ambassade britannique à Washington essaya, en vain, en mai 1943, et pour la deuxième fois, d´obtenir la levée de la censure des lettres. Les ducs de Windsor étaient nazis, et avaient beaucoup de contacts au sein de la grande finance nord-américaine laquelle continua, pendant la guerre, de faire des affaires avec l´Allemagne nazie. C´étaient des contacts d´affaires importants entre la grande finance nord-américaine et les Nazis.

Le capital monopoliste des Etats-Unis et la Grande Bretagne investissent dans Hitler:

L´intérêt pour les investissements étrangers en Allemagne devraient s´être refroidi avec la prise du pouvoir par Hitler en janvier 1933. Il n´en fut cependant pas le cas. La vague des investissements étrangers en provenance des Etats-Unis et de la Grande Bretagne, surtout dans l´industrie allemande de l´armement, continua de manière ininterrompue. La politique de violence de Hitler et des Nazis contre leur propre peuple et contre les Etats frontaliers de l´Allemagne n´eût pas d´impact sur la volonté d´investir de la part des Etats-Unis et la Grande Bretagne.

Le fait que la bourgeoisie ne réagit pas lorsque des centaines de milliers des membres du Parti communiste et les organisations syndicales furent enfermés sans des camps de concentration peu après la prise du pouvoir par Hitler ainsi que lorsque les Nazis tuaient des centaines des dirigeants, ne nous étonne pas. Les pensées de la bourgeoisie sur la démocratie n´existent que pour eux-mêmes,  pas pour tout le peuple. Mais le manque de réaction continua lorsque les Nazis commencèrent à poursuivre les Juifs avec des accusations racistes et en plus lorsqu´après la nuit (kristalnatten), en 1938, ils commencèrent à enfermer et tuer les Juifs dans les camps de concentration. Une partie des Juifs étaient des personnes occupant des fonctions de direction dans la vie économique et industrielle allemande, des compagnons d´affaires des capitalistes des Etats-Unis et de la Grande Bretagne. Toutefois, cela ne changea pas la position des investisseurs. La chasse au profit se poursuivit comme d´habitude. Le capital continua à affluer en provenance des Etats-Unis et de la Grande Bretagne pour l´industrie allemande de l´armement.

Le feu vert pour un investissement continu et accru dans les industries allemandes avait été donné dans les traités de paix et les pactes de non agression que la Grande Bretagne, la France, la Pologne signèrent avec l´Allemagne nazie et l´Italie fasciste au cours des années 1930.  En 1933, peu après la prise du pouvoir par Hitler, la Grande Bretagne et la France prirent l´initiative «d´un pacte de compréhension mutuelle et de coopération », avec l´Italie fasciste et Allemagne nazie. L´année suivante, en 1934, la Pologne et l´Allemagne nazie signèrent, sur l´instigation de l´Angleterre, un pacte de non agression. La Grande Bretagne et l´Allemagne nazie signèrent, en 1935, l´« accord marin » (???) selon lequel, la marine de guerre allemande allait être construite pour qu´elle devint presque aussi grande que celle de la France.

C´était totalement contre le Traité de Versailles. En 1938, La Grande Bretagne et la France signèrent la Convention de Munich avec l´Italie fasciste et l´Allemagne nazie par laquelle elles abandonnèrent la Tchécoslovaquie dans les mains des Nazis. La Grande Bretagne et l´Allemagne signèrent, en septembre 1938, une déclaration selon laquelle elles ne devaient plus jamais aller en guerre l´une contre l´autre. La France fit la même chose en décembre 1938. Aucun des crimes nazis n´arrêta les soit disant investissements des démocraties occidentales en Allemagne nazie. L´accord de Munich était, politiquement, une grande victoire pour Hitler. Fritz Thyssen écrivit ceci dans son journal intime: « C´était avant tout le Pacte de Munich qui donna au régime national socialiste une gloire historique. Il était, aux yeux des masses, une confirmation du fait que Hitler était sans faute et mis les nouveaux leaders en position de mener, pendant les années suivantes, une politique qui conduisit l´Allemagne dans une guerre que le peuple allemand n´avait pas prévue et qu´il n´avait pas souhaitée ».

Le capital monopoliste de l´occident gagne de l´argent sur les guerres d´Hitler contre leurs propres pays.

Que le monde de la finance n´ait pas de moral et d´éthique est bien connu et démontré. Surtout à travers l´aide économique (que) de si gros investissements provenant des Etats-Unis et la Grande Bretagne impliquèrent pour l´économie nazie. Mais peu de gens s´imagineraient que ces affaires allaient continuaient pendant la guerre entre leurs propres pays et l´Allemagne nazie. Une guerre qui, en plus, était imposée à ces pays par l´Allemagne nazie. Il en fut de toute façon comme cela.

L´histoire de ces affaires et les accords économiques a toujours été un chapitre très secret dans plusieurs pays. Il en est toujours ainsi entre autres, en Grande Bretagne. En ce qui concerne les Etats-Unis, ces affaires secrètes ont été dévoilées avec la publication du livre de l´écrivain nord-américain, Charles Highmans, « Trading With the Ennemi : An exposé of The Nazi-Américan Money Plot 1933-1949 », publié à New York en 1983.  Charles Higham est un écrivain connu qui avait alors déjà publié plusieurs ouvrages, surtout des romans et des biographies des personnalités connues dans le domaine de l´art et du cinéma. Mais Charles Higham vient d´une famille d´origine juive. « Auschwitz est un mot pour toujours gravé dans mon cœur», écrit Higham. C´était décisif pour les révélations que Higham allait révéler au monde.

L´intérêt de Charles Higham pour les affaires secrètes pendant la guerre mondiale commença en 1978 quand il faisait des recherches sur les affirmations faites sur les contacts du cinéaste Errol Flyms avec les Nazis. Higham a écrit un livre sur ce sujet –The Untold Story. Mais pendant les recherches autour de Errol Flym, Higham mit la main sur les archives de la bibliothèque, plusieurs références sur des politiciens connus et des hommes d´affaires qu´« il avait toujours cru avoir été liés à la chose américaine » mais qui « avaient une marque de suspicion pour les activités subversives ». Ces rumeurs -là sur les contacts entre la grande finance, les politiciens et les Nazis, avaient existé après la deuxième guerre mondiale mais des preuves n´avaient jamais été mises en lumière.

Higham recut maintenant sur son bureau de travail d´innombrables références aux documents qui avaient été gardés dans plusieurs archives aux Etats-Unis. Charles Higham se décida alors d´aller jusqu´au fond de cette affaire. Higham commença à chercher ces documents d´archives en archives mais même quand il trouvait quelque chose, il était surpris de constater que tout était sous le cachet du secret! Higham ne jeta pas l´éponge. Il commença le grand travail de faire lever toutes mentions « secrets ». Invoquant la Freedom of Information Act des Etats-Unis, Charles Higham débuta le processus juridique très économiquement coûteux et exigeant en termes de temps pour faire supprimer les seaux du secret. Ceci lui avait pris beaucoup d´années de travail. Les premiers documents qu´il arriva à lire conduisaient à de nouveaux documents et à des nouvelles exigences sur la levée du seau du secret dans une chaine qui ne prenait jamais fin. Le résultat était troublant pour Higham. « Ce que j´avais trouvé était très indignant », écrivit-il.

La première chose que Higham découvrit était que le président Roosevelt avait, le 13 décembre 1941, six jours après l´attaque japonaise sur Pearl Harbor et quatre jours après la déclaration de guerre de Hitler contre les Etats-Unis, signé un décret, le « Trading With the Enemy Act » (législation de commerce avec l’ennemi) dans lequel des arrangements légaux pour le commerce avec les ennemis pouvaient officiellement être autorisés par le ministre des finances. Il était scandaleux que ceci fût possible,  pensa Higham. Mais ce fut pire que cela. Les entreprises des Etats-Unis  outrepassaient toutes les limites  possibles pour ce qui était officiellement autorisé et établissaient des grandes affaires secrètes avec les Nazis.

Charles Higham, un homme aux valeurs bourgeoises, avait une croyance solide dans le système démocratique des Etats-Unis et ne pouvait, en aucun cas, croire que ceux qui étaient assis sur le piédestal démocratique, étaient des traîtres de la patrie, ceux qui trahissaient leur pays et leur peuple pour des intérêts. « A cause du secret qui avait assombri toute l´histoire, la recherche devint le cauchemar qui précédait le grand cauchemar de la découverte. J´avais commencé un voyage qui risquait de ressembler à de la noyade dans l´eau empoisonnée dans une cloche à plongeur ».

Ce qui énervait Higham le plus, c´était le fait que les affaires avec l´Allemagne nazie avaient continué même après l´attaque japonaise contre la base de la flotte des Etats-Unis, la Pearl Harbour, le dimanche 7 décembre 1941 et même après la déclaration de guerre d´ Hitler contre les Etats-Unis, le 9 décembre 1941. Pour les grands capitalistes des Etats-Unis, la guerre n´était pas quelque chose qui exigeait une prise de position au profit de son pays, qui exigeait qu´on se rassembla pour l´intérêt du pays. Au contraire. « Ils étaient unis par une idéologie: l´idéologie des affaires comme d´habitude (Business as Usual). Unis par les mêmes idées réactionnaires, ils virent un avenir commun sous le pouvoir fasciste, indépendamment de la personne du leader mondial qui pouvait réaliser cette ambition »[90], écrit Higham. Lorsque la guerre commença à aller mal pour les Nazis et qu´ils commencèrent à perdre sérieusement, les hommes de la finance devinrent, selon Higham, plus « loyaux ». Et quand la guerre prit fin, « ils se dépêchèrent en Allemagne pour protéger leurs richesses, remettre les amis nazis aux postes les plus élevés, aider à provoquer la guerre froide».

Qui étaient-ils, les magnats de la finance des Etats-Unis qui gagnaient des grands bénéfices dans les affaires avec les Nazis ?

La liste est longue. Laissez-nous donner au lecteur un regard rapide sur ce groupe obscur que Charles Higham appelle « La Fraternité » (The fraternity).  A la première place vient la famille Rockefeller, propriétaire de la Chase National Bank (plus tard Chase Manhattan), la première institution financière des Etats-Unis lors du déclenchement de la guerre mondiale. La famille Rockefeller avait aussi la propriété de la Standard Oil of New Jersey, la première compagnie de pétrole américaine. Une grande partie des importations du matériel de guerre des Nazis aux Etats-Unis passait à travers ces entreprises et beaucoup d´autres comme la National City Bank of New York. Même certaines petites entreprises comme la Davis Oil Compagny et la Texas Compagny, étaient importantes pour fournir du pétrole et de l´essence aux Nazis pendant la guerre.   

Dans le domaine des télécommunications et de l´électronique, l´entreprise des Etats-Unis, International Telephone and Telegraph Corporation, ITT,  se distingua dans l´aide à la conduite de la guerre par les Nazis. Lorsqu´il s´agit des produits en acier avancés comme des roulements à billes, l´entreprise suédoise SKF (Svenska Roulements à billesfabriken) et sa filiale aux Etats-Unis, étaient de très grande importance pour les Nazis. Tout ce qui roulait ou tournait exigeait des roulements à billes et ceux-ci provenaient de SKF. SKF avait même construit une usine à Schweinfurt, en Allemagne, pour doter les machines de guerre nazis des roulements à billes. SKF fabriquait 80 % des roulements à billes du monde. 60% de la production mondiale de SKF allait chez les Nazis. Sven Wingquist, président de SKF, était un actionnaire important dans la Stockholms Enskilda Bank de Wallenberg, qui à son tour avait des liaisons avec la Reichsbank d´Hitler.

Une autre entreprise suédoise qui était importante pour la guerre de Hitler, en réalité une des plus importantes, était Bofors, d´où les Nazis avaient reçu une partie significative de l´acier et des armes à utiliser pendant la guerre. Les entreprises des Etats-Unis fabriquèrent même des voitures pour les Nazis pendant la deuxième mondiale. Henry Ford était un fanatique anti-juif connu, avec des bons et amicaux contacts avec Hitler. Sa compagnie, la Ford Compagny, fabriquait des voitures et des camions qui étaient exportés en Allemagne nazie et les usines françaises de Ford fabriquaient des voitures pour les Nazis pendant l´occupation de la France par l´Allemagne nazie. General Motors qui est la propriété de la famille Du Pont, était aussi de la partie et fournissait des voitures et des avions aux Nazis.

Comment se passaient les affaires? Nous allons décortiquer ces liaisons en détail. Mais donnons d´abord la parole à Charles Higham: «Que se serait-il passé si des millions d´Américains et des Britanniques qui, en 1942, durent se battre avec des coupons de rançonnement et s´alignaient devant des stations d´essence, avaient su que la direction de Standard Oil of New Jersey avait envoyé le carburant allié à l´ennemi ? Pensez si le public avait découvert que la Chase Bank, dans la ville de Paris occupée, avait fait des millions de dollars de bénéfices sur les affaires avec l´ennemi alors que la direction générale de Manhattan le savait parfaitement? Ou que les voitures de Ford avaient été fabriquées pour le compte des troupes d´occupation allemandes en France avec l´accord de Dearborn, à Michigan? Ou que le colonel Sosthenes Behn, personnage principal au sein du Conglomérat de téléphone américain, ITT, s´était, pendant la guerre, envolé de New York à Madrid et par la suite à Berne, pour contribuer à l´amélioration du système de communication de Hitler et des missiles qui pleuvaient sur Londres? Ou bien que ITT avait fabriqué l´avion allemand, Focke-Wulf, qui fit tomber les bombes sur les troupes britanniques et américaines? Ou bien que de très importants roulements à billes avaient, dans une coopération secrète avec le vice-président du comité de la Production de guerre des Etats-Unis (War Production Board), en coopération avec le cousin de Göring à Philadelphia, été envoyés aux compagnons des Nazis en Amérique latine (pour leur export vers l´Allemagne nazie, explication de MS), lorsque les  forces américaines étaient dans un besoin désespéré de celles-ci? Et que ces affaires étaient connues à Washington et bien connues ou intentionnellement ignorées?

Charles Higham nous donne, dans « Trading With the Ennemi », une très grande quantité de matériel sur des événements pouvant attirer une grande attention. Nous allons relever, d´une manière très brève, une petite partie des révélations de Higham. Remarquez que tout le matériel se trouvait éparpillé dans les archives des Etats-Unis et qu´ils étaient frappés du seau du secret jusqu´aux recherches de Higham. Higham avait exigé et obtenu la levée de la mention « secret » pour une partie du matériel. Mais beaucoup des documents sont encore classées secrètes! Nous allons réproduire des documents concernant la BIS –Bank of International Settlements, la Chase National Bank, la Standard Oil of New Jersey, ITT- American International Telephone and Telegraph Corporation,  Ford et General Motors.

BIS –Bank of International Settlements (Banque pour les payements internationaux):

La BIS avait été fondée le 17 mai 1930 par plusieurs banques centrales d´Europe et des Etats-Unis. La raison de la création de la BIS était d´obtenir le payement des dommages de guerre par l´Allemagne selon la Convention de Versailles après la première guerre mondiale. Bien que la guerre était terminée en 1918, la question des dommages de guerre n´était pas, comme nous l´avons vu auparavant, encore résolue jusqu´à la fin des années 1920. Il y eût, avec le Plan Young (1920-1930), une proposition concrète sur la manière dont les dommages de guerre allaient être payés. Comme il avait été dit à l´époque, le rôle de la BIS était de recevoir, d´administrer et de payer les dommages de guerre aux pays alliés qui avaient été soumis à la guerre par l´Allemagne.

Mais il n´en fut pas ainsi. Le grand capital des pays alliés avait trouvé une chance de faire des grands bénéfices en investissant l´argent dans ce pays industriel ravagé par la guerre, l´Allemagne. Ces investissements avaient commencé une année seulement après la fin de la guerre. Mais à la fin des années 1920, les affaires devinrent très grandes et la banque avait besoin d´une liaison sûre entre l´Allemagne et les pays alliés. La BIS fut créée. Les capitalistes utilisèrent la BIS pour envoyer de l´argent aux investisseurs en Allemagne. Au lieu d´être une voie pour la sortie de l´argent de l´Allemagne, la BIS devint une voie pour l´entrée de l´argent en Allemagne. Surtout en provenance des Etats-Unis et de la Grande Bretagne !

Dans le comité de direction de la BIS, il y avait les représentants des banques centrales des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France et même de l´Allemagne, du Japon, de l´Italie et ceux d´autres banques. Ce qu´avait tous ces représentants en commun était qu´ils avaient aussi des responsabilités au sein des comités exécutifs et des directions des grandes entreprises de ces pays. L´un des fondateurs de la BIS était par exemple, l´initiateur même du Plan Young, Owen D. Young, un des banquiers du groupe de la famille Morgan qui avait la propriété de la First National Bank of New York.  Les représentants du grand capital mondial étaient rassemblés dans la BIS. Ceci fut naturellement exprimé dans les statuts de la BIS, (à savoir) que la BIS « allait être une exception à la saisie,  la fermeture et les blâmes, indépendamment du fait que ses propriétaires étaient ou non en guerre les uns contre les autres». La BIS était le représentant de la politique « des affaires d´abord », gagner de l´argent sur la guerre, surtout de deux côtés des belligérants.

La BIS avait (et a) sa direction générale à Basel, en Suisse. Les Allemands, les Nazis, gagnèrent dès le départ une grande influence au sein de la BIS.  C´était dans leur pays que les investissements étaient faits ; les profits augmentèrent au point qu´au moment du commencement de la deuxième guerre mondiale, la BIS  était sous le contrôle nazi. Le président de la BIS, l´américain Thomas H. McKittrick, était une personne connue pour ses sympathies nazies, quelque chose qu´il partageait avec un grand nombre de grands capitalistes aux Etats-Unis. Au sein de la BIS, il y avait, pour le compte de l´Allemagne nazie, Hermann Schmiz, chef du groupe chimique allemand IG Farben, le baron Kurt von Schröder, un officier de premier plan de la Gestapo et chef de la Stein Bank en Cologne, ainsi que Walter Funk et Emil Puhl, président et vice-président de Reichbank allemande et nommés par Hitler en personne comme représentants au sein de la BIS.

La BIS existait tout le temps comme une institution complice et comme la financière des Nazis, et comme arrière soutien de toutes les expéditions de guerre nazies en Europe. Les Nazis utilisaient la BIS comme support pour amener chez-eux toutes les richesses qu´ils pillaient dans les occupés. La BIS était de la partie dés le départ lorsque les troupes nazies avaient envahi et occupé l´Autruche en 1938.  Tout l´or autrichien qui se trouvait dans la banque royale à Vienne fut pillé, empaqueté et envoyé par la suite à la banque centrale à Berlin sous la supervision du vice président de la banque centrale et du directeur de la BIS, Emil Puhl. Le rôle de la BIS était, au moment de l´invasion et de l´occupation de la Tchécoslovaquie par les Nazis, à peu près le même, mais beaucoup plus révélateur comme une  coopération du grand capital international pour le pillage et les opérations de piraterie. Lorsque les Nazis arrivèrent à la banque centrale tchèque, les réserves d´or du pays, 48 millions de dollar en or, avaient déjà été expédiés dans un transport de la BIS à Basel et par la suite, en Grande Bretagne et la banque d´Angleterre. Avec un revolver appuyé contre la tête, les occupants Nazis obligèrent le directeur de la banque centrale tchèque de prendre contact avec la BIS et de demander que l´or tchèque soit renvoyé de la Grande Bretagne à Basel. Le président hollandais de la BIS, JW Beyen, et le directeur français de la BIS, Roger Auboin, de la Banque de France, décidèrent, après une discussion entre eux, d´accepter la demande du directeur de la banque centrale tchécoslovaque alors qu´ils étaient bien conscients que cette demande avait été dictée par les Nazis.

Le message fut envoyé par la suite en Grande Bretagne où le président de la banque centrale, Montagu Norman, un homme connu pour ses sympathies nazies, décida sur le champ de renvoyer l´or à Basel. De Basel, l´or fut envoyé directement à la banque centrale allemande. Montagu Norman avait le soutien total du premier ministre de la Grande Bretagne, Chamerlain, un grand actionnaire de l´Imparial Chemical Industries, le partenaire britannique du groupe chimique allemand, IG Farben. Chamberlain mentit ouvertement au Parlement britannique lorsqu´il nia que l´or tchécoslovaque aurait été renvoyé à Basel. Comme réponse à la question du parlementaire du Labour, George Strauss, de savoir s´il était vrai que « les réserves d´or de la Tchécoslovaquie avaient été données à l´Allemagne », Charberlain répondit : « Non, ce n´est pas vrai ». Associated Press rapporta, le 31 mai 1939, à partir de la Suisse, que l´or Tchécoslovaque avait passé Basel et qu´il se trouvait déjà dans la banque centrale allemande à Berlin.

Pensez que cet événement a eu lieu six mois seulement après que la France et la Grande Bretagne eurent signer, le 30 septembre 1938, l´Accord de Munich, un pacte avec l´Allemagne nazie et l´Italie fasciste qui, selon les exigences de Hitler, avaient forcé la Tchécoslovaquie à céder, à l´Allemagne, une partie de son territoire, les Sudètes, un territoire à population bilingue. L´Accord de Munich était la trahison ouverte de la Grande Bretagne et de la France contre la Tchécoslovaquie. La France et la Tchécoslovaquie par exemple, avaient, une année auparavant, signé une alliance militaire où les deux pays s´étaient engagés à se défendre mutuellement  au cas où ils sont attaqués par l´Allemagne nazie. L´alliance n´avait aucune valeur. La même chose s´applique en ce qui concerne les engagements de la France et de la Grande Bretagne à la Tchécoslovaquie lors de la signature de l´Accord de Munich. Les deux pays s´étaient engagés  à assurer la sécurité militaire de la Tchécoslovaquie après la cession du territoire des Sudètes à l´Allemagne nazie. Ces engagements ne valaient plus rien lorsqu´il fallut passer à l´action. Le pays fut occupé par les Nazis et divisé en deux colonies nazies. La France et la Grande Bretagne ne levèrent pas le doigt pour défendre la Tchécoslovaquie.

L´histoire rattrapa ces traîtres et ils payèrent le prix de la traîtrise. L´or  tchèque fut utilisé par les Nazis pour acheter du matériel de guerre stratégique pour la prochaine guerre contre la France et la Grande Bretagne. Déjà en 1939, les Nazis avaient placé une grande quantité d´or volé dans la BIS, à Basel, afin de l´utiliser dans des investissements en Allemagne nazie. La BIS était importante pour Hitler. Mais aussi pour le capital de l´Occident. Tous profitaient de la guerre. La Grande Bretagne recevait régulièrement des bénéfices en provenance de la BIS avant et après qu´elle fût allée en guerre contre l´Allemagne et pendant toute la guerre. Deux des membres de la BIS pendant tout le temps de la guerre, étaient Sir Otto Niemeyer, directeur dans la Banque d´Angleterre et le ci-dessus cité Montagu Norman, président de la Banque d´Angleterre.

Les troupes nazies arrivèrent en Hollande et en Belgique au mois de mai 1940. La Hollande capitula le 14 mai et les réserves d´or du pays furent pillées et expédiées à travers la BIS à la banque centrale à Berlin. La Belgique capitula au profit les Nazis le 28 mai. Les réserves d´or du pays,  d´une valeur de 228 millions de dollars, avaient, peu avant l´invasion, été envoyées à la banque centrale française qui était alors considérée comme plus sûre. Mais en juin, c´était le tour de la France de capituler devant les Nazis. Le directeur belge de la BIS, Alexandre Galopin, découvrit, dans la partie non occupée de la France, les convois d´or belge de l´or et se servit de son pouvoir pour les envoyer par la suite à Dakar, au Sénégal, d´où il pouvait  par la suite être transporté vers l´Europe et la banque centrale allemande, la Reichsbank. Le traître Galopin dût payer pour ses actes ; il fut exécuté par le mouvement de résistance en 1944.

La morale capitaliste des « affaires d´abord » continua pendant toute la guerre. Les capitalistes des Etats-Unis et de la Grande Bretagne continuèrent à faire des affaires avec la BIS pendant toute la guerre, à investir de l´argent dans la banque et à avoir des profits sur l´argent ainsi investi. Les Nazis utilisaient l´argent à faire la guerre contre les pays alliés et à payer régulièrement des intérêts à la BIS. L´argent des intérêts provenaient de l´or volé par les Nazis dans les pays pillés mais aussi des propriétés des millions des Juifs assassinés.  Des millions des dents en or, des bagues, des étuis, des verres des lunettes, des briquets, mm. L´or des Juifs fut dilué en 20kg de lingots et a constitué en une  centaine de transport d´or de Berlin à la BIS. Les recherches effectuées lors des procès de Nuremberg contre les criminels de guerre, après la guerre, ont montré que beaucoup de transports destinés à la Banque centrale nazie, à Berlin, venaient des camps de concentration de Lublin et d´Auschwitz .

Lorsque la guerre alla dans sa phase décisive, en mai 1944, lorsque l´Union soviétique gagna grandement et qu´on commença à entrevoir une fin de la guerre, la BIS convoqua une grande réunion à Basel. Les directeurs de la BIS de l´Allemagne nazie, de l´Italie, du Japon, de la Grande Bretagne et des Etats-Unis, se rassemblèrent sous la direction de l´américain Thomas H. McKittrick. McKittrick était, avec l´accord des Etats-Unis, président de la BIS pendant toute la guerre. L´agenda de la réunion : discussion sur 378 millions de dollar en or que les leaders nazis avaient envoyés  à la BIS pendant les années de guerre, pour qu´ils puissent être utilisés à la fin de la guerre. L´or provenait des pays pillés et des Juifs assassinés. La décision de cette réunion n´est pas connue, elle est secrète jusqu´à ce jour.

La BIS, une banque nazie, avait toujours eu des amis puissants qui ont sauvegardé les affaires et aidé à garder les secrets. Lors de la conférence monétaire internationale de Breton Woods de juillet 1944, pendant les négociations de l´Occident sur le développement économique après la guerre, lorsque la Banque mondiale et le Fonds monétaire internationale furent crées, une résolution fut prise de mettre fin à la BIS. Mais il n´en fut jamais ainsi. La banque existe jusqu`à aujourd´hui, les affaires comme d´habitude ». En 1948, la BIS était sous une grande pression avec l´exigence du remboursement de l´or volé aux pays pillés et aux peuples pillés. La BIS remit alors une somme misérable de 4 millions de dollars en or. Ca montre quels sont les pouvoirs existant dans le monde de la finance capitaliste.

Chase National Bank, une banque au service des Nazis:

Dans les années 1930 et au cours de la deuxième guerre mondiale, la famille Rockefeller était propriétaire de la Chase National Bank (plus tard, Chase Manhattan Bank, aujourd´hui JP Morgan Chase), la plus grande institution bancaire de l´époque aux Etats-Unis, et la plus grande compagnie pétrolière Standar Oil of  New Jersey. La Chase National Bank (et même la National City Bank of New York) commerçaient avec l´Allemagne même lorsque le pays tomba sous la dictature nazie. Chase recevait des payements pour le pétrole et beaucoup d´autres produits à caractère stratégique que la Standard Oil et d´autres entreprises des Etats-Unis vendaient aux Nazis. La liste de ces entreprises est longue. En plus de la Standard Oil, il y avait, Sterling Products, General Aniline and Film, SKF, ITT, Davis Oil Compagny, Texas Compagny, Ford et General Motors.

Le directeur de la Chase pour l´Europe était, Joseph Larkin, un homme qui avait de très fortes sympathies pour le fascisme du général Franco et sa guerre contre la république pendant la guerre civile espagnole. Les sympathies de Larkin s´exprimaient non seulement verbalement, mais aussi par des actes concrets. Lorsque l´ambassadeur espagnol accrédité aux Etats-Unis voulut ouvrir un compte de 4 millions de dollars à la Chase, en 1936, à New York, il fut stoppé par Larkin. L´argent allait être utilisé pour soutenir les activités de l´ambassadeur et la brigade Lincoln, un de citoyens américains qui s´étaient portés volontaires au côté des républicains contre le fascisme au cours de la guerre civile espagnole. Pas de compte bancaire pour les républicains au sein de la Chase de New York. A peu près au même moment, l´ambassade espagnole à Paris avait ouvert un compte à la Chase Bank de Paris. Même ce compte fut stoppé par Larkin qui obligea l´ambassadeur à clôturer ce compte dans la banque.

Mais Larkin ne se satisfit pas de cela. Il avait des activités de soutien actif au fascisme et au nazisme. Il avait ouvert, à Paris, des comptes bancaires aussi bien aux fascistes de Franco qu´à la banque centrale allemande, Reichsbank, sous le contrôle direct de Hitler. Larkin géra ce service pour le compte des Nazis pendant toute la deuxième guerre mondiale. Pendant l´occupation de la France par les Nazis, Larkin ouvrit un compte personnel pour le compte de l´ambassadeur allemand à Paris, M Otto Abetz, et un autre pour le compte de l´ambassade allemande. L´argent entrait, à travers ces comptes, pour financer les activités de l´occupation et la Gestapo, pour la propagande, l´oppression, la torture et le meurtre du peuple français.

La Chase Bank resta à ouverte à Paris pendant toute l´occupation nazie de la France et même après que l´Allemagne nazie eût déclaré la guerre aux Etats-Unis (c´était aussi le cas de la Morgan Bank). Les investissements de la Chase dans l´industrie allemande d´armement continuèrent pendant la guerre, les affaires prospérèrent et ce fut la même chose avec les bénéfices. Surtout en provenance de la vente du pétrole et d´autres produits de la Standard Oil.

Lorsqu´après la guerre Larkin voulut défendre son action, il dévoila que « le gouvernement britannique avait une attitude positive à l´encontre des banques britanniques à l´étranger » et affirma que les «banques britanniques de Paris faisaient de grandes affaires pendant l´occupation ».

La famille Rockefeller commença même en 1936, une nouvelle banque, ensemble avec Schröder Bank of New York pour les affaires avec les Nazis. La banque reçut le nom de Schröder, Rockefeller and Compagny, Investments Bankers et était, selon Times, un complice de l´axe Rome-Berlin ».

En dehors des services bancaires, la Chase Bank s´adonnait aussi aux campagnes de propagande au profit des Nazis aux Etats-Unis. La banque publiait une feuille de propagande pour les achats du mark allemand qui promettaient de bonnes récompenses après que l´Allemagne nazie eut gagné la guerre.

Après la guerre, la Chase Bank fut mise en accusation pour avoir violé le Trading With Ennemi Act . Le tribunal trancha, après plusieurs semaines de procès, en faveur de la banque et la Chase bank se tira totalement de toutes les accusations. Aucune des accusations portant sur la collaboration avec l´ennemi ne fut rendue publique.

Standard Oil of New Jersey, combustible pour l´ennemi:

Standard Oil, était en 1941, la plus grande compagnie pétrolière du monde. Elle appartenait à la famille Rockefeller. Les affaires de Standard Oil étaient couvertes par la Chase National Bank. Ceci signifiait des payements pour le pétrole et autres mais aussi des prêts aux affaires des partenaires de Standard Oil. C´est comme ca que les contacts entre Standard Oil, le gouvernement et les entreprises fonctionnaient, en Allemagne nazie.

Le tout puissant président de Standard Oil s´appelait Walter C. Teagle. Déjà tôt dans la vie, au cours des années de la première guerre mondiale, Teagle s´était fait connaître pour son admiration de l´esprit d´entreprise allemande. Ceci fut suivi par le soutien au nazisme naissant.

Teagle avait établi de fortes relations personnelles et des relations d´affaires avec Herman Schimtz, personnage principal dans le groupe chimique allemand IG Farben, le principal partenaire d´affaires de Standard Oil en Allemagne nazie. Walter Teagle devint aussi, aux Etats-Unis, directeur de l´American IG Chemical Corporation, une grande entreprise chimique et la filiale d´IG Farben, où le gouvernement nazi possédait un grand nombre de parts. Dans la toile des relations d´affaires qui dirigent les activités de grandes entreprises, tous se connaissent et les investissements se font de part et d´autres sur tout le terrain. Teagle avait beaucoup investi dans l´American IG et American IG avait beaucoup investi dans Standard. Au sein de la direction de l´American IG, il y avait même les gens provenant d´autres entreprises qui avaient de bons contacts avec les Nazis, par ex. Edsel Ford et William Weiss, le chef de Sterling Products.

Les relations d´affaires de Standard Oil et celles de Walter Teagle avec les entreprises de l´Allemagne nazie devinrent un bon et nécessaire soutien pendant la guerre contre les alliés. Teagle et Standard avaient une position décisive dans l´importante affaire du kérosène destiné à l´aviation nazie. Les Nazies eurent, grâce à Teagle et Standard Oil, le contrôle de l´air. Tout commença avec les préparatifs de la guerre contre la Tchécoslovaquie en 1938.

Le kérosène, la gazoline pour les avions, exige une composante de plombe, (tetraetyl), qui était presque exclusivement fabriqué par l´entreprise des Etats-Unis, Ethyl Gasoline Corporation, laquelle appartenait à parts égales à Standard Oil et à General Motors (le plus grand actionnaire de General Motors était Du Pont). Ethyl Gasoline Corporation était leader mondial dans le développement de la technologie de plomb dans la gazoline. Il était, au milieu des préparatifs de la guerre, vital pour les Nazis d´avoir cette technologie en Allemagne afin de pouvoir fournir les avions nazis de Luftwaffe en carburant. IG Farben reçut, de la part des dirigeants nazis,  la mission d´utiliser ses relations d´affaires avec Standard Oil pour obtenir de celle-ci la construction d´une usine du composante tetraetyl de plombe en Allemagne nazie.

IG Farben fit ainsi, avec succès en réalité. On obtint d´Ethyl Gasoline Corporation d´accepter de construire, ensemble avec IG Farben, une usine en Allemagne nazie. L´affaire fut même acceptée par le ministère de la guerre des Etats-Unis. Seul Du Pont prit une attitude prudente exigeant qu´aucun secret de fabrication ne fut donné à IG Farben. Mais l´affaire était grande et les profits aussi l´étaient, alors personne n´écouta. Les Nazis eurent leur entreprise, une entreprise appartenant à Standard Oil et à IG Farben, du nom d´Ethyl GmbH, qui par la suite construisit toutes les usines de tetraetyl en Allemagne. Toutefois, un problème persistait encore. La première usine n´allait pas être prête avant l´automne 1939. L´invasion de la Tchécoslovaquie était fin prête et des mesures de prudence, donc de disposer immédiatement des grandes quantités de tetraetyl, devaient être prises. Il pouvait arriver que la France et la Grande Bretagne prennent l´Accord de Munich au sérieux et initient une guerre contre l´Allemagne.

Walter Teagle de Standard Oil aida les Nazis dans leurs besoins désespérés du tetraetyl. Teagle organisa les choses de telle sorte que le plus haut chef de IG Farben, Herman Schimtz et deux responsables de IG Farben, Krauch et Knierem, voyagent à Londres en 1938, pour rencontrer les contacts de Teagle au sein de la filiale de Standard Oil, Ethyl Export Corporation. Ils signèrent là un contrat selon lequel IG Fraben emprunterait 500 tonnes de tetraetyl! Personne ne se posa la question de savoir pourquoi IG Farben emprunterait juste en ce moment-là, dans cette situation politique internationale très difficile, 500 tonnes de tetraetyl. Schimtz pouvait, le 8 juin, informer le ministère nazi de la guerre, que Ethyl Export Corporation allait commencer à envoyer du tetraetyl par mer le même mois. Comme si cela ne suffisait pas, Schimtz fit le même voyage une année plus tard et acheta le tetraetyl pour 15 millions de dollar. L´aviation nazie devint, de cette façon, à mesure de commencer une guerre offensive.

Les Nazis le furent contre Londres! Londres fut bombardé l´année d´après le voyage de Schimtz par l´aviation nazie qui utilisait le carburant fabriqué avec tetraetyl en provenance de Londres. Bien plus, le carburant que l´aviation britannique, RAF, utilisa pour défendre Londres, avait été acheté de Standard Oil et Ethyl. Une partie de cet argent fut payé à leur tour aux Nazis comme bénéfices des actions que IG Farben avaient au sein de Standard Oil. La RAF avait dû payer de l´argent aux Nazis! Les payements avaient été faits en Allemagne, à la banque privée d´IG Farben, par Standard Oil.

L´histoire concernant la trahison de Walter Teagle et celle de Standard Oil contre leur propre peuple quand à ce qui concerne le tetraetyl et le carburant des avions ne se termine pas ici. Teagle avait aussi vendu le tetraetyl au Japon. Le Japon avait utilisé le tetraetyl de Teagle et de Standard Oil pour fabriquer le carburant qui était nécessaire pour attaquer le port le plus important des Etats-Unis, Pearl Harbour, la plus grande catastrophe de guerre des Etats-Unis.

La trahison Walter Teagle et ses compagnons contre les Etats-Unis et les alliés continua presque pendant toute la guerre. La coopération avec les Nazis commença à diminuer après Stanligrad, en 1943, mais elle n´avait pas pris fin. Donnons quelques exemples. Bien que les Nazis approvisionner l´armée à l´aide de l´essence synthétique faite à base du charbon de IG Farben, chaque litre nécessaire qui pouvait être payé de l´extérieur était très bienvenu. Standard Oil était parmi les premiers sur la liste des entreprises qui fournissaient le carburant aux Nazis.

Ca pouvait se passer comme ceci. Les tanks de pétrole de Standard Oil transportaient le pétrole aux Îles Canaries où il était transféré dans les tanks de pétrole allemands à destination de Hambourg. Walter Teagle et Standard Oil avaient construit une raffinerie à Hambourg laquelle livrait 15 tonnes de kérozéne chaque semaine. Standard remplissait aussi d´essence les sous-marins allemands en plein Océan atlantique et autour des Îles Canaries, les mêmes sous-marins qui chassaient les bateaux britanniques. Comble d´ironie, l´un des bateaux qui furent coulés par les Nazis s´appelait SS Walter Teagle !

Même les avions fascistes italiens et ceux de l´Allemagne nazie, en Amérique latine, étaient remplis de pétrole provenant de Standard Oil. Cette compagnie était la seule qui avait le carburant à haute technologie qui était exigé pour des longs vols au dessus de l´océan atlantique. Standard Oil fournissait l´essence à la compagnie nazie L.A.T.I qui s´envolait à partir de Rome vers Rio au Brésil, à travers Madrid, Lisbonne et Dakar et la compagnie aérienne Condor qui partait du Brésil. Standard Oil livrait aussi du carburant à la compagnie aérienne Ala Littoria, qui était aussi en service en Amérique latine. Cette activité continua malgré l´exhortation du gouvernement américain, aux entreprises des Etats-Unis, de ne pas faire des affaires avec les Nazis et leurs compagnons en Amérique du Sud. Mais Standard Oil ignora cela, l´argent et l´Allemagne venant avant tout.

La politique du capitalisme des « affaires comme d´habitude » implique qu´il n´y a pas des limites pour ce qui est acceptable, seuls les profits sont suffisamment attrayants. Même s´il s´agit de mentir ses meilleurs et plus proches partenaires. De fois, on tire la carte le billet de lotterie le plus gagnant, de fois on perd. A une occasion, les Nazis serrèrent tellement sur les américains d´IG Farben, Standard Oil et Walter Teagle que le bonheur de la guerre fut, pour les Etats-Unis, prêt de la rupture.

Il s´agissait de la question du caoutchouc synthétique. Du temps de la deuxième guerre mondiale, le caoutchouc n´existait que comme produit naturel qui ne pouvait presque exclusivement être acheté qu´en Asie du Sud. Il y avait, là-bas, des grandes plantations de caoutchouc et du caoutchouc naturel moins cher. Malgré cela, Standard Oil investit beaucoup de capital dans le caoutchouc synthétique qu´on avait estimé devenir plus moins cher. La recherche de Standard était faite en collaboration avec IG Farben dont la recherche et le développement des produits en caoutchouc, surtout les pneus de voiture, étaient très avancés que ceux de Standard Oil. Dans un jeu du chat et de la souris, IG Farben pouvait, avec des promesses sur les méthodes de production moins chères et le brevet d´invention à payer à bas prix, sérieusement retarder la recherche de Standard Oil. De telle sorte que lorsque les Etats-Unis furent tirés dans la guerre après la catastrophe de Pearl Harbour, et que le pays avait été privé de la possibilité d´acheter le caoutchouc en Asie du Sud, ils n´eurent pas quelque caoutchouc synthétique à utiliser. La catastrophe était imminente. Les Etats-Unis n´avaient presque plus de caoutchouc à utiliser pour la fabrication des pneus pour les voitures, les camions et les avions qui étaient envoyés en guerre.

ITT –American International Telephone and Telegraph Corporation, électronique avancée pour la machine de guerre allemande:

Six mois après la prise du pouvoir par Hitler, quelques mois après que toutes les organisations syndicales fussent interdites et les partis politiques bannis à l´exception des Nazis, la liberté de la presse était supprimée et les poursuites des Juifs commencé, arriva, le 4 août 1933, Sosthenes Behn, le plus haut chef et propriétaire principal de ITT, à Berlin, pour une rencontre avec Hitler. Il avait avec lui, Henry Mann de la National City Bank, son représentant en Allemagne. Il se créa pendant la réunion, une relation d´affaires qui allait continuer pendant toutes les années 1930 et jusqu´à la fin de la deuxième guerre mondiale. Les Nazis avaient besoin de l´électronique de ITT et l´agent de ITT, Behn, était à la recherche des grand profits en rendant service aux Nazis.  Hitler promit toute l´aide dont ITT aurait besoin et son soutien dans les affaires avec l´Allemagne nazie.

Les affaires commencèrent à être développées, devinrent de plus en plus grandes, et Sosthenes Behn se retrouva très vite dans les cercles intimes autour des amis de la Gestapo, une organisation de soutien dans laquelle des potentats nazis et des gens du monde de la banque et de l´industrie se rencontraient. Les portes furent ouvertes pour ITT et Behn. L´argent et les industries de ITT étaient maintenant sous la protection de Hitler et du SS lui-même et la banque centrale allemande, la Reichsbank, était prête à soutenir les affaires de Behn. Sosthenes Behn fit même des affaires en privé avec les Nazis. Lorsque la deuxième guerre mondiale approchait, il acheta, en 1938, ensemble avec Göring, 28% de l´usine de fabrication d´avions Focke-Wulf qui fabriquait les bombardiers qui allaient plus tard bombarder les alliés. ITT et Behn aidèrent à moderniser l´électronique dans les avions et à améliorer la précision des bombes. Ils furent utilisés  en Pologne, à Londres et partout où les Nazis firent la guerre.

Sosthenes était une preuve vivante d´un capitaliste typique. L´objectif unique était de gagner de l´argent, pas de scrupules, pas de moral. Pendant la guerre civile espagnole, il vendit des téléphones à tous les deux côtés pour passer totalement du côté de Franco lorsqu´il comprit que les fascistes était la partie gagnante. ITT et Behn suivaient les traces des invasions de Hitler et gagnèrent beaucoup d´argent en prenant le contrôle des affaires qui appartenaient à d´autres entreprises avant l´invasion. ITT avait à peu près 30 000 employés dans l´Europe occupée. Le gouvernement nazi avait mis en place un comité exécutif spécial pour collaborer et aider ITT et Sosthenes Behn.  Le gouvernement s´abstint de prendre des parts dans ITT et prit seulement part dans la prise des décisions sur la manière dont les bénéfices éventuels seraient placés. C´était un partenariat bien établi entre le gouvernement nazi et une entreprise américaine pendant la guerre.

Les entreprises ITT en Allemagne tournaient tout le temps et fabriquaient des armes de guerre pour l´ennemi. 13% de la production de ITT se trouvait en Allemagne. Les entreprises ITT en Allemagne travaillaient en équipe double pour augmenter la production. Mais même les entreprises ITT dans les pays neutres comme le Portugal, l´Espagne, la Suisse et la Suède, avaient dû travailler pour le compte des Nazis. Les importations directes en provenance de ITT-Etats-Unis vers ITT–Allemagne nazie, étaient interdites. L´électronique et les pièces de réserve de ITT venaient des Etats-Unis vers les pays neutres où le travail était fait pour l´envoi par la suite vers l´Allemagne nazie, ou seulement en transitant dans les pays neutres et par après, être acheminé par avion vers l´Allemagne nazie.

ITT continua à produire des systèmes électroniques très importants pour l´armée, la flotte et l´aviation de l´Allemagne nazie même après Pearl Harbour et la déclaration de guerre de Hitler contre les Etats-Unis. (Il s´agissait entre autres des téléphones et des standards téléphoniques, des alarmes contre les attaques aériennes, des équipements des radars, de 30.000 détonateurs pour les grenades d´artillerie par mois (qui augmentèrent à 50 000 par mois en 1944), des pièces pour les raquettes des bombes, des pièces de rechange pour les transformateurs, des équipements des radio à courtes ondes et des systèmes de communication stationnaire et opérationnelle. ITT avait sa part dans les victoires des Nazis contre les alliés. Sans ITT, il aurait été très difficile pour les Nazis de bombarder Londres avec des avions et des raquettes, de bombarder les bateaux des alliés ou d´avoir des contacts avec les sympathisants nazis en Amérique latine et d´espionner les Etats-Unis.  Toutefois, la grande opération que ITT ait faite pendant la guerre, s´était faite dans la guerre contre l´Union soviétique. L´Union soviétique était, en gros, seule dans la guerre contre les Nazis pendant trois ans. Ne l´oublions pas. Le matériel et l´équipement de ITT était la base de la guerre des Nazis contre l´Union soviétique. C´était incomparablement, la plus grande aide que Sosthenes Behn et ITT ait donné aux Nazis pendant toute la deuxième guerre mondiale. Sans le système de communication et les radars de ITT, les armées nazies auraient eu très difficile dans leur conduite de la guerre à cause des grandes distances à l´intérieur de l´Union soviétique. Au plus, les Nazis avaient été approvisionnés en tuyaux d´explosifs (tändrör) pour les bombes et les grenades qui tombaient quotidiennement sur les populations de l´Union soviétique.

Ford aide les Nazis à envahir et à occuper:

Henry Ford, fondateur et principal actionnaire de l´empire automobile Ford, nourrissait une forte admiration pour Hitler, admiration basée sur un idéal commun: tous les deux nourrissaient une haine fanatique contre les Juifs. Hitler avait dès ses premiers jours en politique, reçu l´aide de Henry Ford. Il avait été témoigné, lors du procès contre Hitler pour tentative de coup d´Etat, en 1923, qu´Hitler avait reçu de l´argent de Henry Ford. L´admiration de Ford pour Hitler n´avait pas des limites: Il envoyait 50 000 Reichmark à Hitler chaque année lors de l´anniversaire de sa naissance! Henry et son fils Edsel Ford étaient deux personnes importantes dans plusieurs entreprises qui faisaient des affaires avec Hitler et les Nazis et les aidaient. La devise la plus importante pour ces deux était : les affaires comme d´habitude. Cette attitude convenait bien aux Nazis. Göring avait promis et se rassurait que l´entreprise de Ford en Allemagne, Ford Works, resta tranquille  pendant toute la guerre, sans interférence de la part du gouvernement nazi.

Ford choisissait ses partenaires d´affaires sur base des considérations politiques. Lorsque Ford commença son usine des voitures en Allemagne, il laissa IG Farben acheter 40% des parts et fit du leader de IG Farben Carl Bosch, un membre du comité exécutif de Ford Allemagne. D´autres part, Edsel Ford devint membre du comité exécutif de IG Compagny, l´entreprise de IG Farben aux Etats-Unis.

Lorsque l´aviation anglaise était en grand besoin de nouveaux avions, en 1940, pour combattre la tentative d´invasion nazie, Ford refusa de fabriquer des avions à l´Angleterre. Ford investissait au même moment  dans les usines de l´Allemagne nazie pour produire 5 tonnes de camions qui étaient la pierre de base dans l´offensive nazie en cours contre les tous les pays européens. Ford organisa par la suite l´exportation des pneus vers l´Allemagne nazie malgré le manque des pneus qui existait aux Etats-Unis. On produisait à plein régime pour la victoire de Hitler même dans les usines Ford se trouvant dans la France occupée. Dans l´usine des voitures de Poissy, en dehors de Paris, qui était dirigée par le fils Edsel, on commença à produire, en 1940, des moteurs d´avions pour l´armée de l´air d´Hitler. Des voitures et des camions étaient aussi produits à Poissy pour l´armée allemande. Ford France déclara des profits de l´ordre de 58 millions de francs en 1941.

Le bonheur dure rarement pour toujours. L´usine Ford de Poissy fut bombardée en avril 1942 par l´aviation de guerre britannique, RAF, avec des grandes destructions comme suite. Edsel Ford était inquiet, craignant une publicité négative pour l´entreprise, mais il ne fut, heureusement pour lui, mentionné dans les journaux des Etats-Unis, qu´il s´agissait des images des usines Ford en France lorsque celles-ci furent publiées. Après des bombardements répétés, la direction de Ford dispersa les machines importantes dans plusieurs usines en France et la production continua sans interruption. Ford se tira de ses bombardements et du déplacement des machines sans dommages. Les Nazis imposèrent au gouvernement français de Vichy de payer Ford pour toutes les dépenses causées par les bombardements des Anglais et le déplacement des machines! Ford ne reçut pas moins de 38 millions de francs de la part du gouvernement de Vichy. La collaboration Ford – Nazis était totale.

Ford laissa même construire, en collaboration avec le groupe chimique allemand IG Farben, une nouvelle usine à Oran, en Algérie, avec direction générale à Alger. L´objectif était de  fabriquer des camions et des voitures blindées pour l´armée de Rommel en Afrique du Nord.  Imaginez que les villes se trouvent dans une colonie française qui, sous le gouvernement français de Vichy, avait en réalité, des relations diplomatiques avec les Etats-Unis. Mais il n´eut aucune difficulté dans les affaires. Le consul des Etats-Unis en Algérie envoya un rapport à son gouvernement dans lequel aucune plainte ne fut mentionnée.

Même les usines de Ford en pays neutre, en Europe, durent contribuer à la production du matériel de guerre de l´Allemagne nazie. L´usine Ford de Berne, en Suisse, fit, en 1942, un travail de réparation de 2000 voitures de l´armée allemande et la filiale de Ford en Belgique, qui avait elle aussi une filiale en Suisse, fit des réparations des camions allemands à Zurich. Les pièces de rechange de Ford aux voitures et camions étaient exportées à partir de la Suisse vers l´Allemagne nazie.

General Motors:

L´actionnaire majoritaire de General Motors, la famille Du Pont, était dirigée par Irènée Du Pont, un admirateur connu de Hitler, de même calibre que Henry Ford. Les idées anormales de Irénée du Pont, de transformer les hommes en une race d´hommes supérieurs, furent connues lors de son discours à l´American Chemical Society, en septembre 1926. Malgré le fait qu´Irénée était d´origine juive, ses idées antisémites étaient du même niveau que celles d´Hitler. Les usines de General Motors en Allemagne, comme celles des autres grands groupes comme IG Farben et Krup, contribuèrent avec 0,5% des profits et des salaires à la caisse du parti nazi.

Lorsque Hitler arriva au pouvoir en 1933, les membres de premier rang de la famille Du Pont, Pierre, Irénée et Lammot, mirent en place, ensemble avec les autres grands propriétaires de General Motors, la soit disant Liberty League.  Liberty League était un groupe nazi qui avait des principes antisémites forts et faisait la propagande contre les Noirs et qui avait classé le président Roosevelt comme un communiste dans les mains des Juifs. La contribution de la famille Du Pont à Liberty Group était de l´ordre de 500 000 dollar par an. La famille Du Pont donna même des contributions à d´autres groupes nazis comme Clack´s Crusaders et Black Legion. Ce dernier se fit remarquer parce qu´il s´habillait toujours en noir et attaquait les réunions des organisations syndicales avec des bombes à essence ainsi que des meurtres des leaders syndicaux et des Juifs.

C´est dans cet esprit que General Motors fonctionna. Une coopération avec les entreprises allemandes pour soutenir les Nazis était indiscutable pour General Motors. L´entreprise avait jusqu´en 1939, investi 30 millions de dollar dans le groupe allemand IG Farben]. En ce qui concerne ses propres activités,  Adam-Opel, l´usine de General Motors en Allemagne nazie, fabriquait à plein régime les camions, les voitures blindés et les chars pour Hitler. Dans les usines de General Motors, on travaillait en double équipe pour augmenter la production. Les investissements avaient atteint, en 1940, le chiffre de 100 millions de dollar. L´usine de General Motors de Rüsselsheim, fabriquait les avions militaires pendant toute la guerre.  On y fabriquait la moitié des moteurs du plus important des bombardiers des Nazis, le Junkers 88. C´était d´ailleurs dans l´usine de Rüsselsheim que le développement et la fabrication des moteurs du premier avion mondial de jet, un avion de chasse, Messerschmitt 262, eut lieu. Ce qui donna aux Nazis une grande avance technologique. Messerschmitt 262 pouvait faire 540 miles par heure, ce qui correspondait à 100 miles de plus que Mustang P150, l´avion de chasse américain le plus développé.     

Comme toujours, les capitalistes se tirent toujours d´affaires dans dommages dans le paradis du capitalisme que sont les Etats-Unis. Au lieu des punitions, ils sont au contraire, récompensés. Au lieu d´être puni pour leur trahison contre leur pays, General Motors, reçut un payement pour « les problèmes et les destructions de ses usines d´avion et des voitures en Allemagne et en Autriche pendant la deuxième guerre mondiale ». General Motors dût faire une réduction d´impôts de 33 millions de dollar !

Conclusion:

Les données qui ressortent de la lecture des livres anciens et nouveaux sur le thème « affaires et deuxième guerre mondiale » peuvent parfois nous amener à croire que nous, hommes et femmes ordinaires qui sommes des travailleurs, vivons dans un monde fantaisiste. Tout se décide au dessus de nos têtes. Toutes les décisions importantes sont classées secrètes. La participation du travailleur dans la vie sociale n´est pas respectée, son influence est égale à zéro. Malheureusement, c´est de cette façon que ca fonctionne en réalité au sein du système capitaliste. Les traîtres du pays deviennent millionnaires en tuant leurs propres concitoyens. Les entreprises font comme elles veulent, aucun respect pour la loi, aucun respect pour ceux qui travaillent et développent les entreprises. Observez que les plus haut placés au sein des grandes industries et le monde de la finance des Etats-Unis, étaient, lors de la deuxième guerre mondiale, un groupe de gens qui avaient, en commun, le fait d´avoir été des réactionnaires, des admirateurs de Hitler, des  gens nourrissant la haine contre les Juifs et des traîtres du pays qui gagnaient de l´argent en vendant des armes à l´ennemi, des armes qui étaient utilisées contre les soldats de leur propre pays et contre les alliés. C´est cette racaille qui, aujourd´hui, est portée sur les fonds baptismaux par des historiens corrompus de la droite. N´oublions pas ceci.

Le rôle de l´Union Soviétique pour gagner la guerre et mettre fin au nazisme n´est pas soulevé dans l’article. L´auteur a écrit sur cette matière auparavant. Celui qui est intéressé peut trouver le texte sur la victoire de l´Union soviétique lors de la deuxième guerre mondiale sur www.mariosousa.se.

Il est toutefois important de souligner que l´armement que les entreprises des Etats-Unis ont produit  pour les Nazis fut utilisé en grande partie à l´est, dans la guerre contre l´Union Soviétique. Les mass-médias occidentaux parlent souvent de la soit disant aide des Etats-Unis à l´Union Soviétique pendant la deuxième guerre mondiale. Même si l´aide consistait en des affaires que l´Union Soviétique avait dû payer jusqu´au dernier centime, le gouvernement de l´Union Soviétique avait remercié les Etats-Unis pour avoir acheter du matériel de guerre dans ce pays.

Pensez alors à ce qu´il y avait de l´autre côté du front. Une armée nazie équipée qui, avec l´aide des entreprises des Etats-Unis, avait un large accès aux systèmes de guerre et à la technique les plus modernes. Les entreprises des États-Unis en Allemagne nazie produisaient à plein régime pour la guerre contre l´Union soviétique. Laissez-nous garder cela en mémoire. L´aide de guerre des entreprises des Etats-Unis à l´Allemagne nazie, était probablement plus grande que la vente correspondante des armes à l´Union soviétique. Les entreprises des Etats-Unis avaient, bien entendu leurs propres usines, pour la fabrication massive du matériel de guerre à l´Allemagne nazie. Le matériel de guerre provenant des Etats-Unis pour l´Union soviétique, étaient souvent coulé par les Nazis.  Une sérieuse investigation sur l´ampleur de l´aide de guerre des entreprises des Etats-Unis aux Nazis, n´a jamais été faite. Une telle investigation pourrait révéler des situations scandaleuses.

Conclusion finale:

La conclusion de l´auteur, après avoir lu les livres et les journaux dans le but d´écrire le présent article, est tout à fait claire : le capitalisme est un système criminel. Le profit, pas l´homme, est le plus important. La chasse au profit est placée au dessus de tous les besoins humains. Le capitalisme conduit à la guerre, c´est clair. Avec beaucoup de souffrances pour des millions de gens. Mais surtout, le capitalisme met de force les gens dans des situations où ils ne veulent pas être ; le capitalisme vole la liberté des hommes. Le capitalisme a été imposé aux hommes par l´histoire. Il est maintenant temps pour les hommes de se libérer du capitalisme.

Mario Sousa

Mai 2007.

mario.sousa@telia.com

 

21:59 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

12/11/2014

25 ème anniversaire de la chute du mur de Berlin : les communistes allemands célèbrent l'Etat socialiste que fut la RDA

 

ddr_wappen_wdr_g.jpg25 ème anniversaire de la chute du mur de Berlin : les communistes allemands célèbrent l'Etat socialiste que fut la RDA

 

Discours du représentant du DKP (Parti communiste allemand), Olaf Harms à l’occasion de la cérémonie pour le 65ème anniversaire de la RDA (République Démocratique Allemande) au Cabinet d’histoire de la RDA à Bochum

Paru sur le site du DKP - Parti communiste allemand

Traduction AL (revu par AC), transmis par GH pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

 

Chères amies et chers amis,

 

Chers camarades,

 

D’abord, je vous remercie cordialement pour de à cette cérémonie au nom du DKP. Je viens de Hambourg, la ville natale d’une personnalité exceptionnelle : Ernst Thälmann. C’est en outre le seul lieu en RFA, entretenu de façon militante, où il y a encore un mémorial en l' honneur de ce communiste extraordinaire, de ce leader ouvrier et de ses camarades en lutte.

 

C' est pour cela que je souhaiterais commencer mon discours de bienvenue en citant Thälmann : « Une journée commémorative n’ a pas de sens, si elle n’a pas d' impact sur le présent et l' avenir. »

 

L’ objectif des socialistes et communistes soviétiques et allemands était, à l’ origine, de maintenir une Allemagne unie, un nouveau départ pour une transformation de toute l’ Allemagne libérée des fascistes, des profiteurs de la guerre et des capitalistes.

 

Il devrait être construite une nouvelle Allemagne, démocratique et pacifique. C’ est ce que prévoyait le Traité de Potsdam conclu par les quatre puissances victorieuses en 1945.

 

Mais les choses se sont passées autrement : « Plutôt l’ entière moitié de l’ Allemagne, que la moitié de l’ Allemagne entière» - telle était la devise d’ Adenauer, l’ Allemagne fut divisée.  

 

La proposition soviétique de conclure un traité de paix avec une Allemagne démocratique et antifasciste fut rejetée en faveur d’une « intégration » dans l’ Occident capitaliste (avec la fondation de la RFA, le 23/05/1949) et son alliance militaire agressive, l’ Otan.

 

La RDA fut fondée le 7 octobre 1949. C’ est ainsi que la construction d’ une alternative antifasciste et socialiste a commencé à l’ Est, un effort énorme.

 

La plupart de ceux qui ont fait partie de l' aventure de la construction de la RDA n’ étaient pas des gens issus de l’ élite bourgeoise, mais des fils et filles d' ouvriers et paysans, souvent peu expérimentés politiquement. Ils construisirent un projet antagoniste, antifasciste face à l’ Ouest capitaliste.

 

Ils ont fait de la partie la plus petite, faible de l’Allemagne un des dix plus grands États industriels du monde. Ils ont dressé une alternative socialiste durable face au capitalisme. Ils ont construit un État reconnu dans le monde entier, dont la politique extérieure était guidée par l' internationalisme et la lutte pour la paix.

 

Dans beaucoup de pays du monde, cet État était respecté pour sa solidarité avec les peuples qui luttaient pour leur liberté nationale et politique. En RDA, beaucoup de réfugiés persécutés par le fascisme ou l’ impérialisme y ont trouvé une nouvelle patrie.

 

Dans l’ industrie, il n’ existait plus de propriété privée capitaliste des grands moyens de production. Les anciens propriétaires fonciers, à l’ est de l’ Elbe, avec leurs grandes terres n' étaient plus.

 

 

Les usines étaient passées aux mains du peuple ; c' étaient des entreprises socialisées [en all. VEB]. Les terrains appartenaient à ceux qui les cultivaient – aux coopérateurs agricoles. Le droit au travail était fixé dans la constitution.

 

Le pouvoir d’ État n’ était plus du côté des millionnaires et milliardaires, mais était exercé par la Chambre du peuple en alliance avec le Front national [Ndt : rien à voir avec ce parti de l’ extrême droite en France] constitué par les partis, le syndicat et les associations démocratiques.

 

Les Krupp, Siemens, les Henkel, les Porsche, Quandt et Piech ne régnaient plus. C’ étaient les Monsieur-tout-le monde qui avaient le pouvoir : les Müller et Krause, les Schulz et Schmidt. L’ image que donnait d' elle-même la RDA, c’ était un pays où les travailleurs, et non les plus riches, devaient gouverner.

 

Ceci explique la colère du capital. Cette colère s' est manifesté contre un État inspiré par les idées de Marx et Engels et les expériences de la lutte du mouvement ouvrier et communiste international.

 

C’ était un État qui était fidèle à l’ objectif de construire une alternative anticapitaliste et antifasciste face au pouvoir des monopoles et banques, des marchands de canon, donc face à ceux qui avaient déjà financé le parti de Hitler en 1933.

 

Ces représentants de l’ ancien ordre capitaliste et impérialiste ont essayé de saboter et de supprimer cet État de la carte. Ils ont essayé de le bloquer économiquement, d’ isoler politiquement et enfin d’ étrangler cette Allemagne antifasciste et socialiste, économiquement plus faible.

 

Pendant 40 ans, ils ne réussirent pas. 40 ans où l’ existence de la RDA et des Etats socialistes a mis un frein au capitalisme: 40 ans où nous avons eu la paix en Europe.

 

Des limites ont été posées aux éléments les plus agressifs du grand capital et du capital monopoliste et à leurs tendances expansionnistes, notamment par des moyens économiques importants que le socialisme a dû trouver pour sa défense.

 

Pendant 40 ans, la RDA a pris place comme partenaire invisible à la table des négociations syndicales, point d' appui pour l' organisation de la classe ouvrière, les syndicats en RFA. Pendant 40 ans, l’ ouest a dû répondre au défi de la RDA, quand il s’ agit de la politique de l’ éducation, de la santé et sociale.

 

Pendant 40 ans, la RDA a été l' épine dans le pied du capitalisme et de l' impérialisme allemand. Quand le 3 octobre 1990, la RDA a formellement fini d’ exister, le capital, refréné jusqu’ à ce moment, a été libéré avec des conséquences désastreuses.

 

La guerre en Ukraine, où il s’agit de partage du monde pour leurs profits, témoigne encore de l' oeuvre de plus en plus agressive de l’ impérialisme et de ses larbins. La raison d’ État, c’ est aujourd’hui « la défense de la RFA » à l’ Hindu Kuch [en Afghanistan].

 

Les impôts sur les entreprises ont baissé, et en même temps Hartz IV et les mini-jobs à 1 € ont été introduits. La pauvreté est devenue la norme.

 

35 % des actifs ne peuvent pas vivre avec leurs revenus. Ils occupent un emploi dit atypique, c. à. d. qu’ ils travaillent en temps partiel, en intérim ou en mini-job. Les femmes sont pénalisées : les femmes âgées se paupérisent, comme les masses en général.

 

Il manque de plus en plus une perspective pour la jeunesse ouvrière. Aujourd’hui, à seulement quelques kilomètres d’ ici à Cologne, 20.000 jeunes syndicalistes de l’ IG Metall manifestent pour leur formation, leur formation continue et le passage à un contrat de travail stable.

 

En disant que les caisses sont vides, on va privatiser et soumettre à la logique du profit du capital les aides sociales, les services publics et la protection sociale ainsi que l' approvisionnement énergétique, le ramassage des déchets ou les hôpitaux.

 

Et avec les prétendus accords sur les libres échanges, comme TTIP ou CETA, les grands monopoles auraient le droit de poursuivre les États pour obtenir des dommages et intérêts, si les investissements ou l’ attente du profit ne pouvaient pas être réalisé à la suite d’ un amendement législatif ou des mesures politiques.

 

C' est seulement par un mouvement de masses comme la Journée européenne d’ action Stop TAFTA - CETA -TISA le 11 octobre qu' on peut l' empêcher.

 

Ces quelques exemple suffisent : non, le capitalisme ne peut pas être la fin de l’ histoire.

 

Il suffit de voir la campagne médiatique qui se déroule de nouveau à l’ occasion de « la chute de mur », pour constater que la RDA est vivante comme il y a 25 ans.

 

Malgré toutes les tentatives visant à « délégitimer la RDA» (comme ce fut le cas pour le ministre de la justice Kinkel, du FDP, après la dite réunification), on n’ a pas réussi à rayer de la mémoire les 40 ans du socialisme sur le sol allemand.

 

On pourrait demander : « Qui parle encore du FDP ? – Personne. De la RDA, tout le monde en parle ! »

 

Et je pense qu' ils sont encore trop peu. Le moment est venu, par exemple dans les syndicats, de relancer une discussion sur la société, sur ce que serait une alternative au capitalisme.

 

« Le socialisme garantit le droit au travail, acte une protection sociale durable et rend possible l’ égalité des droits et la libération de la femme. Il garantit que les syndicats et les autres organisations des travailleurs, ainsi que chaque personne, aient le droit et la possibilité réelle d' organiser ensemble leur vie en société. Il garantit l’ égalité des chances dans l’ éducation et l’ accès à la culture humaniste pour tous. Le socialisme encourage l’ éducation et la formation, la littérature, les théâtres, les arts plastiques et la musique,  le sport et d’ autres activités créatives. Il crée les conditions pour que l’ être humain puisse avoir une éducation générale, devienne politiquement majeur et s' épanouisse librement, pour qu’ il puisse mener une vie autonome dans la paix, la liberté, la justice et la solidarité et la protection sociale et dans le bien-vivre de tous. Le socialisme signifie une nouvelle, et en même temps plus haute, conception de la démocratie. » (Programme du DKP)

 

La RDA peut être un exemple pour cette discussion, celui d’ une autre société qui est fondamentalement différente, qui dépasse le capitalisme, qui est une société socialiste.

 

Nous devrons bien sûr répondre à certaines interrogations pour savoir comment est arrivé la défaite et le démantèlement de la RDA. Et nous constaterons que ce n' est pas un seul facteur qui est responsable, qu’ il s’agit de causes internes et externes, mais aussi de dérives par rapport aux normes socialistes. Nous devons apprendre.

 

Mais le plus important, c’est que :

 

Cet État, la RDA, a signifié une option socialiste sur le sol allemand contre l’ impérialisme allemand.

 

La RDA, son antifascisme conséquent, sa défense de la paix, de la détente et du désarmement ainsi que la réalisation des droits fondamentaux sociaux appartiennent aux plus grands acquis du mouvement ouvrier allemand et ils font partie de l’ héritage humaniste en Allemagne. En conséquence, nous admettons aujourd’hui :

 

Tous les citoyens de la RDA, qui subissent et subissaient, à cause de leur « proximité particulière avec le parti et l’ État », des ennuis professionnels, juridiques et politiques, l’ emprisonnement et d’ autres préjudices matériels ou financiers (par ex. des prestations vieillesses), doivent être réhabilités et mis sur un pied d’ égalité avec tous les autres citoyens.

 

Le souvenir de 40 ans de la RDA et son 65ème anniversaire sont pour nous, face à la situation périlleuse en Europe de l’ Est et au Proche et Moyen Orient, une raison en plus d’ entretenir le modèle et l’ héritage antimilitariste et antifasciste de la RDA.

 

Il ne faut plus que l' Allemagne représente une menace militaire pour d’ autres peuples. La République fédérale d’ Allemagne doit quitter l’ Otan, ce pacte militaire impérialiste.

 

Le 65ème anniversaire de la fondation de la RDA nous rappelle à notre devoir :

 

« Plus jamais le fascisme, plus jamais la guerre ! »

 

13:43 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

11/11/2014

La France coloniale: EXTRAIT DE « CENT ANS DE CAPITALISME EN ALGERIE 1830-1930 »: « Histoire de la conquête coloniale »:

 
LA HONTE: cette FRANCE des “droits de l’ Homme”, pays ex-colonialiste et toujours colonialiste, aujourd’ hui menacé par le “terrorisme”, qui n’ arrête pas de donner des leçons de démocratie et de liberté au Monde entier: parlons-en ! Pendant que la propaganda anti-communiste, les journaleux de service, et des perroquets, amusent les gens avec les “crimes” de Staline et du “Communisme” (sic), de la Stasi, de l’ Islamisme (qui évidemment ne pourrait être, selon eux, que criminel, cruel et esclavagiste!), il est grand temps de rappeler que toutes les puissances colonialistes d’ Europe occidentale (la France en particulier)  ont commis des massacres, des crimes, fait preuve de cruauté sans équivalent, exterminé des tribus, populations  entières, imposé la dictature, pendant la conquête, la pacification, l’ évangélisation (pardon : "la civilisation”!) colonialiste en Afrique, en Asie et toutes leurs guerres inter-capitalistes, partout aux quatre coins de la planète. C’ est incroyable ! Comment certains peuvent-ils parler de la Graaaandeur, de la France avec tellement d’ arrogance et prétendre la représenter avec “Honneur” ??? Les Français qui se déclarent partisans de l’ Algérie “française” encore aujourd’ hui, de même que les Belges, adorateurs de Léopold II, devraient se cacher la tête dans un sac. Tous ces médias, ces gouvernants “démocratiquement élus” (sic), ces Français, de “gauche” (au risque de déplaire à beaucoup!), comme de droite, qui donnent des leçons de démocratie, de liberté, aux “dictatures” “communistes, à Cuba, à la Corée du Nord, etc,..., feraient bien de (re)lire, l’ Histoire de leur propre pays, à commencer celle de la conquête et de la dernière guerre d’ Algérie, sans parler de l’ Indochine, etc... Ils ont de quoi s’ instruire et/ou de “s’ amuser” ...
RoRo

 

De : SUN TZU [mailto:comaguer@orange.fr] 
Envoyé : samedi 8 novembre 2014 14:39
Objet : au fil des jours n° 193 La france coloniale

 

« Cent ans de capitalisme en Algérie »


Authentique militant anticolonialiste français de la première heure, Robert Louzon mérite d’être mieux connu en ces temps où la social-démocratie française retombe piteusement dans ses pires travers coloniaux, la pâleur médiocre et pateline du discours masquant à peine la persistance de la brutalité des intérêts du grand capital national dont elle confirme être le meilleur défenseur.


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EXTRAIT DE « CENT ANS DE CAPITALISME EN ALGERIE 1830-1930 »
« Histoire de la conquête coloniale »
De Robert Louzon
Editions Acratie (1998)

Internationale antifasciste).
 
Au fil des jours et des lectures n°193
08.11.2014
 
« Cent ans de capitalisme en Algérie »
 
Authentique militant anticolonialiste français de la première heure, Robert Louzon mérite d ’être mieux connu en ces temps où la social -démocratie française retombe piteusement dans ses pires travers coloniaux, la pâleur médiocre et pateline du discours masquant à peine la persistance de la brutalité des intérêts du grand capital national dont elle confirme être le meilleur défenseur.
 
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EXTRAIT DE « CENT ANS DE CAPITALISME EN ALGERIE 1830-1930 »
« Histoire de la conquête coloniale »
 
De Robert Louzon
Editions Acratie (1998)
 
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Issu d’une famille bourgeoise, après des études scientifique, Louzon devient ingénieur. D’abord membre du P.O.S.R. (socialiste alemaniste), il évolue vers le syndicalisme révolutionnaire. En 1906, il prête l’argent nécessaire à l’achat d’un immeuble pour la CGT, action qui, une fois connue, lui vaudra de perdre son emploi.
Lié à Pierre Monatte, Louzon collabore à « La Vie ouvrière ». En 1913, il s’installe en Tunisie, effectue la guerre comme capitaine, puis adhère en 1919 au parti socialiste tunisien. Il sera vite secrétaire fédéral du P.S., puis du P.C. après le congrès de Tours. En 1921, il est poursuivi pour « diffamation envers les officiers de l’armée française », puis encore en 1922, cette fois condamné à 6 mois de prison et à l’expulsion de Tunisie à sa sortie.
En décembre 1924 il quitte le P.C. après l’exclusion de Monatte et Rosmer, et en 1925, il participe à la fondation de la revue « La Révolution prolétarienne ».
En août 1936, mandaté par la C.N.T espagnole il se rend au Maroc dans le but d’empêcher le recrutement de troupes pour Franco. En février 1937, malgré son âge, il combat un temps sur le front espagnol, puis collabore à S.I.A (Solidarité Internationale antifasciste).
 
En 1939, il signe le tract de Louis Lecoin « Paix immédiate » ce qui lui vaut d’être poursuivi devant le conseil de guerre. Arrêté en 1940, il est interné un an dans un camp en Algérie.
Après-guerre, il reprend son activité militante et sera notamment l’un des signataires du « manifeste des 121 » lors de la guerre d’Algérie.
 
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(En italique rouge, les notes de bas de page)
(En italique noir les citations dans le texte)
 
La période de l'accumulation primitive:
« Nous avons réuni au domaine les biens des fondations pieuses, nous avons séquestré ceux d'une classe d'habitants que nous avions promis de respecter ... nous nous sommes emparé des propriétés privées sans indemnité aucune ; et, de plus, nous avons été jusqu'à contraindre des propriétaires, expropriés de cette manière, à payer les frais de démolition de leurs maisons et même d'une mosquée.
« Nous avons profané les temples, les tombeaux, l'intérieur des maisons: asile sacré chez les musulmans.
« Nous avons massacré des gens porteurs de sauf-conduits ; égorgé sur un soupçon des populations entières, qui se sont ensuite trouvées innocentes; nous avons mis en jugement des hommes réputés saints dans le pays, des hommes vénérés, parce qu'ils avaient assez de courage pour venir s'exposer à nos fureurs, afin d'intercéder en faveur de leurs malheureux compatriotes; il s'est trouvé des hommes pour les condamner, et des hommes civilisés pour les faire exécuter. »
(Rapport de la commission gouvernementale d'enquête, 1833).
 
LA LEGENDE DU COUP DE L’EVENTAIL:
En 1794, la France était attaquée de tous côtés. Non seulement son territoire était envahi sur plusieurs points, mais son peuple et son armée risquaient d'être affamés. Ne produisant pas assez pour subvenir à ses besoins, elle ne trouvait nulle part où acheter le complément de grains qui lui était nécessaire. Nulle part ... sauf en Algérie, dont le dey offrit à la Convention toutes facilités pour faire ses achats de blé.
Deux ans plus tard, le Directoire a succédé à la Convention, mais la guerre n'en continue pas moins, et l'Angleterre continue à poursuivre son plan d'affamer les armées de la République; en outre ... le Trésor est vide, ou presque. Le dey d'Alger offre alors au gouvernement français de lui prêter un million, sans intérêts, pour les achats de blé que celui-ci aurait à effectuer en Algérie. Le gouvernement français accepte, et les achats sont effectués notamment par l'intermédiaire de la maison Bacri et Busnach, gros commerçants juifs, auxquels d'ailleurs la plus grosse partie du blé qu'ils livrent à la France est fournie par le dey lui-même.
Les achats de blé ainsi effectués dépassent de beaucoup le million prêté; la France ne les paie pourtant point. Qu'importe! La France est riche et est personne d'honneur. Quand la paix sera revenue, elle règlera ses dettes. Le dey continue donc de fournir du blé à Bacri, et Bacri de livrer à la France.
 
1815: la paix est revenue, c'est le moment de se faire payer. Bacri et le dey réclament leur dû.
Mais chacun sait que la bourgeoisie française n'aime guère payer ses dettes de guerre. Elle estime qu'est suffisant l'honneur qu'elle a fait à ses créanciers en leur permettant de la sortir de l'embarras. Ils ont eu l'insigne honneur de l'aider à vaincre, que veulent-ils de plus?
Malgré la paix et 1'« ordre » revenus, le gouvernement de la Restauration fit donc autant de difficultés que ses prédécesseurs pour payer ceux qui avaient fourni de quoi faire le pain du troupier français. On objectera que certaines cargaisons avaient été de mauvaise qualité. C'était bien possible, même très probable; il n'y a pas de raison pour que Bacri et Busnach aient fait exception dans l'honorable corporation des fournisseurs de guerre. En conséquence, le Commission française, réunie en 1819, fit subir de sérieuses réductions aux factures de Bacri, en suite desquelles ce qui reste dû est fixé définitivement, d'accord avec Bacri et le dey, à une somme globale de 7 millions. Il n'y a donc plus qu'à payer. Eh bien on ne paie pas. L'accord de 1819 stipulait que, sur les 7 millions, seraient retenues les sommes qui pourraient être dues par Bacri à ses créanciers. En conséquence, le Trésor français verse bien l'argent, mais il le verse à Paris, à la Caisses des dépôts et Consignations ; aussitôt une nuée d'oppositions, de la part de créanciers de Bacri, vrais ou prétendus, se produit, et, en 1827, soit huit ans après que l'accord réglant définitivement le montant des sommes dues a été conclu, les tribunaux français n'avaient pas encore statué sur la validité de ces oppositions! En 1827, donc, le dey n'était pas encore remboursé du million qu'il avait prêté à la France, sans intérêts, trente et un ans auparavant! Bien plus, du fait des dettes que Bacri avait eu soin de faire en France, le dey risquait fort de ne jamais toucher un sou. Ainsi, sous couleur de satisfaire ses réclamations, on avait « rendu légale sa spoliation » (1) (Esquer la prise d’alger p.49)
 
Le dey d'Alger était ainsi magnifiquement récompensé de l'ardeur qu'il avait mise à faciliter le ravitaillement de la France affamée par l'Angleterre.
En cette année 1827, le dey d'Alger découvrit un fait bien plus grave encore, où la perfidie du gouvernement de la restauration dépassait vraiment toutes les bornes.
A l'extrémité est de la Régence, à 500 kilomètres environ d'Alger, sur un point du littoral appelé Calle, la France avait la concession d'un entrepôt commercial. Le gouvernement français, par la voix de son représentant à Alger, Deval avait promis au dey que l'entrepôt ne serait pas fortifié (2) (Esquer la prise d’Alger p.58 ; c'était un emplacement pour faire du commerce, mais rien de plus; ce ne devait point être transformé en une place forte. Or, la France avait fortifié la Calle, et le dey venait de l'apprendre.
Supposez que la France se soit conduite avec les Etats-Unis, pour le règlement de ses dettes de guerre, comme elle s'est conduite avec le dey d'Alger, ne croyez-vous pas que, bien avant que trente ans ne soient passés, la flotte américaine ne se serait pas, pour le moins, emparée de la Guadeloupe et de la Martinique, et ne serait même venue faire un petit tour à Brest? Ou bien, supposez que la représentation commerciale des Soviets à Paris convertisse ses bureaux en forteresse, la France serait-elle longue à renvoyer l'ambassadeur soviétique chez lui, et à réoccuper par la force les locaux de la Représentation commerciale?
Le dey d'Alger, lui, se contenta de demander des explications. Il les demanda par écrit au gouvernement français, et comme celui-ci ne répondait pas, il les demanda verbalement au consul de France. Que vouliez-vous que celui-ci réponde? Pour l'affaire de la Calle en particulier, il savait fort bien que c'était lui-même, Deval, qui s'était engagé à ce que le territoire ne fût pas fortifié, et il savait aussi que, malgré cela, on l'avait fortifié. Dans ces conditions, quand on n'a pas d'explications valables à fournir, il n'est qu'une ressource: c'est le prendre de haut. C'est ce que fit Deval. Alors, furieux, le dey s'emporta, injuria, et finalement donna au « représentant de la France » un coup de son chasse-mouche.
On tenait le prétexte!
Le gouvernement français, convaincu de mauvaise foi, allait châtier le dey coupable d'avoir « injurié la France ». Car 1'« honneur de la France» ne consistait pas à payer ses dettes le plus vite possible, 1'« honneur de la France» ne consistait pas à respecter la parole donnée; 1'« honneur de la France» consistait à frapper celui qui lui reprochait ses actes déshonorants. « Je m'appelle lion» ; ma raison est la meilleure ... parce que je suis le plus fort. Et je suis le plus fort, non seulement par les armes, mais par toute l'organisation de mensonges que, sous les noms divers d'enseignement, de littérature, de « culture », etc., j'ai créée pour me servir. En conséquence, du mensonge je ferais la vérité. Toute une armée d'« intellectuels» proclamera par le monde, comme la vérité, comme une Vérité évidente et universellement admise, que j'ai été outragé sans raison, et que mon bon droit à m'emparer d'Alger est incontestable. Il n'y a pas un Français, pas un élève de l'école primaire qui ne sache pas que le « coup de l'éventail » du dey Hussein est à l'origine de la conquête de l'Algérie; combien y en a-t-il à qui vous avez appris, messieurs les Professeurs, l'histoire des fortifications de la Calle ? Il n'est pas un manuel d'histoire élémentaire qui ne contienne quelques illustrations du dey frappant le « représentant de la France », mais ce n'est que dans quelques rares livres, tirés à un petit nombre d'exemplaires, et enfouis dans les bibliothèques, qu'on peut trouver des renseignements sur les raisons pour lesquelles le dey était, ce jour-là, si fort en colère. Voilà l’« histoire » bourgeoise. L'emportement du dey est monté en épingle, mais les raisons de son emportement sont soigneusement cachées, car sinon, le lecteur pourrait s'apercevoir que si jamais « coup d'éventail » fut justifié, ce fut bien celui que reçut à Alger, le 30 avril 1827, le consul de France (1)
 
1. La conquête de l'Algérie a fournit un autre exemple remarquable du point vraiment incroyable jusqu'où les gouvernements bourgeois poussent la perfidie... En 1837, un traité, le traité de la Tafna, intervint entre Louis-Philippe et Abd el Kader. Par ce traité l'Algérie se trouvait partagée entre Abd el Kader et la France. En ce qui concerne le département d'Alger, le traité définissait ainsi le territoire qui revenait à la France: « Alger, le Sahel, la plaine de la Mitidja bornée à l'ouest jusqu'à Kaddara ... » ; c'était clair: la plaine de la Mitidja bornée à l'Est jusqu'à l'oued Kaddara. Eh bien! La France prétendit que son territoire s'étendait au-delà de l'oued Kaddara !
 
Et voilà pour cela ce qu'on imagina. Le texte arabe, le seul signé d'Abd el Kader, portait après « oued Kaddara» le mot arabe fauq. Ouvrez n'importe quel dictionnaire, interrogez n'importe quel Français sachant l'arabe, ou n'importe quel Arabe sachant le français, vous apprendrez instantanément et invariablement que fauq signifie: au-dessus. Le gouvernement français, lui, prétendit que fauq signifiait au-delà, et, alors, au lieu de la traduction évidente: jusqu'à l'oued Kaddara et ce qui est au dessus, c'est-à-dire les crêtes qui le dominent, il traduisit par cette phrase identiquement absurde: « .• .la plaine de la Mitidja bornée à l'Est jusqu’a l'oued Kaddara et au-delà », Ainsi on aurait fixé une ,borne au territoire revenant à la France, uniquement pour dire que ce qui était au-delà de cette borne lui revenait aussi!
Mais qu'importe l'absurdité, pourvu que cette absurdité fournisse un prétexte pour violer les traités! En vertu de cette « traduction », les troupes françaises se portaient, en 1839, jusqu'aux Portes de Fer, c'est- à-dire à plus de 100 kilomètres au-delà de l'oued Kaddara. Et cette expédition ayant amené la reprise des hostilités, tous les manuels d'histoire nous enseignent que c'est Abd el Kader qui a violé le traité de la Tafna!
 
QUARANTE ANNEES DE MASSACRES:
Donc, le 14 juin 1830, les troupes françaises débarquèrent à Sidi Ferruch, plage de sable située à une vingtaine de kilomètres d'Alger, et quelques jours après, Alger attaqué à revers, tombait ; le 5 juillet, le dey capitulait. Le « coup d'éventail » était donc « vengé » ; le blé que le dey avait fourni à la France n'aurait plus à lui être payé, ni les fortifications de la Calle à être démolies.
 
Il restait à conquérir l'Algérie. Cela allait demander quarante ans, près d'un demi-siècle. De 1830 à 1871, sous cinq régimes différents, depuis la restauration jusqu'à la Troisième République, en passant par Louis-Philippe, la République et l'Empire, la bourgeoisie française va poursuivre la conquête de ce territoire à peine peuplé de cinq millions d'habitants.
Quarante ans de combats, de meurtres et de pillages, quarante ans pendant lesquels, à chaque moment, telle région qu'on avait hier « pacifiée » se soulevait à nouveau et devait être « pacifiée» à nouveau, à coup de « razzia » et de massacres. Quarante ans pour cinq millions d'habitants ! Quarante ans de guerre entre, d'un côté, un peuple dépourvu de toute organisation matérielle moderne, et, de l'autre côté, l'armée française, alors, sans conteste, la première armée d'Europe, l'armée qui était, hier, celle de Napoléon et qui sera encore celle de Sébastopol et de Magenta.
 
La conquête de l'Algérie ne s'est pas effectuée, comme on pourrait le croire, progressivement du Nord au Sud, par tranches successives partant du littoral et finissant aux confins sahariens. Tout au contraire, les régions méridionales, Hauts Plateaux et zone saharienne, on été plus facilement conquises et les premières pacifiées; c'est la région la plus proche du littoral, le Tell, cet ensemble montagneux qui sépare la mer des Hauts Plateaux, qui a offert le plus de résistance et n'a été occupé, réellement qu'en dernier lieu.
 
Le centre de la première grande résistance à laquelle se heurte la conquête française, celle que va personnifier pendant quinze ans le marabout Abd el Kader, c'est le Tell du centre et de l'Ouest. Les villes d'Abd-el-Kader, Mascara, Boghar, etc., sont en plein Atlas tellien, et le dernier massif d'où Abd el Kader conduira ses dernières grandes luttes sera celui de l'Ouarsenis, qui commence à 50 kilomètres de la mer. Après la chute d'Abd el Kader, le dernier bastion de la résistance sera la Kabylie, Tell de l'Est. La grande Kabylie, qui borde la mer, et qui est à moins de cent kilomètres d'Alger, ne sera occupée pour la première fois qu'en 1857, et définitivement qu'après 71, alors que les oasis de Biskra et de Laghouat, en bordure du Sahara, à 400 kilomètres de la mer, seront conquises, la première dès 1844, et la seconde définitivement, en 1852.
La raison en est que les Hauts-Plateaux, le Sahara, et même l'Atlas saharien, vieille montagne qui n'est plus guère constituée que de légères ondulations coupées de larges couloirs, ne sont que des plaines. Le Tell, au contraire, c'est la montagne. La plaine, assez peu peuplée d'ailleurs, et peuplée presque exclusivement d'Arabes plus ou moins nomades, n'a pas pu résister; c'est la montagne qui a résisté, la montagne qui, en Algérie, est plus peuplée que la plaine, peuplée de paysans cultivateurs, la plupart de langue berbère. Cela est conforme à la règle de toujours et de partout: c'est toujours la montagne qui résiste au conquérant ; la montagne est partout le dernier asile de l'indépendance. Ce massif kabyle qui résista le dernier à la conquête française, est celui qui avait aussi le mieux résisté à la conquête arabe, puisque si il a accepté la religion de l'Islam, il a gardé sa langue et son Droit.
 
Ce que fut cette guerre?
Une guerre atroce qui n'eut de la guerre que le nom, j’entends de la véritable guerre, celle que justifie Proudhon dans La Guerre et la Paix, c'est-à-dire un combat loyal entre adversaires de force équivalente. Ce ne fut pas une guerre, ce fut une «expédition coloniale ", une expédition coloniale de quarante années. Une expédition coloniale ça ne se raconte pas, et on n'ose la décrire; on laisse MM. les assassins la décrire eux-mêmes.
 
« La flamme à la main! »:
Saint-Arnaud, qui devait finir maréchal de France, fit, jusqu'au 2 décembre, à peu près toute sa carrière en Algérie. Il y était arrivé lieutenant en 1837 ; il en partit général de division en 1851 ; durant ces quinze années il ne cessa d'être en colonne, tantôt à l'ouest, tantôt à l'est; pendant tout ce temps il écrivit régulièrement à son frère, le tenant presque jour par jour au courant de ses faits et gestes. Ces lettres ont été publiées. Nous en donnons ci-dessous des extraits, sans autre commentaire que l'indication de la date et du lieu (1).
 
1. On trouvera les lettre dont sont extraites ces citations dans Lettres du Maréchal Saint-Arnaud, tome l, pages 141, 313, 325, 379,381,390,392,472,474,549,556, tome II, pages 83,331,340.
 
« Le pillage exercé d'abord par les soldats, s'étendit ensuite aux officiers, et quand on évacua Constantine, il s'est trouvé comme toujours, que la part la plus riche et la plus abondante était échouée à la tête de l'armée et aux officiers de l'état-major. » (Prise de Constantine, octobre 1837.)
 
« Nous resterons jusqu'à la fin de juin à nous battre dans la province d'Oran, et à y ruiner toutes les villes, toutes les possessions de l'émir. Partout, il trouvera l'armée française, la flamme à la main. » (Mai 1841.)
 
«Mascara, ainsi que je te l'ai déjà dit, a dû être une ville belle et importante. Brûlée en partie et saccagée par le maréchal Clauzel en 1855. »
« Nous sommes dans le centre des montagnes entre Miliana et Cherchell. Nous tirons peu de coups de fusil, nous brûlons tous les douars, tous les villages, toutes les cahutes. L'ennemi fuit partout en emmenant ses troupeaux. » (Avril 1842.)
 
« Le pays des Beni-Menasser est superbe et l'un des plus riches que j'ai vus en Afrique. Les villages et les habitants sont très rapprochés. Nous avons tout brûlé, tout détruit. Oh 1 la guerre, la guerre 1 Que de femmes et d'enfants, réfugiés dans les neiges de l'Atlas, y sont morts de froid et de misère 1 ... Il n'y a pas dans l'armée cinq tués et quarante blessés. » (Région de Cherchell, avril 1842.).
 
« Deux belles armées ... se donnant la main fraternellement au milieu de l'Afrique, l'une partie de Mostaganem le 14, l'autre de Blidah le 22 mai, rasant, brûlant, chassant tout devant elles. » (Mai 1842 ; de Mostaganem à Blidah il y a 250 kilomètres.)
« On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres. Des combats: peu ou pas. » (Région de Miliana, juin 1842.)
 
« ••• Entouré d'un horizon de flamme et de fumée qui me rappelle un petit Palatinat en miniature, je pense à vous tous et je t'écris. Tu m'as laissé chez les Brazes, je les ai brûlés et dévastés. Me voici chez les Sindgads, même répétition en grand, c'est un vrai grenier d'abondance ... Quelques-uns sont venus pour m'amener le cheval de soumission. Je l'ai refusé parce que je voulais une soumission générale, et j'ai commencé à brûler. » (Ouarsenis, octobre 1842.).
 
« Le lendemain 4, je descendais à Haimda, je brûlais tout sur mon passage et détruisais ce beau village ... Il était deux heures, le gouverneur (Bugeaud) était parti. Les feux qui brûlaient encore dans la montagne, m'indiquaient la marche de la colonne. » (Région de Miliana, février 1843.).
 
«Des tas de cadavres pressés les uns contre les autres et morts gelés pendant la nuit 1 C'était la malheureuse population des Beni-Naôseeur, c'étaient ceux dont je brûlais les villages, les gourbis et que je chassais devant moi. » (Région de Miliana, février 1843.).
 
« Les beaux orangers que mon vandalisme va abattre 1 ... je brûle aujourd'hui les propriétés et les villages de Ben-Salem et de Bel-Cassem-ou-Kassi. » (Région de Bougie, 2 octobre 1844.).
 
« J'ai brûlé plus de dix villages magnifiques. » (Kabylie, 28 octobre 1844.).
 
« Il y avait encore des groupes nombreux d'ennemis sur les pitons, j'espérais un second combat. Ils ne sont pas descendus et j'ai commencé à couper de beaux vergers et à brûler de superbes villages sous les yeux de l'ennemi. » (Dahra, mars 1846.).
 
« J'ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés. » (Petite Kabylie, mai 1851.).
 
« Nous leur avons fait bien du mal, brûlé plus de cent maisons couvertes en tuile, coupé plus de mille oliviers. » (Petite Kabylie, juin 1851.).
 
Tel est le témoignage de Saint-Arnaud. Témoignage décisif, mais qui est loin d'être unique. Tous les officiers d'Afrique, qui ont écrit ce qu'ils ont vu, disent la même chose.
 
La vente des femmes et le massacre des enfants:
Officier d'Afrique non moins typique que Saint-Arnaud, ce colonel Pein, issu du rang qui resta vingt-trois ans en Algérie (de 1840 à 1863), et qui occupa les loisirs de sa retraite à composer un petit ouvrage sur l'Afrique. A la différence de Saint-Arnaud, ce fut surtout dans le Sud qu'il eut à opérer.
 
Voici comment il décrit la prise de Laghouat, à laquelle il assista (2 décembre 1852.) :
1.« Le carnage fut affreux; les habitations, les tentes des étrangers dressées sur les places, les rues, les cours furent jonchées de cadavres. Une statistique faite à tête reposée et d'après les meilleurs renseignements, après la prise, constate le chiffre de 2 300 hommes, femmes ou enfants tués; mais le chiffre de blessés fut insignifiant, cela se conçoit. Les soldats, furieux d'être canardés par une lucarne, une porte entrebâillée, un trou de la terrasse, se ruaient dans l'intérieur et y lardaient impitoyablement tout ce qui s'y trouvait ; vous comprenez que, dans le désordre, souvent dans l'ombre, ils ne s'attardaient pas à établir de distinction d'âge ni de sexe: ils frappaient partout et sans crier gare J » (1).
 
1 Pein, Lettres familières sur l'Algérie, 2e édit., p. 393.
 
C'est tellement l'habitude de massacrer femmes et enfants qu'une fois que le colonel Pein ne put le faire, il éprouva le besoin de s'en excuser dans une lettre:
« Les Ouled Saad avaient abandonné femmes et enfants dans les buissons. J’aurais pu en faire un massacre, mais nous n'étions pas assez nombreux pour nous amuser aux bagatelles de la porte." il fallait garder une position avantageuse et décrocher ceux qui tiraient sur nous. » (2).
2.Pein. Lettres familières sur l'Algérie, 2e édit., p. 26.
 
« J'ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés. » (Petite Kabylie, mai 1851.).
 
« Nous leur avons fait bien du mal, brûlé plus de cent maisons couvertes en tuile, coupé plus de mille oliviers. » (Petite Kabylie, juin 1851.).
 
Tel est le témoignage de Saint-Arnaud. Témoignage décisif, mais qui est loin d'être unique. Tous les officiers d'Afrique, qui ont écrit ce qu'ils ont vu, disent la même chose.
 
La vente des femmes et le massacre des enfants:
Officier d'Afrique non moins typique que Saint-Arnaud, ce colonel Pein, issu du rang qui resta vingt-trois ans en Algérie (de 1840 à 1863), et qui occupa les loisirs de sa retraite à composer un petit ouvrage sur l'Afrique. A la différence de Saint-Arnaud, ce fut surtout dans le Sud qu'il eut à opérer.
 
Voici comment il décrit la prise de Laghouat, à laquelle il assista (2 décembre 1852.) :
« Le carnage fut affreux; les habitations, les tentes des étrangers dressées sur les places, les rues, les cours furent jonchées de cadavres. Une statistique faite à tête reposée et d'après les meilleurs renseignements, après la prise, constate le chiffre de 2 300 hommes, femmes ou enfants tués; mais le chiffre de blessés fut insignifiant, cela se conçoit. Les soldats, furieux d'être canardés par une lucarne, une porte entrebâillée, un trou de la terrasse, se ruaient dans l'intérieur et y lardaient impitoyablement tout ce qui s'y trouvait ; vous comprenez que, dans le désordre, souvent dans l'ombre, ils ne s'attardaient pas à établir de distinction d'âge ni de sexe: ils frappaient partout et sans crier gare J » (1).
 
1-Pein, Lettres familières sur l'Algérie, 2e édit., p. 393.
 
C'est tellement l'habitude de massacrer femmes et enfants qu'une fois que le colonel Pein ne put le faire, il éprouva le besoin de s'en excuser dans une lettre:
« Les Ouled Saad avaient abandonné femmes et enfants dans les buissons. J’aurais pu en faire un massacre, mais nous n'étions pas assez nombreux pour nous amuser aux bagatelles de la porte." il fallait garder une position avantageuse et décrocher ceux qui tiraient sur nous. » (2).
 
2-Pein. Lettres familières sur l'Algérie, 2e édit., p. 26.
 
Ainsi, si les femmes et les enfants des Ouled Saad n'ont pas été « massacrés », c'est uniquement pour raison stratégique! Si on avait été plus nombreux, toutes et tous y auraient passé, on se serait « amusé aux bagatelles de la sorte ! »
 
Certains généraux cependant préféraient qu'on ne massacre pas les femmes, mais qu'on s'en empare ... et qu'on les vende. Telle était la méthode préférée de Lamoricière. Dans les lettres qu'il écrivait à sa famille, l'un des subordonnés de Lamoricière, le colonel de Montagnac, décrit ainsi le système (1).
1. De Montagnac, Lettres d'un soldat, p. 141, 142, 195,203,311,225. (Ce qui est souligné l'a été par nous.)
 
« Vive Lamoricière J Voilà ce qui s'appelle mener la chasse avec intelligence et bonheur J ... Ce jeune général qu'aucune difficulté n'arrête, qui franchit les espace en un rien de temps, va dénicher les Arabes dans leurs repaires, à vingt-cinq lieues à la ronde, leur prend tout ce qu'ils possèdent." femmes, enfants, troupeaux, bestiaux, etc. » (1er février 1841).
 
Dans la région de Mascara, le 17 janvier 1842 :
« Nous poursuivons l'ennemi, nous lui enlevons femmes, enfants, bestiaux, blé, orge, etc. ».
 
Le 11 février 1842 :
« Pendant que nous rasons de ce côté, le général Bedeau, autre perruquier de première qualité, châtie une tribu des bords du Chélif ... leurs enlève force femmes, enfants et bestiaux ... »
Plus tard, étant cette fois en Petite-Kabylie, de Montagnac appliquera à nouveau le système Lamoricière:
« Nous nous sommes établis au centre du pays ... brûlant, tuant, saccageant tout ... Quelques tribus pourtant résistent encore, mais nous les traquons de tous côtés, pour leur prendre leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux. » (2 mai 1843).
Pourquoi prenait-on ces femmes? Qu'en faisait-on?
« Vous me demandez, dans un paragraphe de votre lettre, ce que nous faisons des femmes que nous prenons. On en garde quelques-unes comme otages, les autres sont échangées contre des chevaux, et le reste est vendu à l'enchère comme bêtes de somme. » (Lettre datée de Mascara, 31 mars 1842.).
 
« Apportez des têtes, des têtes ! Bouchez les conduits crevés avec la tête du premier Bédouin que vous rencontrerez. » (2).
2. Harangue citée par le baron Pichon: Alger sous la domination française, p. 109.
 
Voici maintenant que le témoignage d'un quatrième officier de l'armée d'Afrique, parti en Algérie, tout frais émoulu de Saint-Cyr, le comte d'Hérisson; bien que très patriote, celui-ci, à la différence des précédents, semble avoir été quelque peu écoeuré par ce qu'il vit; son témoignage est identique.
 
Voici comment il décrit une colonne à laquelle il participa (1) :
1-D'Hérisson: La Chasse à l'Homme, p. 133 et suivantes.
 
« Il est vrai que nous rapportons un plein baril d'oreilles récoltées paires à paires sur les prisonniers, amis ou ennemis. » c ••• Des cruautés inouïes, des exécutions froidement ordonnées, froidement exécutées à coups de fusil, à coups de sabre, sur des malheureux dont le plus grand crime était quelquefois de nous avoir indiqué des silos vides. »
« Les villages que nous avons rencontrés, abandonnés par leurs habitants, ont été brûlés et saccagés ; ... on a coupé leurs palmiers, leurs abricotiers parce que les propriétaires n'avaient pas eu la force nécessaire pour résister à leurs émirs et lui fermer un passage ouvert à tout le monde chez ces tribus nomades. Toutes ces barbaries ont été commises sans tirer un coup de fusil, car les populations s'enfuyaient devant nous, chassant leurs troupeaux et leurs femmes, délaissant leurs villages.».
Cette colonne était commandée par le général Yusuf. Sur ce même général, le même auteur rappelle le fait suivant, si militaire (2).
2-D'Hérisson: La Chasse à l'Homme, p. 349.
 
« En 1857, le maréchal Randon, que les lauriers de Saint Arnaud empêchaient de dormir, monte à l'assaut de la Kabylie pour exercer ses 25 000 hommes et y recommencer les incendies de ses prédécesseurs. C'est dans cette expédition qu'on vient dire au général Yussuf : "Encore une tribu, mon général, qui en a assez et qui demande l'aman (le pardon}." - Non, répondit Yussuf, il y a là, sur notre gauche, ce brave colonel qui n'a encore rien eu. Laissons-lui cette tribu à éreinter; cela lui fera un bulletin ; on donnera ensuite l'aman (3) ».
 
3-Cela n'a, il est vrai, rien de spécifiquement algérien. Voir dans « Comment j'ai nommé Foch et Pétain» comment Painlevé l'« humanitaire» laissa se produire, quinze jours durant, après le 17 avril 1917, des attaques terriblement meurtrières et complètement inutiles, à seule fin de sauver l'amour propre» du général Nivelle.
 
A cette époque, Napoléons III avait eu beau venir en Algérie. Assurer les Arabes de sa sympathie : « les oreilles indigènes valurent longtemps encore 10 francs la paire, et leurs femmes demeurèrent, comme aux, d'ailleurs, un gibier parfait (4) »
4-D'Hérisson: La Chasse à l'Homme, p. 349.
 
Si le général, plus ou moins métèque, Yusuf, faisait couper les oreilles, le colonel de Montagnac, déjà cité, qui, lui, est un Français, fils, petit-fils, arrière petit-fils de soldat, et qui devait devenir le « héros » de Sidi-Brahim, préfère la méthode qui consiste à faire couper les têtes (1) :
1-De Montagnac: Lettres d'un soldat, p. 297 et 299.
 
« Je lui fis couper la tête et le poignet gauche (il s'agit d'un marabout de la province de Constantine) et j'arrivai au camp avec sa tête piquée au bout d'une baïonnette et son poignet accroché à la baguette d'un fusil. On les envoya au général Baraguay d'Hilliers qui campait près de là, et qui fut enchanté, comme tu le penses ... »
« On ne se fait pas l'idée de l'effet que produit sur les Arabes une décollation de la main des chrétiens ... Il y a déjà pas mal de temps que j'ai compris cela, et je t'assure qu'il ne m'en sort guère d'entre les griffes qui n'aient subi la douce opération. Qui veut la fin veut les moyens, quoiqu'en disent nos philanthropes. Tous les bons militaires que j'ai l'honneur de commander sont prévenus par moi-même que s'il leur arrive de m'amener un Arabe vivant, ils recevront une volée de coups de plat de sabre ... Quant à l'opération de la décollation, cela se passe coram populo. »
 
Le massacre par « erreur »:
« Frappez, frappez toujours ! Dieu reconnaîtra les siens ! » Vieux précepte que les représentants de la bourgeoisie française en Algérie ne manquèrent pas d'appliquer. L'important était de tuer; qu'on tue amis ou ennemis, innocents ou coupables, cela n'avait guère d'importance. Péra a déjà raconté aux lecteurs de la Révolution prolétarienne (2) comment, en 1871, un détachement français rencontrant un groupe d'indigène, s'en empara et mit tout le monde à mort sans autre forme de procès, sur la simple supposition que ces indigènes avaient participé à l'affaire de Palestro, ce qui fut reconnu entièrement faux, dès qu'on eut fait le moindre brin d'enquête.
2-R.P. du 1er mars 1928: L'insurrection algérienne de 1871.
 
Voici deux autres faits du même ordre, mais d'une envergure plus grande encore, et dont la responsabilité remonte beaucoup plus haut.
Au printemps de 1832, des envoyés d'une tribu du Sud avaient été dépouillés par des maraudeurs, à quelque distance d'Alger; le fait s'était passé sur le territoire où était campée la tribu des El-Ouffia ; alors:
« En vertu des instructions du général en chef de Rovigo, un corps de troupe sorti d'Alger, pendant la nuit du 6 avril 1832, surprit au point du jour la tribu endormie sous ses tentes, et égorgea tous les malheureux El-Ouffia sans qu'un seul cherchât même à se défendre. Tout ce qui vivait fut voué à la mort; on ne fit aucune distinction d'âge ni de sexe. Au retour de cette honteuse expédition, nos cavaliers portaient des têtes au bout des lances. » (1)
1-Christian: L'Afrique française, p. 143.
 
« Tout le bétail fut vendu à l'agent consulaire du Danemark. Le reste du butin fut exposé au marché de la porte Bab-Azoun (à Alger). On y voyait des bracelets de femme qui entouraient encore des poignets coupés, et des boucles d'oreilles pendant à des lambeaux de chair. Le produit des ventes fut partagé entre les égorgeurs. Dans l'ordre du jour du 8 avril, qui atteignit les dernières limites de l'infamie, le général en chef eut l'impudence de féliciter les troupes de l’ardeur et de l'intelligence qu'elles avaient déployées. Le soir de cette journée à jamais néfaste, la police ordonna aux Maures d'Alger d'illuminer leurs boutiques, en signe de réjouissance. » (2)
2-Dieuzalde : Histoire de l'Algérie, tome I, p. 289.
 
Or, quelques jours après, ont sut que cette tribu n'avait été pour rien dans la mésaventure arrivée aux envoyés du Sud, ceux-ci ayant été victimes d'hommes appartenant à la tribu toute différente des Krechnas. Ce qui n'empêcha pas, bien que l'innocence des El-Ouffia fût déjà connue, de condamner à mort le cheik des El-Ouffia, qu'on avait soigneusement épargné lors du massacre et de l'exécuter, ainsi qu'un autre notable aussi innocent que lui (3).
3-Christian: L'Afrique française, pp. 148 et 149.
 
L'auteur de ces assassinats, le général en chef duc de Rovigo, a maintenant son village, un village de colonisation portant son nom, à quelques kilomètres du lieu où furent assassinés les EI Ouffia ! A Bône, le futur général Yusuf, alors capitaine, opérait pareillement. Voici ce qu'en disent les notes du baron Pichon, alors intendant civil de l'Algérie:
« Le 7 mai 1832, des Arabes d'une tribu inconnue vinrent, sous les murs de la ville, s'emparer de quelques boeufs. Le capitaine Yusuf décida que les maraudeurs appartenaient à la tribu des Kharejas ; le même soir il partit avec les Turcs, fut s'embusquer de nuit dans les environs, et lorsque le jour commençait à paraître, il massacra femmes, enfants et vieillards. Une réflexion bien triste suivit cette victoire, lorsqu'on apprit que cette même tribu était la seule qui, depuis notre occupation de Bône, approvisionnait notre marché. » (4).
 
« Meurtre consommé avec préméditation sur un ennemi vaincu, sur un ennemi sans défense»:
 
Prince de la Moskova. (Discours à la Chambre des Pairs):
 
Le massacre est toujours le massacre, mais certaines circonstances ajoutent encore à son horreur.
La région du Dahra, à mi-chemin entre Alger et Oran, présente la particularité de posséder, en plusieurs points, d'immenses grottes pouvant contenir plusieurs centaines de personnes. De temps immémoriaux, ces grottes servaient de refuge aux tribus de la contrée, refuge qui avait toujours été respecté; les hommes réfugiés là n'étaient plus à craindre; de ce fait là ils s'avouaient vaincus; jamais tribu « barbare », jamais « sectateurs de Mahomet» n'avaient eut l'idée d'y massacrer. L'armée de la bourgeoisie française allait rompre avec cette tradition.
En un an, sur trois points différents, trois colonels français, Cavaignac, Pélissier, Saint-Arnaud, firent périr trois tribus réfugiées dans des grottes en les brûlant et les asphyxiant vives. Trois tribus complètes: hommes, femmes, enfants.
De ces trois « enfumades », la plus connue, longtemps la seule connue, est la seconde, celle commise par Pélissier, parce qu'elle donna lieu à une interpellation du prince de la Moskowa, le fils de Ney, à la Chambre des Pairs.
Le 19 juin 1845, la tribu des Oued-Riah, chassée de ses villages par l'une de ces colonnes incendiaires dont nous avons vu la description chez Saint-Arnaud, se réfugie dans les grottes, toute la tribu, troupeaux compris. La colonne commandée par Pélissier l'y poursuit et la somme de sortir. Celle-ci accepte: elle est même prête à verser comme rançon une importante somme d'argent, mais elle ne veut pas, lorsqu'elle sortira, être massacrée ; elle pose donc une seule condition : que les troupes françaises se retirent.
Pélissier refuse. Puis, à trois heures de l'après-midi, il fait allumer, à chaque entrée des grottes, de vastes feux, qu'on alimentera et attisera sans répit tout le restant de la journée et toute la nuit, jusqu'à une heure avant le lever du jour.
 
Au matin, on entre. Un soldat a donné, dans une lettre, le récit de ce qu'il vit la nuit et le matin.
« Quelle plume saurait rendre ce tableau ? Voir au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes français occupé à entretenir un feu infernal ! Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux; le craquement des rochers calcinés s'écroulant, et les continuelles détonations des armes! Dans cette nuit, il y eut une terrible lutte d'hommes et d'animaux!
« Le matin, quand on chercha à dégager l'entrée des cavernes, un hideux spectacle frappa des yeux les assaillants.
« J'ai visité les trois grottes, voici ce que j'y ai vu :
« A l'entrée, gisaient des boeufs, des ânes, des moutons; leur instinct les avait conduits à l'ouverture de la grotte pour respirer l'air qui manquait à l'intérieur. Parmi ces animaux, et entassés sous eux, on trouvait des hommes, des femmes et des enfants. J'ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d'un boeuf.  Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras. Cet homme, il était facile de le reconnaître, avait été asphyxié, ainsi que la femme, l'enfant et le boeuf, au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal.
« Les grottes sont immenses; on a compté 760 cadavres; une soixantaine d'individus seulement sont sortis, aux trois quart morts; quarante n'ont pu survivre; dix sont à l'ambulance, dangereusement malades; les dix derniers, qui peuvent se traîner encore, ont été mis en liberté pour retourner dans leurs tribus; ils n'ont plus qu'à pleurer sur des ruines. » (1)
1-Christian, L'Afrique française, p. 142.
 
Crime de soudard subalterne?:
Non ! Pélissier, qui en a porté jusqu'ici la responsabilité devant l'histoire, n'a été qu'un exécutant. La responsabilité remontait plus haut ; elle remonte directement au plus haut représentant de la France en Algérie, à celui qui, pendant sept années) fut, au nom de « la France », le maître à peu près absolu de l'Algérie, le gouverneur général Bugeaud, duc d'Isly; celui-ci avait en effet envoyé à Pélissier l'ordre suivant (2)
2-Revue hebdomadaire, juillet 1911, article du général Derrécagaix.
« Orléansville, 11 juin 1845 « Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Fumez-les à outrance comme des renards.
 
« Duc d'Isly»:
« Imitez Cavaignac» ordonnait Bugeaud.
En effet, l'année précédente, Cavaignac, futur gouverneur général de la République en Algérie, futur emprisonné du 2 décembre, avait, lui aussi, le premier, enfumé « comme des renards» des Sbéhas réfugiés dans des grottes, « tribu vaincu », « tribu sans défense »,
Et deux mois après Pélissier, le 12 août 1845, Saint-Arnaud à son tour, près de Ténès, transformait d'autres grottes en « un vaste cimetière » ; « 500 brigands » y furent enterrés. Le seul résultat de l'interpellation à la Chambre des Pairs fut que Saint-
Arnaud tint, à la différence de Pélissier, soigneusement caché son exploit: « personne n'est descendu dans les cavernes; personne ... que moi ... Un rapport confidentiel a tout dit au maréchal (Bugeaud), simplement, sans poésie terrible ni images. » (1)
1-Lettres du Maréchal Saint-Arnaud, tome II, p. 37.
 
Ainsi, depuis le républicain Cavaignac, jusqu'aux futurs bonapartistes Pélissier et Saint-Arnaud, en passant par le monarchiste Bugeaud, les hommes les plus représentatifs de tous les clans de la bourgeoisie française ont trempé directement dans ces actes où culminent les deux caractères dominants de la conquête de l'Algérie: la lâcheté et la férocité.
Aucune des catégories de la bourgeoisie ne peut en rejeter la responsabilité sur les autres. Le colonialisme étant un produit spécifique du capitalisme, tout le capitalisme avait à se vautrer dans ses horreurs.
 
L'Honneur kabyle:
Devant cette barbarie, on se sent poussé à rechercher quelques gestes qui fassent exception, quelques gestes de générosité, quelques gestes d'honneur.
On les trouve.
Mais on les trouve de l'autre côté de la barricade; on les trouve chez les « barbares », chez ceux qui étaient en état de légitime défense, chez ceux qui étaient à la fois les plus faibles et les moins « civilisés ».
Un seul acte de cruauté a pu être reproché à Abd el Kader, commis non pas par lui, mais par un de ses lieutenants.
Le 24 avril 1846, un an à peine avant la reddition d'Abd el Kader, alors que celui-ci était aux abois, qu'il n'avait plus rien à donner à manger aux prisonniers, ni même suffisamment d'hommes pour les garder, alors qu'Abd el Kader avait écrit lettres sur lettres pour négocier l'échange des prisonniers et qu'on ne lui avait répondu qu'en jetant en prison celui qu'il avait envoyé pour traiter de cet échange, et alors qu'il était personnellement à plusieurs centaines de kilomètres du lieu où étaient gardés les prisonniers, l'un des deux khalifas chargé de leur garde, Mustapha ben Thamin, ne pouvant plus nourrir les prisonniers (l'autre voulant, au contraire, les relâcher), les fit tuer (2).
2-Colonel Paul Azan : L'Emir Abd el Kader, p. 221 et suivantes, et aussi p.295.
 
C'était la réplique aux enfumades du Dahra. Mais, jusque-là, durant quinze années pendant lesquelles il s'opposa à la France, la manière dont Abd el Kader avait traité les prisonniers avait toujours été empreinte de la plus grande générosité ; il les échangeait quand il le pouvait; sinon, il les libérait sans conditions le jour où il ne pouvait plus les nourrir. Nos soudards en étaient tout éberlués:
« Abd el Kader, écrit Saint-Arnaud, le 14 mai 1842, nous a renvoyé sans condition, sans échange, tous nos prisonniers. Il leur a dit: "Je n'ai plus de quoi vous nourrir, je ne veux pas vous tuer, je vous renvoie". Le trait est beau pour un barbare» (1)
1-Lettres du Maréchal Saint-Arnaud, tome l, p. 385.
 
Saint-Arnaud, évidemment, n'en aurait point fait autant. La « civilisation» bourgeoise est, par définition, exclusive de toute générosité.
Quant à la manière dont les prisonniers étaient traités pendant leur détention, rien n'en témoigne mieux que ce trait de l'un des prisonniers faits à Sidi-Brahim. Celui-ci termine ses mémoires en rappelant que lorsqu' Abd el, quelques années après sa reddition, vint à Paris, il offrit, lui, pendant trois jours, dans sa propre famille, l'hospitalité à trois domestiques d'Abd el, qui avaient été ses geôliers, puis, ses fonctions de surveillant aux Tuileries l'ayant mis, quelque temps plus tard, en présence d'Abd el et de deux de ses principaux lieutenants, le khalifa Sidi Kadour ben Allel et l'intendant Kara Mohammed, ces deux hommes et leur ancien prisonnier se serrèrent affectueusement les mains, car, dit Testard, « l'un et l'autre avaient été bons pour moi et j'eus du plaisir à les revoir. » (2)
2-Hippolyte Langlois: Souvenirs d'un prisonnier d'Abd el Kader, p. 350.
 
Combien d'Arabes prisonniers des Français en auraient pu dire autant?
 
Mais ceux dont l'attitude marqua l'antithèse la plus frappante avec la manière dont la bourgeoisie comprend la guerre, furent les Kabyles.
Les Kabyles sont des guerriers. Ils sont traditionnellement • habitués à se battre pour l'honneur, non pour le butin ou la conquête. Lorsqu'un dommage avait été causé à un habitant d'un village par un habitant d'un autre village, on vengeait l'honneur par un combat, mais combat qui ne se terminait jamais par l'expropriation des vaincus. De telles guerres étaient donc aussi différentes d'une expédition coloniale que d'un duel l'est d'un assassinat.
Ces guerres, dès lors, étaient soumises, tout comme l'est le duel, à des règles, à un véritable Code d'honneur. Ce code, les Kabyles continuèrent à l'appliquer, même contre leurs envahisseurs.
 
C'est ainsi que lors du soulèvement de 1871, les Kabyles prévinrent les colons avant de les attaquer (1). Et ceux des colons qui, au lieu de partir ou de résister, se mirent sous la protection d'un kabyle, sous son « anaia », purent vivre en pleine sécurité durant toute l'insurrection, en plein pays insurgé.
Ce fut notamment le cas de 39 habitants de Bordj Menaïel, auxquels le marabout Si Moussa ben Ahmed avait proposé lui-même de se mettre sous son « anaia » ; ce fut également le cas du maire de Bordj Menaïel qui alla se mettre sous la protection des habitants du douar Rouaffa ; et aussi le cas de 30 voyageurs de la diligence de Dellys qui, sur le conseil de l'amine Omar Benzaman allèrent se réfugier dans le caravansérail, et sous la protection d'Azib Zamoun (2)
2-Rinn : L'insurrection de 1871 en Algérie, pp. 243 et 245.
 
Or, ce qui est remarquable, c'est que ces Kabyles, sous la protection desquels vécurent les Français, n'étaient nullement traîtres à leurs compatriotes, ni même des partisans tièdes de la cause kabyle, ils étaient au contraire au premier rang des combattants, s'opposant avec l'extraordinaire courage de leur race, à l'avance des troupes françaises.
Ce qui n'empêcha pas le gouvernement de la République de commettre à l'égard des insurgés kabyles la même monstruosité que celle qu'il commettait, au même moment, à l'égard des insurgés parisiens: faire poursuivre, condamner et exécuter les chefs de l'insurrection comme coupables de crimes de droit commun ! Comme Ferré, Boumezrag, frère de Mokrani et successeur de celui-ci à la tête de l'insurrection, fut condamné à mort pour pillage et assassinat ! Thiers ne se contentait pas de tuer ; en Afrique comme à Paris, il lui fallait déshonorer.
 
L'EXPROPRIATION:
La liberté des habitants de toutes les classes, leur religion, leurs propriétés, leur industrie ne recevront aucune atteinte ... Le général en chef en prend l'engagement sur l'honneur.
Général de Bourmont (5 juillet 1830)
La bourgeoisie tue, mais il faut lui rendre cette justice qu'elle ne tue pas pour le plaisir; elle tue pour que ça lui rapporte.
Le fer de Lorraine et le coke de la Ruhr furent l'enjeu de la guerre aux millions de cadavres; l'expropriation des indigènes, la réduction des indigènes à l'état de prolétaires, de producteurs travaillant pour la plus-value sur les terres que jusque-là ils cultivaient librement, tel est le but de toute conquête coloniale; tel fut le but de la conquête de l'Algérie.
« Les propriétés des habitants ne recevront aucune atteinte ... » Tel était l'engagement solennel qu'avait pris la France, le 5 juillet 1830, en entrant à Alger.
Voyons comment cette promesse fut respectée.
 
Terres personnelles et terres de tribus:
Il y avait en Algérie, comme ce fut le cas aussi à certaines époques, dans bien d'autres pays, en Europe par exemple, avant la Révolution, deux grandes sortes de propriétés.
L'une dominait dans les montagnes et les oasis, c'est-à-dire là où la culture, revêtant plus ou moins un caractère de jardin, nécessite un aménagement permanent: terrasses en montagne, irrigation en oasis, plantation d'arbres dans les deux cas. L'autre mode de propriété était celui qui prédominait en plaine, c'est-à-dire là où il suffit de semer dans le grand espace nu.
Dans les montagnes et les oasis, la propriété était personnelle, elle était identique à notre propriété paysanne ; chaque lopin de terre, chaque « jardin" avait son propriétaire particulier, bien déterminé, jouissant seul du droit de cultiver sa terre, d'en récolter les fruits, et de disposer de la terre comme il l'entendait, par vente, donation, etc.
Dans la plaine au contraire, c'était la tribu qui était propriétaire; chaque membre de la tribu avait le droit de cultiver sur le territoire de la tribu toute la portion de terres qu'il pouvait cultiver ; sur les terres qu'il cultivait ainsi, il acquérait une sorte de droit de jouissance qui passait à ses héritiers, mais ce droit disparaissait dès que lui ou ses héritiers cessaient de cultiver. Le droit de propriété individuelle se trouvait ainsi limité au droit au travail, au droit à travailler la terre et à disposer des fruits de la terre qu'on avait travaillée; il ne comprenait pas le droit de disposer de la terre: la terre était à la tribu et ne pouvait en sortir sans la volonté de la tribu.
Puisque le membre de la tribu n'était pas propriétaire, lorsqu'il avait à se plaindre de ne pas jouir de ce à quoi il avait droit comme membre de la tribu, il avait à se plaindre non pas d'un empiètement sur son bien de la part d'un particulier, mais d'un abus de pouvoir des chefs de la tribu. La contestation revêtait donc le caractère d'une question administrative, et non d'une question de droit privé; il s'ensuivait que celle-ci était portée, non devant les tribunaux, mais devant l'autorité administrative supérieure, c'est-à-dire devant le dey.
 
Les « juristes à l'oeuvre»:
De ces deux catégories de terres, ce fut la seconde, celles des terres de la tribu, qui furent la première à susciter les plus grandes convoitises.
Terres de plaine, elles étaient beaucoup plus intéressantes pour la culture européenne; d'autre part, le fait que leur mode particulier de propriété n'avait pas d'équivalent dans l'Europe bourgeoise permettait à la qualité fondamentale de la bourgeoisie, l'hypocrisie, de s'exercer pleinement.
Les juristes ont été les pionniers de l'émancipation bourgeoise ; ce furent eux qui, durant les siècles qui séparent le Moyen Age de la Révolution, mirent debout ces chefs-d'oeuvre de casuistique, qui transformèrent progressivement, sans presque qu'on ne s'en aperçoive, le droit féodal en droit bourgeois, le pouvoir du grand seigneur en pouvoir de la « nation », Il était tout indiqué que pour conquérir l'Algérie, pour faire passer les terres d'Algérie des mains des cultivateurs arabes dans celles des capitalistes français, tout en ne portant « aucune atteinte aux propriétés des habitants ", on les appelât à la rescousse. Ils accoururent : leur travail d'expropriation fut le digne complément du travail des massacreurs.
On commença par déclarer (ordonnance du 1er octobre 1844» que toute terre non cultivée sur laquelle un droit de propriété n'aurait pu être prouvé avant une certaine date ferait partie du domaine public. Comme les tribus n'ont généralement pas de titres de propriété et que la plus grande partie de leurs terres sert uniquement de parcours pour l'élevage, il s'ensuivait que les tribus allaient se trouver expropriées sans indemnités de toutes leurs terres de parcours, privées ainsi de ce qui dans ces pays secs constituait la plus grande richesse: les troupeaux.
Comme on n'était encore qu'en 1844, c'est surtout à proximité des grands ports que cette ordonnance fut appliquée. C'est en vertu d'elle que furent expropriées les trois plaines de la Mitidja (à côté d'Alger), d'Oran et de Bône, qui, aujourd'hui, constituent la base essentielle du capitalisme algérien, car ce sont les trois grandes plaines à vin.
En ce qui concerne la région d'Alger seulement, sur 111 000 hectares seulement qui furent soumis à la vérification, 78 000, soit près des trois quarts, furent, en vertu de l'ordonnance de 1844, déclarés appartenir au domaine public.
L'année qui suivit cette ordonnance, tout le Dahra, c'est-à-dire toute la région montagneuse du littoral, entre Alger et Oran, était soulevée.
 
Il était prudent de revenir en arrière.
En conséquence, une loi de 1851 déclara solennellement, non moins solennellement que ne l'avait fait le général de Bourmont en 1830, que la propriété était « inviolable », « sans distinction entre les indigènes et les Français ».
Mais, entre ceux qui font les lois et ceux qui sont chargés de les appliquer, on sait se comprendre. Ceux qui sont chargés d'appliquer les lois savent qu'il est parfois nécessaire de faire une loi qui pose à grand tralala un grand principe, mais que, dans ce cas, si ce principe est contraire aux intérêts de la bourgeoisie, leur devoir strict est ... de tourner le principe.
C'est ce que s'empressa de faire l'Administration algérienne: pour cela ses juristes inventèrent la théorie du « cantonnement».
S'il y avait contestation entre membres d'une tribu sur leur droit à la jouissance, de telle ou telle terre, c'était, avons-nous dit, l'autorité administrative, le dey, qui statuait. Puisque le dey était juge, c'était donc qu'il était propriétaire ! Et donc, l'Etat français étant successeur du dey, c'est maintenant lui qui est propriétaire des terres de tribus; la tribu n'est que le locataire de l'Etat! Par suite, sans violer le droit déclaré « inviolable» de la propriété, en vertu simplement du droit qu'a tout propriétaire de rentrer, quand bon lui semble, en possession de tout ou partie de sa propriété, l'Etat a le droit de réduire les terres de la tribu. Celle-ci ne pourra plus jouir des terres qu'elle faisait parcourir à son bétail, ou qu'elle ensemençait, depuis des temps immémoriaux ; elle sera désormais « cantonnée » sur une fraction seulement de ces terres; le reste sera repris par le domaine public qui le livrera aux colons européens (1)
 
(1)C'est aussi la théorie du « cantonnement» qui est actuellement appliquée au Maroc, du moins depuis le départ de Lyautey, car celui-ci, rendons-lui cette justice, n'avait jamais voulu en entendre parler, malgré toutes les pressions des colons français au Maroc.
 
En vertu de la loi de 1851, complétée par le « cantonnement », plus de 60 000 hectares passèrent des mains des tribus arabes entre celles de l'Etat français.
Cependant, le cantonnement ne persista pas. Napoléon III, qui était assez froussard, avait été effrayé, lors de son voyage en Algérie, des conséquences du cantonnement. En conséquence, il fit proclamer ... un nouveau principe : non, l'Etat n'avait pas le droit de propriété sur les terres de tribus, les tribus étaient bien, elles-mêmes, propriétaires, propriétaires collectifs de leurs terres. Mais ces terres, dans l'intérêt des tribus elles-mêmes, il faut s'assurer de leurs limites; on va donc, après « enquête », délimiter le territoire de chaque tribu, et délimiter à l'intérieur de ce territoire, le territoire de chaque douar ; ainsi toutes les tribus et les fractions de tribu auront une propriété bien précise, bien déterminée, bien assurée: ce sera parfait. Tel fut l'objet du sénatus-consulte de 1863, qui, malgré quelques modifications de détails est actuellement la base de la législation algérienne en la matière.
Seulement ... il y a un seulement. En même temps qu'on délimitera les terres des tribus et qu'on les répartira entre les douars, on délimitera aussi, dit le sénatus-consulte, quelles sont celles qui appartiennent au domaine public.
L'administration compris aussitôt: on « enquêta» et on délimita à tour de bras et dans les terres ainsi délimitées, les meilleures, sous prétexte que la tribu ne pouvait pas produire de titres de propriété suffisants, furent classées ... dans le domaine public. Ces opérations, qui devaient renforcer le droit de propriété des indigènes, devinrent ainsi « un des moyens les plus actifs de leur spoliation» ; - ce n'est pas moi qui le dit, c'est le professeur Larcher, la plus haute autorité en matière de droit algérien (1).
(1)Larcher: Traité de Législation algérienne, t. III, p. 95.
 
Ainsi, dès 1900, en vertu du sénatus-consulte de 1863 et des lois suivantes, 2 250 560 hectares avaient été classés comme domaines de l'Etat, cela rien que dans le Tell (c'est-à-dire: non compris hauts-plateaux et région saharienne).
Chaque nouvelle et plus précise affirmation de l'inviolabilité de la propriété arabe entraînait donc une nouvelle et plus étendue spoliation. Farce sinistre dont le grotesque ne fait que souligner le tragique.
Expropriation « à la turque»
Tout ce que nous venons de dire ne s'applique qu'aux terres de tribus. Là où la terre est propriété individuelle, dans la montagne, dans l'oasis, ou à la ville, là où la propriété de chacun se trouve déterminée par des titres précis, il fallait autre chose, car, bien entendu, il fallait aussi pouvoir s'en emparer, chaque fois qu'on le jugeait bon.
 
Dans les débuts, pendant une dizaine d'années, on ne s'embarrassa point, à vrai dire, de théorie juridique; on prenait ce dont on avait besoin; l'expropriation des indigènes se trouvait « le plus souvent le résultat d'une véritable voie de fait» (2).
(2)Larcher: Traité de Législation algérienne, t. III, p. 428.
 
Ce fut le cas notamment pour presque toute la propriété urbaine d'Alger.
Les biens des Turcs, les biens des fondations pieuses, etc., furent incorporés au domaine de l'Etat, puis revendus aux particuliers.
« Toute la nuit, le temple fut occupé par une compagnie d'infanterie.
« Ainsi s'accomplit la prise de possession de Katchoug.
« Les membres de la commission furent portés à l'ordre du jour. MM. Berbrugger, Bou Derba, Balensi furent proposés pour la croix" (1). La Dépêche Algérienne, 16 octobre 1928.
L'« engagement sur l'honneur» du général en chef de l'armée française avait eu juste autant de valeur pour la religion que pour la propriété.
Tout ce qui se passa, d'ailleurs, durant cette période fut « régularisé» par un arrêté du ministre de la guerre du 1er juillet 1848 (Vive la République !) en vertu duquel toutes les victimes des voies de fait se trouvèrent « irrévocablement dépouillées » (2).
(2)Larcher: Traité de Législation algérienne, t. III, p. 428.
 
Par la suite on se couvrit d'un manteau de légalité. Les deux grands procédés qui furent alors employés pour s'emparer des propriétés privées des indigènes, furent : l'expropriation et le séquestre.
Le respect de la propriété privée est le fondement même de la société bourgeoise. C'est si fondamental pour elle qu'elle a couronné sa déclaration des droits de l'homme, c'est-à-dire des droits du bourgeois, par la proclamation du caractère « inviolable et sacrée » de la propriété; nul ne peut être privé de sa propriété, sauf dans un cas, très précis : lorsque la « nécessité publique » l'exige.
Ainsi il n'existe pour la France qu'un seul cas d'expropriation : l'expropriation pour cause d'utilité publique; c'est-à-dire que l'Etat peut exproprier seulement dans le cas où il s'agit d'incorporer l'immeuble exproprié au domaine public pour un ouvrage public. Mais l'indigène n'est pas un bourgeois, donc il n'est pas un homme, et la déclaration des Droits ne saurait lui être appliquée. En conséquence, à côté de l'expropriation pour cause d'utilité publique, on a institué en Algérie l'expropriation pour cause d'intérêt privé: l'Etat peut, en Algérie, enlever à un particulier sa propriété, pour la donner à un autre particulier.
En vertu de l'ordonnance de 1844 et de son complément, la loi de 1851, on peut en effet exproprier pour toute fondation ou agrandissement d'un centre de population ou de son territoire. Il s'ensuit que, pour faire passer des propriétés appartenant à des indigènes entre les mains de Français, il suffit de décider la fondation ou l'extension d'un village; on peut alors exproprier non seulement les terrains nécessaires à l'exécution des rues, des places et de tous les ouvrages publics du village, ce qui est naturel, mais aussi ceux sur lesquels seront édifiés les maisons des habitants du village, leurs jardins, et toutes les terres qu'on décidera de leur attribuer.
De même des mosquées, celle par exemple de Ketchaoua qui est maintenant la cathédrale d'Alger, furent démolies ou transformées en églises, malgré l'article de la convention du 5 juillet qui proclamait pour la religion comme pour la propriété, que ni l'une ni l'autre ne recevrait aucune atteinte, le général en chef en prenant « l'engagement sur l'honneur ».
 
Voici comment un spécialiste de l'histoire du vieil Alger, H. Klein, décrit la prise de la Ketchaoua, en 1832 :
« Malgré le baron Pichon qui ne voulait pas que les choses fussent brusquées, le général en chef fit se réunir les commissaires français, leur enjoignant de demander au clergé musulman la mosquée de la rue du Divan.
« Nouvel émoi des indigènes parmi lesquels s'ourdissent des conspirations. Mais le 23 mai, les Ulémas consentent à la cession de la mosquée exigée.
« Le mois suivant, le baron Pichon, dont les vues se trouvaient trop divergentes de celles du duc de Rovigo, était rappelé en France et remplacé par M. Gent y de Bussy, à qui des pouvoirs moindres étaient dévolus.
« L'agitation augmentait, les Maures Bou Derba et Ben Ouizzan viennent, le soir du 8 décembre, avertir l'un des interprètes que dix mille Arabes ont juré de mourir sous la coupole de Ketchaoua, plutôt que de consentir à sa prise par les chrétiens.
« Avisé, le général en chef fait, le 17, doubler les postes et inviter les deux muphtis à remettre à la commission les clés de la mosquée. Il fait publier un ordre relatif à l'occupation du temple et se terminant ainsi : "La croix et l'étendard de France seront fixés au minaret et saluées par les batteries de terre et de mer,"
« Le 18 décembre, à midi, les ulémas, les muphtis, les cadis et la commission en grande tenue se réunissent dans la rue du Divan.
« Une compagnie du 4e de ligne s'installe rue du Vinaigre (actuellement rue Salluste). Une demi-batterie de campagne prend position sur la place du Soudan. Il y a 4 000 musulmans barricadés dans l'intérieur de la mosquée. Les sommations légales ayant été faites et étant demeurées sans réponse, une escouade de sapeurs du génie s'approche pour attaquer la porte à coups de hache. Les rebelles ouvrent alors.
« Bou Derba et l'interprète Balensi gravissent les degrés. Des coups de feu sont tirés, une bousculade se produit. Les ulémas et les membres de la commission sont renversés les uns sur les autres.
« La troupe refoule à la baïonnette les indigènes dans l'intérieur de la mosquée. Ceux-ci fuient par une issue donnant sur la rue du Vinaigre. Plusieurs Arabes gisent sur les tapis, étouffés ou blessés. « Toute la nuit, le temple fut occupé par une compagnie d'infanterie.
« Ainsi s'accomplit la prise de possession de Katchaoua.
« Les membres de la commission furent portés à l'ordre du jour. MM. Berbrugger, Bou Derba, Balensi furent proposés pour la croix" (1).
1. Larcher: Traité de Législation algérienne, t. III, p. 441.
 
L' «engagement sur l'honneur» du général en chef de l'armée française avait eu juste autant de valeur pour la religion que pour la propriété.
Tout ce qui se passa, d'ailleurs, durant cette période fut « régularisé» par un arrêté du ministre de la guerre du 1er juillet 1848 (Vive la République !) en vertu duquel toutes les victimes des voies de fait se trouvèrent « irrévocablement dépouillées » (2).
 
Par la suite on se couvrit d'un manteau de légalité. Les deux grands procédés qui furent alors employés pour s'emparer des propriétés privées des indigènes, furent : l'expropriation et le séquestre.
Le respect de la propriété privée est le fondement même de la société bourgeoise. C'est si fondamental pour elle qu'elle a couronné sa déclaration des droits de l'homme, c'est-à-dire des droits du bourgeois, par la proclamation du caractère «inviolable et sacrée » de la propriété; nul ne peut être privé de sa propriété, sauf dans un cas, très précis : lorsque la « nécessité publique » l'exige.
Ainsi il n'existe pour la France qu'un seul cas d'expropriation : l'expropriation pour cause d'utilité publique; c'est-à-dire que l'Etat peut exproprier seulement dans le cas où il s'agit d'incorporer l'immeuble exproprié au domaine public pour un ouvrage public. Mais l'indigène n'est pas un bourgeois, donc il n'est pas un homme, et la déclaration des Droits ne saurait lui être appliquée. En conséquence, à côté de l'expropriation pour cause d'utilité publique, on a institué en Algérie l'expropriation pour cause d'intérêt privé: l'Etat peut, en Algérie, enlever à un particulier sa propriété, pour la donner à un autre particulier.
En vertu de l'ordonnance de 1844 et de son complément, la loi de 1851, on peut en effet exproprier pour toute fondation ou agrandissement d'un centre de population ou de son territoire. Il s'ensuit que, pour faire passer des propriétés appartenant à des indigènes entre les mains de Français, il suffit de décider la fondation ou l'extension d'un village; on peut alors exproprier non seulement les terrains nécessaires à l'exécution des rues, des places et de tous les ouvrages publics du village, ce qui est naturel, mais aussi ceux sur lesquels seront édifiés les maisons des habitants du village, leurs jardins, et toutes les terres qu'on décidera de leur attribuer ...
 
Si on ajoute à cela que, contrairement à la loi de France, l'expropriation en Algérie, n'est pas prononcée par le jugement d'un tribunal, mais par une simple décision administrative, qu'on n'a donc même pas la garantie que le cas pour lequel on vous exproprie rentre bien dans ceux prévus par la loi, - que, d'autre part, l'indemnité qui vous est allouée n'est pas prononcée, comme en France, par un jury d'expropriation composé de propriétaires, mais par le tribunal civil, on comprendra que personne, en Algérie, n'est sûr de sa propriété, que l'Administration peut, à tout moment, vous l'enlever pour un morceau de pain, afin simplement de la donner à un autre; cette expropriation n'a rien de commun avec celle utilisée dans les pays bourgeois, ce n'est plus une procédure française, mais une procédure à la turque» (1).
 
Procédure à la turque qui a permis au conquérant d'exproprier, presque sans bourse délier, une multitude de vaincus, réduits désormais à servir comme salariés chez leur expropriateur.
Deux millions et demi d'hectare « séquestrés» d'un seul coup!
Les sommes qui furent données aux expropriés, si faibles qu'elles aient été, ne provenaient d'ailleurs généralement pas des caisses de l'Etat, mais de la poche des indigènes, et voici comment:
L'expropriation a son complément dans le séquestre.
Toute tribu qui s'est révoltée peut avoir ses terres séquestrées. Or comme, jusqu'en 1871, les révoltes furent à peu près continuelles en Algérie, on voit de quelle ressource fut le séquestre.
Le plus important fut opéré après la grande insurrection kabyle de 1871. Le séquestre était là d'autant plus nécessaire qu'on se trouvait en plein pays de propriété individuelle, en pays où il était donc impossible de s'approprier des terres par les procédés de « cantonnement », de « délimitation », etc. pratiqués dans les régions à terres de tribus. 2 639 000 hectares furent ainsi, d'un seul coup, séquestrés en Kabylie, soit plus de quatre fois la surface des départements de Seine et Seine-et-Oise réunis.
Comme il était cependant impossible de trouver du jour au lendemain suffisamment de colons européens pour occuper toutes ces terres, on ne garda que les meilleures; les autres, les kabyles furent autorisés à les racheter moyennant le paiement du cinquième de leur valeur, et avec l'argent ainsi perçu, l'Etat français paya les indemnités pour les terres qu’il expropria dans les régions qui ne s'étaient pas insurgées ...
 
Le bilan:
Au total, si l'on considère par exemple la période allant de 1871 à 1895, l'une de celles où la « colonisation» fut la plus active, on arrive à ces résultats: Au cours de ces 24 années, 629 428 hectares furent livrés par l'Etat aux colons européens. Sur ces 629 428 hectares, 43 943 seulement provenaient d'achats opérés de gré à gré par l'Etat, soit moins de 7 % (1) ; en revanche, 495 832 hectares, soit 78 % (2), provenaient des différents modes de spoliation que nous avons dits: 176 166 hectares provenaient du domaine de l'Etat, lui-même constitué par « cantonnement ", « délimitation », etc. 85 291 hectares provenaient de l'expropriation, et 234 375 du séquestre (3).
 
Les grands écrivains sentent parfois remarquablement bien les grands phénomènes sociaux ; ils laissent alors des descriptions qui sont des chefs-d'oeuvre d'histoire. Isabelle Eberhardt, le grand écrivain du désert, a donné, dans une nouvelle, parue dans l'Akhbar, le récit exact et complet de l'expropriation de l'indigène algérien, le récit de tout ce que ces « cantonnements », ces expropriations ont signifié réellement pour ceux qui en furent victimes, quelles douleurs elles entraînèrent, et quelles haines elles accumulèrent au cour des expropriés. Nous croyons devoir reproduire intégralement ce document qui condense sous la forme humaine les sèches analyses qui précèdent (4).
 
Criminel:
Dans le bas-fond humide, entouré de hautes montagnes nues et de falaises rouges, on venait de créer le « centre" de Robespierre.
Les terrains de colonisation avaient été prélevés sur le territoire des Ouled-Bou-Nage, des champs pierreux et roux, pauvres d'ailleurs ... Mais les « directeurs ", les « inspecteurs" et d'autres fonctionnaires d'Alger, chargés de « peupler" l'Algérie et de toucher des appointements proconsulaires n’y étaient jamais venus_
Pendant un mois, les paperasses s'étaient accumulées, coûteuses et inutiles, pour donner un semblant de légalité à ce qui, en fait, n'était que la ruine d'une grande tribu et une entreprise aléatoire pour les futurs colons.
Qu'importait? Ni de la tribu, ni des colons, personne ne se souciait dans les bureaux d'Alger ...
Sur le versant ouest de la montagne, la fraction des Bou-Achour occupait depuis un temps immémorial les meilleures terres de la région. Unis par une étroite consanguinité, ils vivaient sur leurs terrains sans procéder à aucun partage.
Mais l'expropriation était venue, et on avait procédé à une enquête longue et embrouillée sur les droits légaux de chacun des fellahs au terrain occupé. Pour cela on avait fouillé dans les vieux actes jaunis et écornés des cadis de jadis, on avait établi le degré de parenté des Bou-Achour entre eux.
Ensuite, se basant sur ces découvertes, on fit le partage des indemnités à distribuer. Là encore, la triste comédie bureaucratique porta ses fruits malsains ...
………
Le soleil de l'automne, presque sans ardeur, patinait d'or pâle les bâtiments administratifs, laids et délabrés. Alentour, les maisons en plâtras tombaient en ruine, et l'herbe poussait sur les tuiles ternies, délavées.
En face des bureaux, la troupe grise des Ouled-Bou-Naga s'entassait.
 
Accroupis à terre, enveloppés dans leurs burnous d'une teinte uniformément terreuse, ils attendaient, résignés, passifs.
Il y avait là toutes les variétés du type tellien ; profils berbères aux traits minces, aux yeux roux d'oiseaux de proie; face alourdies de sang noir, lippues, glabres; visages arabes, aquilins et sévères. Les voiles roulées de cordelettes fauves et les vêtements flottants, ondoyant au gré des attitudes et des gestes, donnaient aux Africains une nuance d'archaïsme, et sans les laides constructions « européennes" d'en face, la vision eut été sans âge.
Mohammed Achouri, un grand vieillard maigre au visage ascétique, aux traits durs, à l'oeil soucieux, attendait un peu à l'écart, roulant entre ses doigts osseux les grains jaunes de son chapelet. Son regard se perdait dans les lointains où une poussière d'or terne flottait.
Les fellahs, soucieux sous leur apparence résignée et fermée, parlaient peu.
On allait leur payer leurs terres, justifier les avantages qu'on avait, avant la possession définitive, fait miroiter à leurs yeux avides, à leurs yeux de pauvres et de simples.
Et une angoisse leur venait d'attendre aussi longtemps ... On les avait convoqué pour le mardi, mais on était déjà au matin du vendredi et on ne leur avait encore rien donné.
1.Tous les matins, ils venaient là, et, patiemment attendaient. Puis, ils se dispersaient par groupes dans les cafés maures de C ... , mangeaient un morceau de galette noire, apportée du douar et durcie, et buvaient une tasse de café d'un sou ... Puis, à une heure, ils retournaient s'asseoir l, long du mur et attendre ... Au « Maghreb " (Coucher du soleil.)
, ils s'en allaient, tristes, découragés, disant tout bas des paroles de résignation ... et la houle d'OI rouge du soleil couchant magnifiait leurs loques, paraît leur lente souffrance;
A la fin, beaucoup d'entre eux n'avaient plus ni pain ni argent pout rester à la ville. Quelques-uns couchaient au pied d'un mur, roulés dans leurs haillons ...
Devant les bureaux, un groupe d'hommes discutaient et riaient : cavaliers et gardes champêtres se drapaient dans leur grand burnous bleu et parlaient de leurs aventures de femmes, voire même de boisson.
Parfois un fellah, timidement venait les consulter ... Alors, avec le geste évasif de la main, familier aux musulmans, les « mokhzenia » (Mokhazni, cavalier d'administration.) et les « chenâbeth » (3) (Chenâbeth, pluriel, par formation arabe, du mot sabir Chambith, garde champêtre.) qui ne savaient pas, eux aussi, répondaient : « Osbor, ... "Patiente ...
Le fellah courbait la tête, retournait à sa place, murmurant: « Il n'est d'aide et de force qu'en Dieu, le Très Haut l »
Mohammed Achouri réfléchissait et, maintenant, il doutait, il regrettait d'avoir cédé ses terres. Son coeur de paysan saignait à la pensée qu'il n'avait plus de terre ...
 
De l'argent?
D'abord, combien lui en donnerait-on ? ... puis qu'en ferait-il ? Où irait-il acheter un autre champ, à présent qu'il avait vendu un lopin de terre nourricière ?
Enfin, vers neuf heures, le caïd des Ouled-Bou-Naga, un grand jeune homme bronzé, au regard dur et ferme, vint procéder à l'appel nominatif des gens de sa tribu ... Un papier à la main, il était debout sur le seuil des bureaux_ Les fellah s'étaient levés avec une ondulation marine de leurs burnous déployés ... Ils voulurent saluer leur caïd ... Les uns baisèrent son turban, les autres son épaule. Mais il les écarta du geste et commença l'appel. Son garde-champêtre, petit vieillard chenu et fureteur, poussait vers la droite ceux qui avaient répondu à l'appel de leur nom, soit par le « naâm » traditionnel, soit par: « C'est moi... » Quelques-uns risquèrent même un militaire « brésent » (présent).
Après, le caïd les conduisit devant les bureaux qu'ils désignent du nom de « Domaine" (recette, contributions, domaines, etc.).
Le caïd entra. On lui offrit une chaise.
Un cavalier, sur le seuil, appelait les Ouled-Bou-Naga et les introduisit un à un.
Parmi ces derniers, Mohammed Achouri fut introduit.
Devant un bureau noir, tailladé au canif, un fonctionnaire européen, en complet râpé, siégeait. Le khoja, jeune et myope, avec un pince-nez, traduisait debout.
« Achouri Mohammed ben Hamza... tu es l'arrière petit cousin d'Ahmed Djilali ben Djilali, qui possédait les terrains au lieu dit « Oued Nouar ", fraction des Bou-Achour. Th as donc des droits légaux de propriété sur les champs dits Zebboudja et Nafra ... Tous comptes faits, tous frais payés, tu as à toucher, pour indemnité de vente, la somme de onze centimes et demi (1)
1-Rigoureusement authentique. (Note d'Isabelle Eberhardt).
 
... Comme il n'y a pas de centimes, voilà. ».
 
Et le fonctionnaire posa deux sous dans la main tendue du fellah. Mohammed Achouri demeura immobile, attendant toujours.
- Allez « roh 1 balek l ».
- Mais j'ai vendu ma terre, une charrue et demie de champs et plusieurs hectares de forêt (broussailles) ... Donne moi mon argent 1 (Une « charrue» de terre est la surface qui correspond à ce qu'un Arabe peut approximativement cultiver avec une charrue, environ 10 hectares. )
- Mais tu l'as touché ... C'est tout 1 Allez, à un autre 1 Abdallah ben Taib Djellouli 1
- Mais ce n'est pas un paiement, deux sous 1 ... Dieu est témoin ...
- Nom de dieu d'imbécile 1 « Balek fissaâ l »
Le cavalier poussa dehors le fellah qui, aussitôt dans la rue, courba la tête, sachant combien il était inutile de discuter.
En un groupe compact, les Ouled-Bou-Naga restaient là, comme si une lueur d'espoir leur restait dans l'inclémence des choses. Ils avaient le regard effaré et tristement stupide des moutons à l'abattoir.
« Il faut aller réclamer à l'administrateur " suggéra Mohammed Achouri.
Et ils se rendirent en petit nombre, au milieu de la ville.
L'administrateur, brave homme, eut un geste évasif des mains ... « Je n’y peux rien ... Je leur ai bien dit, à Alger, que c'était la ruine pour la tribu ... Ils n'ont rien voulu savoir, ils commandent, nous obéissons ... Il n'y a rien à faire. "Et il avait honte en disant cela, honte de l'oeuvre mauvaise qu'on l'obligeait à faire.
Alors, puisque le « hakem ", qui ne leur avait personnellement jamais fait de mal, leur disait qu'il n'y avait rien à faire, ils acceptèrent en silence leur ruine et s'en allèrent, vers la vallée natale, où ils n'étaient que des pauvres désormais.
Ils ne parvenaient surtout pas à comprendre et cela leur semblait injuste, que quelques-uns d'entre eux avaient touché des sommes relativement fortes, quoique ayant toujours labouré une étendue bien inférieure à celle qu'occupaient d'autres, qui n'avaient touché que des centimes, comme Mohammed Achouri.
Un cavalier, fils de fellah, voulut bien leur expliquer cette inégalité de traitement.
« Mais qu'importe la parenté avec des gens qui sont morts et que Dieu a en sa miséricorde? dit Achouri. Puisque nous vivons en commun, il fallait donner le plus d'argent à celui qui labourait le plus de terre 1 ...
- Que veux-tu? Ce sont les « hokkam » ... Ils savent mieux que nous ...
 
Dieu l'a voulu ainsi ...
Mohammed Achouri, ne trouvant plus de quoi vivre, quand le produit de la vente de ses bêtes fut épuisé, s'engagea comme valet de ferme chez M. Gaillard, le colon qui avait eu la plus grande partie des terres des Bou-Achour. M. Gaillard était un brave homme, un peu rude d'ailleurs, énergique et, au fond, bon et honnête. Il avait remarqué l'attitude nettement fermée, sournoise, de son valet. Les autres domestiques issus de la tribu étaient, eux aussi, hostiles, mais Mohammed Achouri manifestait un éloignement plus résolu, plus franc, pour le colon, aux rondeurs bon enfant duquel il ne répondait jamais.
 
Au lendemain de la moisson, comme le coeur des fellahs saignait de voir s'entasser toute cette belle richesse née de leur terre, les meules de M. Gaillard et sa grange à peine terminée, flambèrent par une belle nuit obscure et chaude.
Des preuves écrasantes furent réunies contre Achouri. Il nia, tranquillement, obstinément, comme dernier argument de défense. Et il fut condamné. Son esprit obtus d'homme simple, son coeur de pauvre dépouillé et trompé au nom de lois qu'il ne pouvait comprendre, avaient, dans l'impossibilité où il était de se venger du Beylik (L'Etat), dirigé toute sa haine et sa rancune contre le colon, l'usurpateur. C'était celui-là, probablement, qui s'était moqué des fellahs et qui lui avait donné à lui, Achouri, les dérisoires deux sous d'indemnité pour toute cette terre qu'il lui avait prise 1 Lui, au moins, il était à portée de la vengeance ...
Et, l'attentat consommé, cet attentat que Mohammed Achouri continuait à considérer comme une oeuvre de justice, le colot! se demandait avec une stupeur douloureuse ce qu'il avait fait à cet Arabe, à qui il donnait du travail, pour en être haï à ce point ... Ils ne se doutaient guère, l'un et l'autre, qu'ils étaient maintenant les solidaires victimes d'une même iniquité grotesquement triste 1
Le colon, proche et accessible, avait payé pour les fonctionnaires lointains, bien tranquilles dans leurs palais d'Alger ... Et le fellah ruiné avait frappé, car le crime est souvent, surtout chez les humiliés, un dernier geste de liberté.
 
CRIME DE RACE ? NON, CRIME DE CLASSE:
Isabelle Eberhardt a raison: ce n’est ni Gaillard, ni l'administrateur qui sont individuellement coupables; et elle se trompe quand, dans sa haine de « blé darde » pour l'homme de la ville, elle accuse les fonctionnaires lointains « bien tranquilles dans leurs palais d'Alger ». Le crime est plus profond, et plus général: ce n'est pas le crime d'individus ni de bureaucrates, c'est le crime d'une classe. C'est le crime que commet la classe bourgeoise, en chaque pays, y compris le sien, lorsqu'elle y commence son histoire. C'est le crime de 1'« accumulation primitive »,
Pour que le capitalisme puisse s'installer dans un pays, pour que l'exploitation du prolétariat par les détenteurs du capital puisse commencer, deux choses sont nécessaires : il faut, d'une part, qu'il y ait des prolétaires, c'est-à-dire des hommes privés de tout moyen de produire, et, d'autre part, des capitalistes, c'est-à-dire des hommes détenant les moyens de production dont les autres ont été privés. Autrement dit, il faut qu'il y ait séparation entre le moyen de production et le producteur, entre la terre ou l'outil et le travailleur.
Cette séparation ne peut s'obtenir que par la violence. L'expropriation des travailleurs de leurs moyens de travail est l'opération de force préliminaire, qui prélude à l'établissement du capitalisme en tous pays ; les économistes désignent cette opération sous l'euphémisme d'« accumulation primitive », ]
 
Celle-ci s'opère aussi bien au sein d'un même peuple par des expropriateurs appartenant à la même race que les expropriés, qu'à l'égard d'un peuple étranger, par la bourgeoisie d'un peuple conquérant à l'égard d'un peuple vaincu. .
Avant de pratiquer la « colonisation », c'est-à-dire l'expropriation de peuples appartenant à d'autres pays que le sien, la bourgeoisie européenne a commencé par exproprier, dans son propre pays, ses frères de race, de religion et de langue. Et même les procédés qu'elle emploie sont les mêmes dans les deux cas. Lisez le grand chapitre du Capital de Karl Marx sur l'« accumulation primitive », et vous serez frappé par la similitude des procédés employés par la bourgeoisie britannique pour exproprier ses paysans, entre le XVIe et le XVIIe siècle, et de ceux employés par la bourgeoisie française au XIXe pour exproprier le fellah algérien.
Dans les deux cas il s'agit de paysans dont une grande partie de la propriété est une propriété collective, qui sert à l'élevage, élevage qui est à leurs maigres cultures l'appoint indispensable pour qu'ils puissent vivre. Dans les deux cas, leur droit de propriété sur ces terres est indéniable. Dans les deux cas, le seigneur, ici le dey, là l'ancien seigneur féodal, n'a aucun droit de propriété privé sur ces terres collectives, mais simplement un droit politique, le droit de les administrer, d'en régler la jouissance entre les co-participants. Or dans les deux cas, on exproprie le paysan de ces terres, et dans les deux cas, on couvre l’expropriation de la même fiction juridique, à savoir : que le droit d'administrer entraîne le droit de propriété, que le droit régalien du seigneur féodal, est la même chose que le droit de propriété privé, au sens bourgeois et moderne du mot!
• La procédure des « enclosures », de la clôture des terres communales en Angleterre, est l'exact pendant de celle de l'« enquête » algérienne, de la délimitation des terres de tribus en Algérie.
La colonisation n'est donc pas, en fait, ce qu'elle paraît être à première vue ; elle n'est pas affaire de race et elle est encore moins affaire de religion; elle n'a pour raison ni d'exterminer une race ennemie, ni de convertir des « infidèles » ; elle est simplement l'extension à d'autres parties de la planète du système à fabriquer des prolétaires que la bourgeoisie a commencé à appliquer chez elle dès sa naissance.
Il nous reste maintenant à voir comment, après l'accumulation primitive, s'est poursuivie en Algérie, l'accumulation tout court ; quelle y est actuellement la situation respective des expropriateurs et des expropriés, du capitalisme européen et de la population indigène.|

09:01 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |