25/02/2011

Trois textes du PRCF

 
 
Sent: Friday, February 25, 2011 9:08 AM
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Subject: Trois textes du PRCF
 

Trois Pôle Positions (PP) du PRCF

(24 Février 2011)

 

MANIPULATION MÉDIATIQUE.

 

DSK va parler ! DSK a parlé ! DSK écrase tous le monde dans les sondages de l’Ifop, dont le PDG est Laurence Parisot, présidente du MEDEF, ou du CSA, dirigé par Roland Cayrol, l’omniprésent politologue qui explique à chaque émission de son complice en télévision, Yves Calvi, que c’est DSK qu’il faut pour la France.

Bref on tente de nous faire le coup de « Ségolène » de 2007....faire prendre une brêle pour un avion de chasse. Nous faire croire que DSK est le seul capable de terrasser Sarkozy, drainer les voix des citoyens excédés par 5 ans de régression sarkozienne vers son clone DSK !

Après le yacht de Bolloré, le riad au Maroc ! Et en prime le combat des « première dames » Carla versus Anne ! Le ridicule ne tue plus.

Et gare si vous ne votez pas « bien », si vous ne votez pas « utile », Marine est en embuscade.

Assez d’hommes (ou de femmes) providentiels ! Providentiels seulement pour les milliardaires du CAC 40.

Prend- on les Français pour des imbéciles ? Les organes de presse, radios et télés de la grande bourgeoisie tentent de nous interdire la démocratie par des choix préformatés dans les officines du patronat. Le seul choix des présidentielles serait entre le patron du FMI, véritable bourreau des peuples, et le locataire indigne de l’Elysée, qui a violé la souveraineté populaire exprimée au référendum de 2005. On est en droit d’exprimer une certaine colère voire une colère certaine.

Non le peuple de 1789, de 1793, des Sans culottes, de la Commune de Paris, s’élançant « à l’assaut du ciel », du Front Populaire et de la Résistance, ne se laisse pas berner si facilement. Il ne se laissera pas enfermer dans un étau mortifère entre DSK et Marine. Il brisera l’étau d’une manière ou d’une autre pour proclamer sa volonté de vivre libre.

 

 

RESTER DANS L’UE EST..... LA DERNIÈRE BÊTISE A FAIRE.

Augmenter les salaires serait "la dernière bêtise à faire" en Europe et nuirait à la réduction du chômage, a estimé dimanche le président de la BCE, Jean-Claude Trichet. Voila les citoyens des pays membres de l’UE prévenus.

Ce sont sans aucun doute les salaires du quart des salariés français qui gagnent moins de 750 euros par mois (net) qui provoquent le chômage de masse dans notre pays.

L’impudence de Trichet -le bien nommé- n’a pas de limites. M. Trichet peut il nous donner son salaire ? Peut il nous dire comment il vivrait, survivrait avec 750 euros par mois ? Peut-il nous dire quels intérêts il sert à la tête de la BCE ? Et au nom de quelle légitimité se permet il ce genre de déclaration ?

Il fut un temps où les hommes qui dirigeaient la France déclaraient : « Que l’Europe apprenne que vous ne voulez plus un seul malheureux, un seul oppresseur sur le territoire français. » Ainsi s’exprimait Saint-Just en s’adressant à la Convention nationale en mars 1794.

Ces hommes, Saint-Just, Robespierre, les Jacobins et Sans-culottes, proclamaient : « le bonheur est une idée neuve en Europe ». Ces hommes menaient un combat, avec les limites de leur temps, pour le pain et la dignité des masses populaires.

Le contraire de M. Trichet qui, lui, agit pour le seul intérêt des plus riches, des grands capitalistes qu’il sert avec zèle. Insultant ainsi les travailleurs et les chômeurs de France et des autres pays enfermés dans la prison des peuples qu’est l’UE. Car si M. Trichet peut se permettre ces propos obscènes et provocateurs c’est qu’un système lui permet de le faire, le capitalisme, et un dispositif politique et institutionnel lui permet de le faire, l’Union Européenne.

Pour briser l’odieuse arrogance des Trichet, des nouveaux aristocrates, il faudra briser le capitalisme et sa principale arme antipopulaire, l’UE.

A l’heure où les médias bourgeois tentent de nous faire croire que l’avenir de la nation réside dans un « match Sarkozy –DSK » posons-nous la question : qu’est ce qui sépare ces deux hommes sur ces deux questions clefs, le capitalisme et l’UE ? La réponse est évidente : rien.

L’homme qui a réduit les salaires des fonctionnaires grecs de moitié à la tête du FMI et l’homme qui détruit les retraites, l’éducation nationale, la Sécu. à la présidence de la République, ces deux hommes sont, comme JC Trichet, des valets du capitalisme, des ennemis du peuple, des casseurs des acquis sociaux et de la nation.

Débarrassés de ces délinquants multi récidivistes, nous pourrons édifier une société plus juste et plus fraternelle, un République sociale ouvrant la voie au socialisme et au communisme.

Alors comme nos glorieux ancêtres le firent avec les rois et comme les peuples arabes frères le font avec les leurs, disons leurs « DÉGAGEZ ! ».

 

 

LIBYE : SOLIDARITÉ !

 

Après les peuple tunisien, égyptien, d’autres peuples arabes se soulèvent pour réclamer le pain et la liberté.

En Libye les choses prennent un caractère particulièrement dramatique puisque le régime du colonel Kadhafi n’a pas hésité à faire tirer sur les manifestants : on parle de plus de deux cents morts.

Historiquement ces régimes de « démocratie nationale » voulant rompre avec le système féodal et faire émerger une bourgeoisie locale, furent une étape progressiste, profitant de la force propulsive des pays socialistes. Ces régimes dirigés par des militaires souvent issus du peuple portaient en eux une volonté de démocratie et de modernisation de leurs pays rejetant la domination impérialiste. Le caractère révolutionnaire de la bourgeoisie nationale s’exprimait encore et dans certains pays les partis communistes participèrent au gouvernement. Nasser en Égypte avait donné le signal de ce mouvement.

Très vite cependant la contradiction entre la bourgeoisie en développement et les classes populaires exigeant tous leurs droits, s’installa sur le devant de la scène politique de ces pays. Très vite Nasser exerça une violente répression contre les communistes égyptiens arrêtés, torturés, pendus par  centaines. Cela se reproduit dans tous les pays dirigés par les juntes militaires de plus en plus proches des bourgeoisies nationales (Irak, Syrie, Libye....) et cela s’aggrava au fur et à mesure que le caractère progressiste de ces régimes dégénéra au profit de dictatures de classe de plus en plus anti-progressistes et de plus en plus inféodées à l'impérialisme - la fin de l’URSS ayant évidement accéléré le processus.

Les peuples de ces pays ont raison de se révolter pour le progrès social, démocratique et l’indépendance nationale. Les communistes, bien qu’affaiblis par des répressions sauvages, sont au coeur de ces insurrections populaires.

La situation libyenne, est un peu plus particulière ; jusqu'à ces dernières années la Libye « populaire et socialiste » fut un des seuls pays arabes à s'opposer aux impérialistes, et à soutenir les luttes de libération des peuples dans le monde .Le peuple libyen a raison de s'insurger contre la chape de plomb de quarante ans d'autoritarisme et d'autocratie, Mais on doit s'interroger sur l'odeur de pétrole et de revanche que l'on sent dans la situation et sur le rôle de la CIA et du Mossad. Il est indispensable que le peuple de Libye fasse triompher la révolution démocratique en dehors de toute intervention étrangère

Au-delà de l’expression de notre solidarité internationaliste nous devons aussi mobiliser notre peuple pour  ces mêmes objectifs qui sont tout aussi valables ici que là-bas.

Alors nous dirons à notre tour à l’UE, au capitalisme, à Sarkozy et à leur cortège de misère : « DÉGAGE » !

 





Trois P

24/02/2011

C'est ce soir, jeudi 24 février 2011

 
C'est ce soir: jeudi 24 février 2011
 
Le dada des puissances ricano-occidentales  et de leurs médias reste la Libye évidemment. Obama, champion des “droits de l’homme” et de la “démocratie”,  y va de son couplet et de ses exigences.
Oubliés les crimes, les massacres, les guerres ricaines et ricano-otano-occidentales en IRAK, en AFGHANISTAN, au PAKISTAN, et de leurs complices sionistes à Gaza, au Liban, en Palestine occupée...
Oubliés les complicités des “démocraties” du Monde “libre” avec les autres tyrans du Monde arabe en Tunisie, en Egypte, et ailleurs ...
La Libye de Khadafi, il y a longtemps que les Ricains voudraient la voir à genoux. Alors, s’ils ne sont pas derrière ces événements, autant en profiter... La Libye a aussi un goût de pétrole évidemment et ce pays constitue un point géo-stratégique important et idéal en Méditerranée et au sein du Monde arabe ... D’autant plus que les populations égyptiennes ne portent pas les Ricains dans leur coeur.
Berlusconi, lui, trop occupé et embarrassé par ses problèmes de culotte, semble assez muet quant à lui ...
On verra la suite: toutes les révélations et analyses embarrassantes sur le rôle de l’ Occident capitaliste viendront après ces événements. Cia et autres officines secrètes et de propagande du Monde “libre” doivent certainement rester bien sagement les bras croisés ...
 
RoRo
 
 
 
                                                                                                                                                                                

19:40 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe : le c as de l'Égypte...

 
 
 
 

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Opinion

Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe :
le cas de l'Égypte

Ahmed Bensaada


Ahmed Bensaada

Montréal, le mercredi 23 février 2011

Il n’y a rien de plus émouvant que de voir un peuple recouvrer sa liberté après avoir subi le joug du despotisme et retrouver sa fierté après des années d’humiliation. Les marées humaines défilant dans les rues, occupant des places, déployant des slogans cinglants et irrévérencieux, maniant une parole si longtemps confisquée, arborant une dignité outrageusement bafouée : la quintessence du bonheur divin.

Mais les lendemains de ces révoltes nous laissent quelque peu perplexes. Qu’ont-elles accompli à part l’étêtement des régimes en place?

Voyons voir. En Tunisie : un Ghannouchi qui reste en place malgré la vindicte populaire et des années passées à servir un système mafieux, un bloggeur qui décide de siéger comme ministre dans un gouvernement qui l’a personnellement maltraité et des milliers de jeunes harragas qui préfèrent fuir vers l’Occident au lieu de perpétuer la « révolution » au pays du jasmin. Du côté du Nil, même scénario : un Tantaoui, pur produit du système, qui a dépassé l'âge de la retraite depuis belle lurette, et qui, sans en référer au peuple souverain, décide de maintenir ses relations avec Israël avant même de s’inquiéter du sort de ses propres concitoyens; un gouvernement légèrement modifié et dont les postes clés restent toujours aux mains des apparatchiks du système; des retouches cosmétiques de la constitution et une demande de gel des avoirs de la famille Moubarak [1] après d’incompréhensibles hésitations, bien longtemps après celle des anciens dignitaires du régime [2].

Est-ce cela une « révolution »? Est-il pensable que l’éléphant n’aurait accouché que d’une petite souris?

Les résultats mitigés de ces révoltes ne peuvent être compris qu’en examinant leur genèse. La plupart des spécialistes « cathodiques » ou officiant dans les médias majeurs se sont entendus sur la nature spontanée de ces mouvements. Grosso modo, le peuple peut être considéré comme un genre de cocotte-minute susceptible d’exploser sous l’effet d’une pression sociale et politique trop grande. Cette explosion produit une réaction en chaîne dans les pays avoisinants, de culture ou d’histoire similaires. Il suffit donc d’attendre sagement, de préparer les caméras et les micros afin de couvrir, en temps et lieux, les évènements que remueront les rues arabes. Il s’agit là d’une analyse naïve et primaire qu’il est difficile d’accepter de la part de personnes savantes,  titulaires de chaires, responsables de revues, qui ont passé leurs vies à scruter les moindres soubresauts de cette région du monde. Un peu comme les illustres économistes de notre temps qui n’ont pas pu prévoir l’immense crise économique que le monde a récemment connue. Qu’aurait-on dit si un météorologue n’aurait pas prévu un gigantesque ouragan?

En fait, ce qui attire l'attention depuis le début des émeutes tunisiennes, c’est la trop grande préoccupation étasunienne concernant les nouvelles technologies. Les multiples interventions du président Obama et de sa secrétaire d’état pour défendre la liberté d'accès à Internet et leur insistance pour que les régimes en prise avec les manifestations populaires n’interrompent  pas la navigation sur la toile avaient quelque chose de suspect.

Mme Clinton a même affirmé, le 15 février dernier, « qu’Internet est devenu l'espace public du XXI siècle » et que « les manifestations en Égypte et en Iran, alimentées par Facebook, Twitter et YouTube reflétaient la puissance des technologies de connexion en tant qu'accélérateurs du changement politique, social et économique » [3]. Elle a même annoncé le déblocage de 25 millions de dollars « pour soutenir des projets ou la création d'outils qui agissent en faveur de la liberté d'expression en ligne », et l’ouverture de comptes Twitter en chinois, russe et hindi après ceux en persan et en arabe. D’autre part, les relations « complexes » entre le département d’État américain et Google ont été longuement discutées dans la presse. D’ailleurs, le fameux moteur de recherche à été qualifié « d’arme de la diplomatie américaine » [4].

Mais quelle est la relation entre le gouvernement américain et ces nouvelles technologies? Pourquoi des responsables de si haut niveau prennent-ils des décisions dans la gestion d’entreprises qui sont supposées être privées? Cette situation n’est pas sans nous rappeler l’intervention américaine similaire lors des évènements qui ont suivi les élections en Iran [5]. Le ministère américain des Affaires étrangères avait alors demandé à Twitter de reporter une opération de maintenance qui aurait entraîné une interruption de service, ce qui aurait privé les opposants iraniens de moyen de communication [6].

Ces curieuses accointances entre le gouvernement américain et les réseaux sociaux dans des régions du monde aussi sensibles et pendant des évènements sociaux aussi délicats est très suspect, c’est le moins qu’on puisse dire.

Autre élément qui attire l'attention : la surmédiatisation de bloggeurs, leur association avec une révolution qualifiée de « facebookienne » et l’insistance sur leur non-appartenance à un mouvement politique quelconque. Ce sont donc des personnes jeunes et apolitiques qui utilisent les nouvelles technologies pour déstabiliser des régimes autocratiques ancrés dans le paysage politiques depuis des décennies.

Mais d’où viennent ces jeunes et comment peuvent-ils mobiliser autant de personnes sans avoir bénéficié d’une formation adéquate ni être relié à une organisation précise?

Chose est certaine : le modus opérandi de ces révoltes a toutes les caractéristiques des révolutions colorées qui ont secoué les pays de l’Est au début des années  2000.

·       Les révolutions colorées

Les révoltes qui ont bouleversé le paysage politique des pays de l’Est ou des ex-républiques soviétiques ont été qualifiées de « révolutions colorées ». La Serbie (2000), la Géorgie (2003), l’Ukraine (2004) et le Kirghizistan (2005) en sont quelques exemples.

Toutes ces révolutions, qui se sont soldées par des succès retentissants, sont basées sur la mobilisation de jeunes activistes locaux pro-occidentaux, étudiants fougueux, blogueurs engagés et insatisfaits du système.

De nombreux articles [7] et un remarquable documentaire de la reporter française Manon Loizeau [8] ont disséqué le mode opératoire de ces révoltes et montré que c’était les États-Unis qui en tiraient les ficelles.   

En fait, l’implication de l'USAID, du National Endowment for Democracy (NED), de l’International Republican Institute, du National Democratic Institute for International Affairs, de Freedom House, de l’Albert Einstein Institution et de l’Open Society Institute (OSI), a été clairement établie [9]. Ces organisations sont toutes américaines, financées par soit le budget américain, soit par des capitaux privés américains. À titre d’exemple, la NED est financée par un budget voté par le Congrès et les fonds sont gérés par un Conseil d’administration où sont représentés le Parti républicain, le Parti démocrate, la Chambre de commerce des États-Unis et le syndicat AFL-CIO, alors que l’OSI fait partie de la Fondation Soros, du nom de son fondateur George Soros le milliardaire américain, illustre spéculateur financier.

Plusieurs mouvements ont été mis en place pour conduire les révoltes colorées. Parmi eux, OTPOR (Résistance en serbe) est celui qui a causé la chute du régime serbe de Slobodan Milosevic. Le logo d’OTPOR, un poing fermé, a été repris par tous les mouvements subséquents, ce qui suggère la forte collaboration entre eux.


Logo original d’OTPOR

Dirigé par Drdja Popovic, OTPOR prône l’application de l'idéologie de résistance individuelle non violente théorisée par le philosophe et politologue américain Gene Sharp. Surnommé le « Machiavel de la non-violence », Gene Sharp n’est autre que le fondateur de l’Albert Einstein Institution. Son ouvrage « From Dictatorship to Democracy » (De la dictature à la démocratie) a été à la base de toutes les révolutions colorées. Disponible en 25 langues différentes (dont bien sûr l’arabe), ce livre est consultable gratuitement sur Internet et sa dernière édition date de 2010. Sa première édition, destinée aux dissidents birmans de Thaïlande, a été publiée en 1993.

·       Le cas de l’Égypte

C’est le mouvement du 6 avril [10] qui a été le fer de lance de la protestation populaire égyptienne et le principal artisan de la chute de Hosni Moubarak. Constitué de jeunes de la classe moyenne, activistes, férus de technologies nouvelles, ce mouvement a, dès 2008, appuyé les revendications ouvrières.

La première collusion entre ce mouvement et le gouvernement américain a été divulguée par WikiLeaks. Il s’agit de 2 câbles (08CAIRO2371 et 10CAIRO99) datant respectivement de novembre 2008 et de janvier 2010 qui montrent clairement des relations étroites entre l’ambassade  américaine du Caire et les activistes égyptiens [11, 12].  La bloggeuse Israa Abdel Fattah [13], cofondatrice du mouvement du 6 avril, est nominativement mentionnée dans le second document comme faisant partie d’un groupe d’activistes ayant participé à un programme de formation organisé à Washington par Freedom House. Le programme, nommé «  New Generation », a été financé par le département d’état et USAID et avait pour but de former des « réformateurs politiques et sociaux ».


La bloggeuse égyptienne Israa Abdel Fattah

Ces stages de formation d’activistes égyptiens aux États-Unis susceptibles « de représenter une troisième voie, modérée et pacifique » ne sont pas rares. Condoleeza Rice (mai 2008) et Hillary Clinton (mai 2009) en ont rencontré, sous les auspices de Freedom House (FH). Ces  dissidents ont même eu des entretiens avec de hauts responsables de l'administration américaine [14].

Les activistes d’OTPOR, fort de leur expérience dans la déstabilisation des régimes autoritaires, ont fondé un centre pour la formation de révolutionnaires en herbe. Cette institution, le CANVAS (Center for Applied Non Violent Action and Strategies), se trouve dans la capitale serbe et son directeur exécutif  n’est autre que Srdja Popovic [15]. Un des documents qui circulent dans la toile et qui illustre la formation dispensée par ce centre est « La lutte non-violente en 50 points » qui s’inspire largement des thèses de Gene Sharp. L’ouvrage y fait abondamment référence et le site de l’Albert Einstein Institution est cité comme un des meilleurs sur la question. CANVAS est financé, entre autres, par Freedom House, Georges Soros en personne [16] et l’International Republican Institute qui compte dans son bureau nul autre que John McCain, le candidat à la présidentielle américaine de 2008 [17]. D’ailleurs, ce dernier est longuement interviewé dans le documentaire de Manon Loizeau et son implication dans les révolutions colorées y est clairement établie. En outre, les auteurs de l’ouvrage (dont Drdja Popovic) remercient longuement « leur ami » Robert Helvey pour les avoir « initié au potentiel étonnant de la lutte stratégique non-violente ». Robert Helvey est un ancien colonel de l’armée US, associé à l’Albert Einstein Institution via la CIA, spécialiste de l'action clandestine et doyen de l’École de formation des attachés militaires des ambassades américaines [18].

Le porte-parole du mouvement du 6 avril, Adel Mohamed, a affirmé, dans une entrevue accordée à la chaîne Al Jazira (diffusée le 9 février 2011), qu’il avait effectué un stage chez CANVAS durant l’été 2009, bien avant les émeutes de la place Tahrir [19]. Il se familiarisa avec les techniques d’organisation des foules et de comportement face à la violence policière. Par la suite, il forma à son tour des formateurs.

Ahmed Maher, le cofondateur du mouvement du 6 avril, a déclaré à un journaliste du Los Angeles Times « qu’il admirait la révolution Orange d’Ukraine et les Serbes qui ont renversé Slobodan Milosevic » [20].

Une autre similarité entre la révolution serbe et la révolte égyptienne est l’adoption du logo d’OTPOR par le mouvement du 6 avril, comme l’ont fait les autres révolutions colorées [21].


Jeunes égyptiens manifestant avec le logo « arabisé » d’OTPOR

D’autre part, le site web de ce mouvement contient une longue liste des comportements à adopter par les membres s’ils sont arrêtés par la police. Cette liste indicative extrêmement exhaustive n’est pas sans rappeler le guide de « La lutte non-violente en 50 points » de CANVAS [22].

Parmi les activistes égyptiens, certains ont été sous les projecteurs durant les derniers jours du régime Moubarak. Parmi eux, Wael Ghonim est une figure marquante qui  a été emprisonné pendant 12 jours et, après avoir été libéré, a accordé un entretien à la chaîne égyptienne Dream 2 où il raconte sa captivité et s'effondre en larmes avant de quitter le plateau. Cette performance audiovisuelle a fait de ce cyberdissident un héros malgré lui.

Formé à l’université américaine du Caire (une coincidence?) Wael Ghonim est égyptien vivant à Dubaï, travaillant comme chef du marketing chez Google (une autre coïncidence?) pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord et mariée à une américaine (une dernière coïncidence?). Wael est un activiste récent dans le mouvement du 6 avril, mais il a travaillé étroitement avec Ahmed Maher [23]. Ce qui attire l'attention dans son intervention télévisée, c’est sa déclaration lorsqu’on lui a montré les images des jeunes tués pendant les manifestations : « Je veux dire à toute mère, tout père qui ont perdu un fils, je m'excuse, ce n'est pas de notre faute, je le jure, ce n'est pas de notre faute, c'est de la faute de toute personne qui était au pouvoir et s'y est accrochée ». Cette déclaration montre que le mouvement était très organisé et qu’aucun des membres n’avait prévu des pertes aussi grandes dans les rangs des manifestants, pour la plupart des jeunes qui ont été contactés via les réseaux sociaux.

Autre information surprenante : le PDG de Google s’est dit « très fier  de ce que Wael Ghonim avait accompli », comme si faire la révolution faisait partie de la description des tâches d’un responsable du marketing d’une quelconque entreprise [24].

La révolte égyptienne, tout comme les révolutions colorées, a fait apparaitre des personnages « internationalement respectables » prêts à être la figure de proue d’un changement démocratique dans la vie politique du pays. Le candidat de prédilection du mouvement du 6 avril est sans conteste Mohamed El Baradei, prix Nobel de la paix et ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le battage médiatique occidental autour de son « incontournable » candidature n’était finalement qu’un pétard mouillé. Le peuple de la rue ne l’a pas plébiscité et il a vite disparu du paysage. Il est intéressant de noter qu’El Baradei était le candidat privilégié des États-Unis. En effet, l'ancien directeur de l’AIEA est membre de l’International Crisis Group et siège avec de nombreux membres dont  Georges Soros (encore lui!) [25]. Le monde est vraiment petit, c’est le moins qu’on puisse dire.  

Finalement, notons que la NED, surnommée « la nébuleuse de l’ingérence « démocratique » » par Thierry Meyssan a été créée par Ronald Reagan pour poursuivre les actions secrètes de la CIA  [26]. Le rapport 2009 de cet organisme montre qu’il a attribué environ 1,5 millions de dollars à plus de 30 ONG égyptiennes « pour la croissance et le renforcement des institutions démocratiques à travers le monde » comme prétendu sur leur site [27].

L’utilisation des nouvelles technologies, si encensée par l’administration américaine, s’avère être un outil de choix pour la lutte non violente. Elle permet de contacter un nombre impressionnant de personnes en un temps record et d’échanger des données numériques et des informations de grande importance à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Les investissements massifs consentis par les institutions et le département d’état américains dans ce domaine se font dans le but d’améliorer les techniques de contournement de la censure étatique, de la géolocalisation des activistes lors de leur arrestation et l’envoi d’images et de vidéos pouvant montrer le visage « inhumain » des régimes autocratiques. La récente annonce du réseau suédois Bambuser permettant de diffuser gratuitement, à partir d’un téléphone portable, des séquences vidéos en direct et leur stockage instantané en ligne en est un bon exemple [28].

 Cependant, une fois dans la rue, les techniques de mobilisation de foules, de socialisation avec les représentants de l’ordre, de gestion logistique et de comportement en cas de violence ou d’utilisation d’armes de dispersion de foules nécessitent une formation adéquate et de longue haleine. Dans le cas de l’Égypte, cela a été rendu possible grâce à l'assimilation du savoir-faire de CANVAS et aux formations dispensées et financées par les différentes institutions américaines.

Il est clair que la révolte de la rue égyptienne n’est pas aussi spontanée que le prétendent les médias majeurs et leurs commentateurs. Cela n’enlève rien au remarquable engagement du peuple égyptien qui a suivi les leaders du mouvement du 6 avril et de sa noble abnégation pour se débarrasser d’un système corrompu afin d’accéder à une vie meilleure.

Mais espérons que l’historique révolte de la rue égyptienne et le lourd tribut qu’elle a payé pendant ces dernières semaines ne soient pas confisqués par des intérêts étrangers. Le récent véto américain contre un projet de résolution condamnant la politique de colonisation israélienne est de mauvais augure. Le mouvement du 6 avril n’était-il pas sensible à la souffrance du peuple palestinien [29]?

Montréal, le 22 février 2011.

Références

1.       « L'Égypte demande le gel des avoirs de Moubarak et de sa famille à l'étranger», Le Monde, 21 février 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/02/21/l-egypte-demande-le-gel-des-avoirs-de-moubarak-et-de-sa-famille-a-l-etranger_1483326_3218.html#ens_id=1470465&xtor=RSS-3208

2.      « L'Égypte demande le gel d'avoirs d'anciens responsables du régime Moubarak », Le Monde, 15 février 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/02/15/l-egypte-demande-le-gel-d-avoirs-d-anciens-responsables-du-regime-moubarak_1480192_3218.html

3.      « Hillary Clinton milite pour la liberté sur Internet », Le Monde, 16 février 2011, http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/02/16/hillary-clinton-milite-pour-la-liberte-sur-internet_1480855_651865.html

4.      « Google, les États-Unis et l'Égypte », Le Monde, 3 février 2011, http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/02/03/google-les-etats-unis-et-l-egypte_1474508_651865.html

5.      Ahmed Bensaada, «Téhéran-Gaza : la différence médiatique », Géostratégie, 3 juillet 2009, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=49:teheran-gaza-la-difference-mediatique&catid=37:societe&Itemid=75

6.      « Iran : Washington intervient auprès de Twitter », Technaute, 18 juin 2009, http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/internet/200906/16/01-876173-iran-washington-intervient-aupres-de-twitter.php

7.      Lire, par exemple, John Laughland, «La technique du coup d’État coloré», Réseau Voltaire, 4 janvier 2010, http://www.voltairenet.org/article163449.html

8.      Manon Loizeau, « Les États-Unis à la conquête de l’Est », 2005. Ce documentaire peut être visionné à l’adresse suivante : http://mecanoblog.wordpress.com/2009/10/16/etats-unis-a-la-conquete-de-lest-video/

9.      Lire, par exemple, Ian Traynor, « US campaign behind the turmoil in Kiev», The Guardian, 26 novembre 2004, http://www.guardian.co.uk/world/2004/nov/26/ukraine.usa

10.  Shabab 6 April Youth Movement, http://shabab6april.wordpress.com/shabab-6-april-youth-movement-about-us-in-english/

11.  WikiLeaks, câble 10CAIRO99, http://213.251.145.96/cable/2010/01/10CAIRO99.html

12.  WikiLeaks, câble 08CAIRO2371, http://www.wikileaks.ch/cable/2008/11/08CAIRO2371.html

13.  Fanoos Encyclopedia, « Israa Abdel Fattah », http://www.fanoos.com/society/israa_abdel_fattah.html

14.  Michel Chossudovsky, « Le mouvement de protestation en Égypte: Les "dictateurs"  ne dictent pas, ils obéissent aux ordres », Mondialisation, 9 février 2011, http://dissidentvoice.org/2011/02/the-junk-bond-%E2%80%9Cteflon-guy%E2%80%9D-behind-egypt%E2%80%99s-nonviolent-revolution/

15.  Canvasopedia, http://www.canvasopedia.org/

16.  Maidhc O. Cathail, « The Junk Bond "Teflon Guy" Behind Egypt's Nonviolent Revolution », Dissident Voice, 16 février 2011, http://dissidentvoice.org/2011/02/the-junk-bond-%E2%80%9Cteflon-guy%E2%80%9D-behind-egypt%E2%80%99s-nonviolent-revolution/

17.  Tony Cartalucci, « CIA Coup-College: Recycled revolutionary “props” », Info War, 20 février 2011, http://www.infowars.com/cia-coup-college-recycled-revolutionary-props/

18.  Thierry Meyssan, « L’Albert Einstein Institution : la non violence version CIA» », Réseau Voltaire, 4 juin 2007, http://www.voltairenet.org/article15870.html

19.  Tina Rosenberg, «Revolution U », Foreign Policy, 18 février 2011, http://www.foreignpolicy.com/articles/2011/02/16/revolution_u?page=0,7

20.  Jeffrey Fleishman, « Young Egyptians mount unusual challenge to Mubarak », Los Angeles Times, 27 janvier 2011, http://articles.latimes.com/2011/jan/27/world/la-fg-egypt-youth-20110128

21.   Florian Bieber, « The Otpor Connection in Egypt », Balkan Insight, 31 janvier 2011, http://www.balkaninsight.com/en/blog/the-otpor-connection-in-egypt

22.  Shabab 6 avril Youth Movement, « Que faire si vous êtes arrêté », http://shabab6april.wordpress.com/shabab-6-april-youth-movement-about-us-in-english/v

23.  David D. Kirkpatrick et David E. Sanger, « Egyptians and Tunisians Collaborated to Shake Arab History », The New York Times, 13 février 2011, http://www.nytimes.com/2011/02/14/world/middleeast/14egypt-tunisia-protests.html

24.  AFP, « Égypte: le PDG de Google "très fier" de ce qu'a accompli Wael Ghonim », 15 février 2011, http://www.france24.com/fr/20110215-egypte-le-pdg-google-tres-fier-qua-accompli-wael-ghonim

25.  International Crisis Group, « Crisis Group Announces New Board Members », 1er juillet 2010, http://www.crisisgroup.org/en/publication-type/media-releases/2010/crisis-group-announces-new-board-members.aspx

26.  Thierry Meyssan, « La nébuleuse de l’ingérence  "démocratique" », Réseau Voltaire, 22 janvier 2004, http://www.voltairenet.org/article12196.html

27.   NED, « 2009 Annual report : Egypt », http://www.ned.org/publications/annual-reports/2009-annual-report/middle-east-and-north-africa/description-of-2009-gra-2

28.  Yves Eudes, «Des vidéos vues en direct et stockées à l’abri », Le Monde, 21 février 2011, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/02/21/des-videos-vues-en-direct-et-stockees-a-l-abri_1483057_3212.html

29.  The International Solidarity Movement, « Mohamed Adel a enfin été libéré » », http://www.ism-france.org/temoignages/Mohamed-Adel-a-ENFIN-ete-libere-article-10484

 

Ahmed Bensaada, Docteur en physique, Montréal (Canada)

Cet article a été publié le 24 février dans les colonnes du journal "Le Quotidien d'Oran"

Les analyses d'Ahmed Bensaada
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Source : Ahmed Bensaada

 

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19:02 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Ils vont essayer de sauver l'essentiel du système colonial

 
 
From: nicolas
Sent: Wednesday, February 23, 2011 8:29 PM
To: Romain
Subject: [romain : paix_socialisme_communisme] Fwd:Ils vont essayer de sauver l'essentiel du système colonial
 



Note de RoRo: très très bon article. Le camarade Collon a juste oublié de rappeler que c' est la France qui, avec les Japonais et les Ricains, a mené une des sales guerres colonialistes en INDOCHINE, jusqu'à la raclée de Dien Bien Phu, avant celle des Riçains à Saïgon...
 
 
 
 
par Jean Lévy - 
Mercredi 23 février 2011 3 23 /02 /Fév /2011 09:58

Investig'Action

Après les Latinos, les Arabes.

Et demain, les Africains ?

Pourquoi Washington et Paris ont dû reculer en Tunisie et Egypte.

Comment ils vont essayer de sauver l’essentiel du système néocolonial.

Et quel est notre rôle à tous pour que le monde se transforme vraiment.

par Michel COLLON

Longtemps, l’Empire a paru invincible. Les Etats-Unis pouvaient à leur guise et sous les prétextes les plus absurdes, violer la Charte de l’ONU, appliquer de cruels embargos, bombarder ou occuper des pays, assassiner des chefs d’Etat, provoquer des guerres civiles, financer des terroristes, organiser des coups d’Etat, armer Israël pour ses agressions…
Ils semblaient pouvoir tout se permettre, et le pessimisme dominait. Combien de fois ai-je entendu : « Ils sont trop forts, comment pourrions-nous mettre fin à ces régimes arabes corrompus et complices d’Israël ! » La réponse est venue d’en bas : les peuples sont plus forts que les tyrans.
Mais chacun sent que le combat ne s’est pas terminé en éliminant juste Ben Ali et Moubarak, il ne fait que commencer. Pour arracher de véritables changements, il faudra neutraliser ceux qui tiraient les ficelles en coulisses. D’où l’importance décisive de bien cerner les mécanismes de ce système qui produit les tyrans, les protège et au besoin les remplace. Pourquoi cet Empire s’affaiblit, et comment il va essayer de se maintenir à tout prix.

Aucun Empire n’est éternel

Aucun Empire n’est éternel. Tôt ou tard, l’arrogance des crimes provoque une résistance générale. Tôt ou tard, le coût du « maintien de l’ordre » dépasse les profits que ces guerres apportent aux multinationales. Tôt ou tard, les investissements dans le militaire font défaut aux autres secteurs qui perdent la compétition internationale.
Et les Etats-Unis n’échappent pas à la règle. Le taux de profit de leurs multinationales décroît depuis 1965, et les bulles d’endettement et de spéculation n’ont fait que reporter et aggraver le problème. Leur part dans l’économie mondiale est passée de 50% en 1945 à 30% dans les années 60, autour de 20% aujourd’hui et 10% environ dans vingt ans. Or, aucune armée ne peut être plus forte que son économie, et les USA sont donc de moins en moins en état d’être le gendarme du monde. Aujourd’hui, la planète devient « multipolaire » : un autre équilibre s’installe entre USA, Europe et Russie et surtout avec les grands pays du Sud. Particulièrement, la Chine qui a prouvé qu’être indépendant était la meilleure façon de progresser. USA et Europe ne peuvent plus imposer leurs volontés comme avant. Leur néocolonialisme pourrait mourir bientôt.
En fait, ce déclin US est de plus en plus visible depuis dix ans… En 2000, la bulle Internet explose. En 2002, le peuple vénézuélien fait échouer le coup d’Etat made in USA et Hugo Chavez entame ses grandes réformes sociales qui entraîneront toute l’Amérique latine dans la résistance. En 2003, la machine de guerre de Bush s’enlise en Irak, comme en Afghanistan. En 2006, Israël échoue au Liban et en 2009 à Gaza. Les défaites s’accumulent.

Après les Latinos, les Arabes. Et demain, les Africains ?

La merveilleuse révolte des Tunisiens et des Egyptiens a fait des miracles : on entend à présent les Etats-Unis vanter la « transition démocratique » alors que pendant des décennies, ils ont fourni aux tyrans chars, fusils-mitrailleurs et séminaires de formation à la torture ! La France pareil. Et cette révolte plonge dans l’angoisse les stratèges du Grand Empire US, du Petit Empire français et leurs protégés israéliens.
Merci, les Arabes !
Objet de cette angoisse : comment changer un peu pour ne rien changer à l’essentiel ? Comment maintenir leur domination sur le pétrole du Moyen-Orient, sur les matières premières et sur les économies en général ? Comment empêcher que l’Afrique aussi se libère ?
Mais il faut aller au fond des choses. Se réjouir des premiers pas ne peut cacher le chemin qui reste à parcourir. Ce n’est pas le seul Ben Ali qui a pillé la Tunisie, c’est toute une classe de profiteurs, tunisiens, mais surtout étrangers. Ce n’est pas le seul Moubarak qui a opprimé les Egyptiens, c’est tout un régime autour de lui. Et derrière ce régime, les Etats-Unis. L’important, ce n’est pas la marionnette, mais celui qui en tire les fils. Washington, comme Paris, cherche seulement à remplacer les marionnettes usées par d’autres plus présentables.

Pas de véritable démocratie sans justice sociale

La question que les Tunisiens, les Egyptiens et les autres souhaitent résoudre n’est pas :
« Quel ‘nouveau’ dirigeant nous fera de nouvelles promesses qu’il ne tiendra pas, avant de nous taper dessus comme avant ? » Leur question est plutôt : « Aurai-je un vrai travail avec un vrai salaire et une vie digne pour ma famille ? Ou bien aurai-je pour seule issue une barque qui ira s’échouer en Méditerranée ou dans une prison européenne pour sans-papiers ? »
L’Amérique latine vivait tout récemment encore la même pauvreté et le même désespoir. Les énormes profits du pétrole, du gaz et des autres matières premières partaient gonfler les coffres-forts d’Exxon et de Shell pendant qu’un Latino sur deux vivait sous le seuil de pauvreté, sans pouvoir payer le médecin ou une bonne école à ses enfants.
Tout a commencé à changer en 2002 quand Hugo Chavez a nationalisé le pétrole, modifié tous les contrats avec les multinationales, exigé qu’elles paient des taxes et que les profits soient partagés.
L’année suivante, 11,4 milliards arrivaient dans les caisses de l’Etat (pendant vingt ans, c’était zéro !), et celui-ci mettait en route des programmes sociaux ; soins de santé et enseignement pour tous, doublement du salaire minimum, aide aux coopératives et aux petites entreprises créatrices d’emplois.
En Bolivie, Evo a fait de même. Et l’exemple se répand. Atteindra-t-il la Méditerranée et le Moyen-Orient ? A quand un Chavez ou un Evo arabe ? Le courage de ces masses en révolte mérite une organisation et un leader, honnêtes et décidés à aller jusqu’au bout.
Une véritable démocratie politique est impossible sans la justice sociale. En fait, les deux problèmes sont étoitement liés. Car personne n’installe une dictature pour le plaisir ou par simple perversion. C’est toujours pour pour maintenir les privilèges d’une petite couche qui accapare les richesses. Les dictateurs sont les employés des multinationales.


Qui ne veut absolument pas de la démocratie ?

Face à la colère des Tunisiens, quel « homme nouveau » a proposé Washington ? Le premier ministre de l’ancien dictateur ! Face au désir de changement des Egyptiens, qui ont-ils tenté de mettre au poste ? L’ancien chef de l’armée, créature de la CIA ! On se moque des gens.
Il y a cinq ans, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Védrine, osait déclarer que les peuples arabes n’étaient pas mûrs pour la démocratie. Cette théorie reste dominante dans une élite française qui pratique plus ou moins ouvertement le racisme anti-arabe et l’islamophobie.
En réalité, c’est la France qui n’est pas mûre pour la démocratie. C’est la France qui a massacré les Tunisiens en 1937 et 1952 et les Marocains en 1945. C’est la France qui a mené une guerre longue et sanglante pour empêcher les Algériens d’exercer leur droit légitime à la souveraineté. C’est la France qui, par la bouche d’un président négationniste, refuse de reconnaître ses crimes et de payer ses dettes aux Arabes et aux Africains. C’est la France qui a protégé Ben Ali jusqu’au pied de l’avion qui l’emportait. C’est la France qui a imposé et maintient les pires tyrans dans toute l’Afrique.

L’actuel racisme antimusulman permet de faire d’une pierre deux coups. Premier coup : en Europe, on divise les travailleurs selon leur origine (un tiers des ouvriers français ou belges sont d’origine immigrée récente) et pendant qu’on fantasme sur la burqa, les patrons attaquent allègrement les salaires, les conditions de travail et les retraites de tous les travailleurs, voilés ou pas. Deuxième coup : par rapport aux pays arabes, l’islamophobie permet d’éviter les questions gênantes. Au lieu de se demander « Mais qui leur a imposé ces dictateurs ? » et de répondre : l’Europe, l’Europe d’en haut, l’Europe des multinationales, on présente les Arabes comme « pas mûrs pour la démocratie » et donc dangereux. On diabolise en inversant la victime et le coupable.
Or, voici le débat fondamental, et il dépend de nous tous qu’il soit mené ou occulté : pourquoi les Etats-Unis, la France et compagnie - qui n’ont que le mot « démocratie » à la bouche - ne veulent en réalité absolument pas d’une véritable démocratie ? Parce que si les peuples peuvent décider eux-mêmes comment utiliser leurs richesses et leur travail, alors les privilèges des corrompus et des profiteurs seront en grand danger !
Pour cacher leur refus de démocratie, les Etats-Unis et leurs alliés agitent dans les médias le « péril islamiste ». Quelle hypocrisie ! Les voit-on nous alerter et mener de grandes campagnes médiatiques sur les islamistes qui leur sont dociles comme le régime odieux d’Arabie Saoudite ? Les entend-on s’excuser d’avoir financé les islamistes de Ben Laden pour renverser un gouvernement afghan de gauche qui avait émancipé les femmes ?

Notre rôle est important

Le monde change à toute allure. Le déclin des USA ouvre de nouvelles perspectives pour la libération des peuples. De grands bouleversements s’annoncent…
Mais dans quel sens iront-ils ? Pour qu’ils soient positifs, il dépend de chacun de nous qu’une véritable information circule, que les dossiers honteux soient largement connus, que les stratégies secrètes soient démasquées. Tout ceci permettra d’instaurer un grand débat, populaire et international : de quelle économie, de quelle justice sociale les peuples ont-ils besoin ?
Or, l’information officielle sur tout ceci est une catastrophe, et ce n’est pas par hasard. Dès lors, pour que ce débat se mène dès maintenant et partout, chacun de nous a un grand rôle à jouer. Informer est la clé. Comment ? Nous y reviendrons dans un prochain texte, d’ici quelques jours…
Bruxelles, 19 février 2011
 Source :

12:20 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

22/02/2011

Qui redoute le plus la démocratie dans les pays arabes?

 
 
From: nicolas
Sent: Sunday, January 30, 2011 9:20 PM
To: Romain
Subject: [romain : paix_socialisme_communisme] Fwd: Qui redoute le plus la démocratie dans les pays arabes?
 
 


Dimanche 30 janvier 2011 7 30 /01 /Jan /2011 11:01
Dimanche 30 janvier 2011

Qui redoute le plus la démocratie dans les pays arabes ?

à part les autocrates arabes eux-mêmes

Le vice-Premier ministre israélien exprime son inquiétude face à la démocratisation du monde arabe, après la dissolution du régime tunisien.

« La chute du régime tunisien dirigé par Zine El Abidine Ben Ali peut avoir de graves répercussions », a déclaré le vice premier ministre Israélien Sylvan Shalom.



Dans un entretien accordé à la radio israélienne vendredi soir, Shalom a déclaré qu’il était issu d’une famille d’immigrants Tunisiens.

« Je crains que nous nous trouvions maintenant devant une nouvelle phase très critique dans le monde arabe. En cas d’effondrement du régime tunisien actuel, la sécurité nationale d’Israël ne sera pas affectée de manière significative dans l’immédiat », a-t-il dit.
« Mais nous pouvons cependant supposer que ces développements constituent un précédent qui pourrait se répéter dans d’autres pays, pouvant affecter directement la stabilité de notre système. »

Shalom a ajouté que "si les régimes voisins de l’État d’Israël devaient être remplacés par des systèmes démocratiques, la sécurité nationale israélienne pourrait être menacée de manière significative". Il a ajouté :
« Les nouveaux régimes défendraient ou adopteraient des lignes politiques intrinsèquement opposées à la sécurité nationale d’Israël », a-t-il dit.



                Le vice-Premier ministre a indiqué qu’Israël et "la plupart des régimes arabes ont un intérêt commun à lutter contre ce qu’il a appelé le « fondamentalisme islamique » et ses organisations « radicales » qui menacent Israël."



La menace, a-t-il ajouté, est ce qui motive en grande partie la coordination directe et indirecte en matière de renseignements entre Israël et les régimes arabes. Shalom a souligné qu’"un monde arabe démocratique ferait cesser cette actuelle allégeance, parce qu’un système démocratique serait gouverné par une population en général opposée à Israël."



Par Saleh Naami à Gaza,
journal égyptien Al Ahram (Egypte),
15 Janvier 2011,

Traduit de l’anglais par Djazaïri

 

canempechepasnicolas

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10:26 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

Afghanistan – Les massacres continuent! Horizons et débats

 
 

MASSACRES: avec et sans KHADAFI ... En AFGHANISTAN, les tueurs-massacreurs sont ricano-otano-occidentaux ... ! Et ça continue, comme en Irak, en Palestine occupée..., avec la complicité des médias du capitalisme.
RoRo
 
 
 
 
 
From: nicolas
Sent: Monday, February 21, 2011 9:18 PM
To: Romain
Subject: [romain : paix_socialisme_communisme] Afghanistan – Les massacres continuent! Horizons et débats
 
 

Horizons et débats  >  2011  >  N°7, 21 février 2011  >  Afghanistan – Les massacres continuent! [Imprimer]

Afghanistan – Les massacres continuent!

Où se trouve la conscience humanitaire de l’Occident?

par Albert A. Stahel, Institut pour les études stratégiques, Wädenswil

hd. Même si l’article d’Albert Stahel est daté de novembre dernier, il n’a malheureusement pas perdu de son actualité. , Pendant que les yeux de l’opinion publique internationale sont dirigés vers l’Egypte et la Tunisie,  la mort en silence se poursuit en Afghanistan, toujours sans considération internationale, sans indignation devant le fait que des innocents continuent à perdre leur vie dans une guerre mensongère.
En ces jours de novembre, Kaboul offre une image tranquille. Pendant que les routes sont noyées dans un chaos énorme de circulation, les acheteurs et les vendeurs effectuent leurs affaires en toute tranquillité. Des nouvelles maisons sont con­struites, qui ne contribuent malheureusement pas à l’embellissement de l’image de la ville. Le seul signe qui indique que la guerre règne toujours dans le pays, ce sont les points de contrôle avec des véhicules fortement armés de la police nationale. Ces camionnettes équipés de fusils-mitrailleurs très lourds de ca­libre 12,7 mm donnent une note menaçante à l’image des rues de la ville, car les armes de ce calibre ne sont pas appropriées contre les rassemblements de personnes.
Beaucoup plus impressionnantes sont les nouvelles des provinces du sud. Un ancien chef des Talibans venant de la province du Helmand m’a rapporté que ces derniers temps quatre de ses cinq fils ont été tués par les troupes de combat américaines et leur alliées britanniques. Sans égards pour les personnes civiles, les soldats alliés tirent avec des lance-grenades de calibre 25 mm ou 40 mm sans distinction sur des Qualas isolées – fermes afghanes fortifiées, avant tout des ­Pachtounes – et tuent aussi des enfants, des femmes et des vieillards.
Ensuite, les troupes alliées font sauter les Qualas désertes, souvent aussi des hameaux entiers. Des hameaux et des villages sont aplanis par ces actions de nettoyage ou aussi par des bombardements au moyen de bombardiers lourds américains de type B-1B ou de «warthogs» (phacochère en français), les bombardiers tristement célèbres du type A-10A des Américains. Les bombardements ont à nouveau augmenté en intensité, surtout depuis la prise de pouvoir par le général Petraeus.
Les alliés britanniques des USA ont choisi un autre procédé encore plus perfide. Elles prennent à leur service moyennant des paiements lucratifs des mercenaires afghans et engagent ces milices contre les villages pachtounes. Avec la directive de tuer, on massacre sans égard. Des anciens chefs Talibans désignent ces hordes comme talibans britanniques. En même temps des bandes armées venant d’Iran et du Pakistan sé­vissent contre la population sans défense. Des anciens chef Talibans les désignent comme talibans iraniens ou pakistanais et se distancient de ceux-ci, mais sont à leur merci sans défense.
Il est vrai que les massacres des troupes alliées continuent. Un ancien chef Taliban me fit la remarque suivante: «Les troupes étrangères veulent nous exterminer.» Les Pachtounes des provinces du sud du Helmand et de Kandahar sont désespérés face à cette tuerie. On ne peut en tout cas pas parler d’une reconstruction du pays sous l’administration d’Obama.
Dans cette vallée de misère qu’est l’Afghanistan, où se trouve la conscience humanitaire de la Suisse officielle et de l’Occident tout court?    •
Source:
www.strategische-studien.com

L’Afghanistan négocie avec Washington sur des bases militaires US permanentes

L’Afghanistan conduit avec le gouvernement à Washington des entretiens sur des bases militaires durables de l’armée américaine dans l’Hindu Kuch. Karzai déclarait mardi à Kaboul: «C’est un sujet, sur lequel nous sommes en négociations.» A travers les déclarations des représentants du gouvernement américain, on peut déceler l’intérêt de Washington d’être présent à long terme en Afghanistan avec des unités armées. La dernière décision là-dessus revient aux Afghans, est-il dit.

Source: AFP du 8/2/11

 
 

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09:04 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

17/02/2011

Les révolutions arabes et nous: tremblez, braves gens!

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Le courage des peuples ARABES:
-colonisés pendant plusieurs siècles.
-envahis depuis la première croisade
-agressés, massacrés, occupés par les ricano-otano-occidentaux en IRAK, en AFGHANISTAN et au PAKISTAN et par les sionistes en PALESTINE OCCUPEE...
-pillés pour leur pétrole
-outragés et rejetés dans toute l’ EURO-DICTATURE capitaliste, de plus en plus raciste
-asservis, affamés, réduits à l’ esclavage, dans leurs propres par leurs tyrans nationaux, complices de l’ Occident capitaliste,
ils trouvent encore le courage de se révolter, de montrer la voie de la révolution et du changement au reste du monde.
Il faut en prendre de la graine ! Bravo et solidarité !
RoRo
 
 
From: nicolas
Sent: Thursday, February 17, 2011 7:38 PM
To: Romain
Subject: [romain : paix_socialisme_communisme] Fwd: Les révolutions arabes et nous: tremblez, braves gens!
 

10 février 2011

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Dans son dernier débat sur France 2, l’animateur Yves Calvi s’inquiétait de la montée possible de l’islamisme en Egypte et Tunisie. Nous allons voir pourtant que si nous laissons de côté les passions médiatiques pour analyser de manière rationnelle les contradictions entre l’Occident et le monde arabe, ces révolutions ne constituent pas une menace mais un exemple à suivre pour nous, Occidentaux. Nous avons la possibilité de construire un monde plus juste. Pourquoi en avoir peur ?

revolutionarabe[1]
 
 
 
- Tiens chérie, tu regardes un film d’épouvante ? Ca a l’air effrayant !
- Mais non mon amour, c’est Yves Calvi qui parle des révolutions arabes dans Mots croisés.
 
 
Etonnant ! Ce lundi 07 février, l’émission Mots croisés, animée par Yves Calvi sur France 2, traitait des « révolutions arabes et nous ». Si personne n’a osé contester la légitimité des mouvements populaires qui embrasent la Tunisie, l’Egypte et d’autres pays de la région, l’animateur et certains de ses invités ont tout de même agité l’épouvantail islamiste, histoire de faire frissonner les téléspectateurs. On a ainsi évoqué la « crainte d’un scénario à l’iranienne », un « enthousiasme pour la liberté mais aussi des inquiétudes » ou bien encore « un soutien pas inconditionnel mais prudent ». Yves Calvi s’est également demandé avec beaucoup de style si la démocratie faisait « le jeu des barbus ». Mention spéciale enfin à Alain Finkielkraut qui, toujours égal à lui-même, a réussi à nous glisser « quelque chose qui irait plus dans le sens du choc des civilisations que dans le sens de l’instauration d’une démocratie visant à assurer à son peuple une vie digne et décente ».
 
Les Occidentaux doivent-ils craindre les révolutions arabes ? Le Proche, le Moyen-Orient, voir le monde, risquent-ils de plonger dans le chaos ? Des barbus fanatiques vont-ils partir, la burqa entre les dents, à l’assaut de notre Europe civilisée ? Pour répondre à ces questions, il faudrait commencer par analyser les contradictions profondes entre l’Occident et le monde arabe. Comme nous allons le voir, elles ne relèvent en rien d’un passionnel choc des civilisations, mais d’un système basé sur la recherche du profit maximum qui a conduit l’Occident à piller et oppresser les peuples arabes. Evidemment, Calvi et ses invités se gardent bien d’analyser ces mécanismes mais préfèrent extrapoler sur des peurs irrationnelles. C’est bon pour l’audimat. Ca permet aussi de continuer à asservir les sauvages et les barbus sans se remettre en question.


 
Le scénario à l’iranienne
 
A plusieurs reprises, la possibilité d’un scénario à l’iranienne a été évoquée durant l’émission. Et toujours en sous-entendant qu’il s’agissait de la pire issue possible pour la révolution égyptienne. C’est la magie du débat démocratique à la télévision : pas besoin de dire que l’Iran est le mal incarné, tout le monde le sait. Le débat peut ainsi se dérouler dans un périmètre implicitement convenu et acceptable.
 
Mais pourquoi un scénario à l’iranienne serait-il la pire des choses ? L’Iran est-il un pays dangereux ? A-t-il déjà attaqué un pays où qu’il soit dans le monde ? Jamais. En réalité, Yves Calvi pourrait plutôt demander si les Etats-Unis sont un pays dangereux. La réponse serait oui et non. Oui car l’Oncle Sam a mené plus d’offensives militaires que n’importe quel autre Etat de la planète.
Statistiquement, il y a donc plus de risques d’être attaqué un jour par les Etats-Unis que par l’Iran. Mais non, l’Oncle Sam n’est pas vraiment dangereux car depuis la Seconde Guerre mondiale, il n’a remporté aucun conflit armé si ce n’est l’invasion de la Grenade en 1983.
 
Comment expliquer alors cette diabolisation de l’Iran ? Peut-être parce que c’est une dictature islamique et que son président Ahmadinejad est un farouche antisémite. Le problème, c’est que tout cela est faux.
 
Tout d’abord, l’Iran est-il une dictature ? Evidemment, dans le périmètre convenu du débat télévisé, tout le monde est d’accord pour dire qu’Ahmadinejad a truqué les dernières élections. Mais une analyse un peu sérieuse de la situation en Iran et des sondages réalisés par un think tank de la famille Rockefeller (que l’on peut difficilement taxer de supporter inconditionnel d’Ahmadinejad) remettent en cause cette vérité acquise. Même si l’Etat islamique n’est pas un havre de libertés pour ses citoyens, il n’est pas l’horrible dictature qu’on essaie de nous faire croire.
 
L’Iran est-il néanmoins un bastion de l’antisémitisme ? N’importe qui peut se rendre dans ce pays du Moyen-Orient et discuter avec des membres de l’importante communauté juive qui y vit pour voir que cette affirmation est fausse. La communauté juive dispose même de représentants au parlement. En matière de dictature antisémite, on peut faire mieux. Le tout est de ne pas confondre l’opposition à la politique du gouvernement israélien avec la haine des juifs.
 
Reste que l’Iran est un Etat islamique. Mais s’agit-il vraiment d’un problème pour les Occidentaux ? Le royaume d’Arabie Saoudite est aussi un Etat islamique mais cela n’a jamais vraiment contrarié l’Occident. Au contraire, les Etats-Unis ont annoncé il y a quelques mois vouloir conclure avec ce pays une vente d’armes record se chiffrant à soixante milliards de dollars. Si l’islamisme représentait un réel danger pour l’Occident, l’administration de Barack Obama, prix Nobel de la paix, chercherait-elle à vendre aux Saoudiens des avions F-15 et des hélicoptères de combat pour un montant capable d’éradiquer la faim dans le monde ?
 
Notons également qu’en matière de dictature et d’antisémitisme, l’Iran n’a pas de leçons à recevoir de l’Arabie Saoudite : ce royaume féodal, anachronique, est régi par un système de monarchie absolue ; la famille royale monopolise les richesses du pays ; les manifestations y sont formellement interdites ; et les juifs n’ont pas le droit d’y exercer leur culte.
 
S’il voulait vraiment nous faire peur, Yves Calvi aurait donc évoqué un scénario à la saoudienne. Mais le fait est que les questions de la démocratie, de l’antisémitisme et de l’islamisme ne constituent pas vraiment le cœur du problème. Si l’Iran est le diable, c’est parce qu’il mène une politique indépendante des puissances occidentales. Et si on ne parle jamais de l’Arabie Saoudite, c’est parce que ce pays est un allié privilégié de Washington.

 

Les raisons de la colère
 
Nous touchons donc le cœur du problème. Si des gouvernements démocratiques devaient émerger dans le monde arabe, représentant réellement les aspirations des peuples, nous, Occidentaux, pourrions craindre en effet que ces gouvernements manifestent un certain ressentiment à notre égard. Pas parce que nous aurions en face de nous des fanatiques religieux, mais au contraire, des gens lucides qui pourraient nous en vouloir d’avoir imposé pendant des années des dictateurs violents et corrompus.
Par conséquent, si les Occidentaux veulent construire des relations justes et pacifiques avec le monde arabe, il ne faut pas attendre de ce dernier qu’il accepte d’avantage les dictateurs que nous lui choisissons. Il faut attaquer le problème à la racine, chez nous, en nous posant déjà la question : pourquoi devons-nous imposer des dictatures au Tiers-Monde pour défendre nos intérêts ?
 
La réponse se trouve dans note système économique basé sur la course au profit maximum. En effet, dans le capitalisme libéral, les compagnies sont soumises à une concurrence sans merci. Dans cet univers impitoyable, il faut pouvoir réaliser un maximum de bénéfices pour ne pas être éliminé ou absorbé par les concurrents. C’est le sort réservé aux plus faibles qui disparaissent au profit de la formation de monopoles ou d’oligopoles. Ces mastodontes économiques détiennent réellement le pouvoir dans nos sociétés et se livrent à une compétition acharnée à l’échelle de la planète. Dans cette lutte sans merci, les grandes puissances capitalistes ont besoin pour leurs multinationales d’avoir un accès facile aux matières premières, d’exploiter une main d’œuvre bon marché, de trouver des débouchés pour les capitaux qu’elles accumulent et finalement, de contrôler les zones stratégiques pour le développement du commerce.
 
La domination des pays du Tiers-Monde a toujours permis aux puissances occidentales de rencontrer ces objectifs. C’est pourquoi elles sont hier parties coloniser les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine. Et c’est pourquoi aujourd’hui, elles continuent d’asservir ces pays sous une forme moins crue mais tout aussi détestable, grâce notamment aux préceptes fumeux de la Sainte Trinité néolibérale : Banque Mondiale, FMI et OMC. Amen, l’Occident civilisé règne en maître.
 
Oui mais le problème, c’est que les sauvages et les barbus ne sont pas toujours disposés à nous laisser profiter pour trois fois rien de leur pétrole, de leurs minerais, de leur gaz ou de n’importe quelle autre chose avec laquelle nous pouvons faire de l’argent. Certains rechignent même à travailler dans des conditions exécrables pour deux dollars par jour et viennent encore se plaindre quand ils trouvent les produits que nous leur vendons trop chers.
C’est là que les dictateurs entrent en scène ! Logiquement, un gouvernement démocratique, représentant les intérêts de sa population, n’accepterait pas que des multinationales pillent les richesses de son pays et asservissent ses citoyens. Il a donc fallu placer à la tête de ces pays du Tiers-Monde des dirigeants corrompus, prêts à laisser nos multinationales se servir librement, pourvu que la patte soit graissée. Pour maintenir ce système en place et empêcher toute forme de contestation, les puissances occidentales ont financé l’appareil répressif des dictateurs. On comprend mieux maintenant pourquoi Michèle Alliot-Marie a proposé son soutien à Ben Ali lorsqu’il faisait tirer sur la foule.
 
Si vous avez du mal à croire à tout cela, observez un peu ce qui s’est passé ces dernières années. Les Etats-Unis et l’Europe ont remplacé Lumumba par Mobutu en Afrique, Allende par Pinochet en Amérique Latine, Mossadegh par le shah Mohamed Reza au Moyen-Orient. La liste est longue, mais ce n’est pas tout.

 

Des guerres économiques

Parfois, les puissances occidentales n’arrivent pas à placer tranquillement une marionnette à la tête d’un pays. Ou alors, le cheval sur lequel elles avaient misé décide de ne plus suivre les règles du jeu. Dans ces cas-là, l’Occident n’hésite pas à faire parler la poudre à canon. Les Etats-Unis sont des spécialistes en la matière. Leur économie reposant en grande partie sur le complexe militaro-industriel, faire la guerre est une activité très lucrative.
 
Washington a ainsi attaqué l’Irak en 2003 pour faire main basse sur son pétrole. Evidemment, le motif de cette guerre n’était pas avouable. Colin Powell a donc d’abord agité une petite fiole dans une conférence de presse, prétendant détenir la preuve irréfutable que Saddam Hussein disposait d’armes de destructions massives. Ensuite, quand le pot aux roses a été découvert, Washington a prétendu que le président irakien était connecté au réseau terroriste d’Al-Qaïda. Des personnes ayant quelques connaissances du monde arabe ont alors attiré l’attention des dirigeants US sur le fait que ce prétexte ne tenait pas la route lui non plus. Finalement, Georges W. Bush a pris une grande inspiration, posé son regard sur l’horizon et déclaré que les Etats-Unis attaquait l’Irak pour apporter la démocratie au peuple irakien. C’était l’argument imparable qui a permis à Bush d’envoyer de nombreux jeunes gens se faire tuer sur le front. La vérité, c’est que toutes les guerres sont économiques.
 
En effet, si Bush se souciait vraiment de la démocratie dans le monde, il ne lui était pas nécessaire de courir aussi loin qu’en Irak. Porter un peu d’attention aux paramilitaires colombiens qui assassinent des syndicalistes et des militants des droits de l’homme à quelque pas de chez lui aurait suffi. Si c’était déjà trop, il aurait pu au moins s’abstenir d’appuyer un coup d’Etat contre Manuel Zelaya, président démocratiquement élu du Honduras.
 
Le fait est que la démocratie n’a rien à voir dans tout ça et que pour les multinationales US, il était plus lucratif d’attaquer l’Irak qu’un pays économiquement soumis comme la Colombie. Tant pis pour les victimes des bombes au phosphore blanc interdites par les conventions internationales. Tant pis pour les personnes privées d’eau et d’électricité. Tant pis pour les cinq millions d’orphelins recensés en Irak en 2008. Les multinationales doivent faire du profit, et elles n’aiment pas qu’on leur résiste.
 
Autre guerre économique : l’Afghanistan. Officiellement, les Etats-Unis sont partis renverser le régime des Talibans parce qu’il soutenait Ben Laden. En réalité, le gouvernement afghan a proposé au lendemain du 11 septembre de faire juger l’ennemi public numéro 1 par un tribunal islamique, sur base des preuves que lui fournirait l’administration Bush. Evidemment, la démarche faisait couler le véritable objectif des Etats-Unis : se débarrasser d’un régime qu’ils avaient eux-mêmes porté au pouvoir quelques années auparavant mais qui refusait de laisser la compagnie texane Unocal développer un projet de pipeline dans le pays. Quand la marionnette n’obéit plus, les missiles pleuvent.

 

Notre révolution
 
Au regard de l’Histoire, de ces coups d’Etats que nous avons fomentés, de ces dictateurs que nous avons imposés et de ces bombes que nous avons larguées, nous devrions donc comprendre que les citoyens du monde arabe puissent nous en vouloir un petit peu !
 
Nous ne devons cependant pas craindre de voir la démocratie émerger en Tunisie, en Egypte ou dans d’autres pays de la région. D’abord parce que l’épouvantail islamiste qu’agite Yves Calvi est le produit-même de la dictature et de l’oppression qu’ont subies les populations musulmanes. Ensuite, parce que les contradictions profondes qui pourraient opposer l’Occident au monde arabe dépendent essentiellement d’un système d’exploitation que nous, Occidentaux, avons mis sur pied pour accaparer les richesses du Tiers-Monde. La pomme de la discorde a poussé dans notre jardin, à nous donc d’attaquer le problème à la racine.
 
Il ne faut pas voir les révolutions arabes comme une menace pour nos valeurs occidentales, mais au contraire, comme des opportunités pour construire des relations plus justes, basées sur le respect mutuel. Les révolutions arabes ne doivent pas nous inquiéter, elles doivent nous inspirer. Lorsque nous aurons décidé d’en découdre avec ce système basé sur la course au profit maximum, des relations justes et équitables pourront s’établir.
 
Invité sur le plateau de Mots Croisés ce lundi 07 février, Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, faisait profil bas devant la volonté farouche des peuples d’Egypte et de Tunisie d’en finir avec la dictature. Pourtant, ce sémillant « droits-de-l’hommiste » déclarait il y a cinq ans que les peuples du Sud n’étaient pas assez mûrs pour la démocratie. C’est faux et les peuples arabes nous l’ont assez prouvé ces derniers jours en risquant leur vie pour en finir avec la dictature. En réalité, c’est l’Occident et ses multinationales qui ne sont pas prêts à accepter la démocratie dans le monde arabe. Et l’Occident ne le sera pas tant qu’il n’aura pas entamé sa propre révolution démocratique, tant qu’il n’aura pas renversé ce système qui chaque jour creuse un peu plus le fossé entre les riches et les pauvres, oppresse les peuples et détruit la planète. D’ici là, vous pouvez compter sur Yves Calvi pour vous faire frissonner tard le soir.
 
 
 


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21:12 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

11/02/2011

Le Bulletin du Courrier des Balkans N°788: Kosovo : dans l’horre ur des camps del’UÇK

 
 
 
Note de RoRo:
 
Il va bientôt y avoir 12 ans que les ricano-otano-occidentaux déclenchaient leur lâche guerre d’ agression impérialiste contre la SERBIE en violation de toutes les conventions internationales pour voler au secours des terroristes de l’Uck et “du peuple kosovar”, victime d’un prétendu génocide.
12 ans après, certaines vérités éclatent au grand jour sur l’ Uck et son meneur Taci. La vérité finit toujours par triompher ...
A l’époque le Secrétaire général de l’Otan, qui a obéï aux ordres des maîtres ricains, était le “socialiste” espagnol Xavier Solana, toujours en poste aujourd’hui au sein de l’ Euro-dictature capitaliste où il est indéboulonnable  ...
Voir et cela ne vient pas uniquement “des amis nostalgiques de Milosevic” :
 

Kosovo : dans l’horreur des camps de l’UÇK

Traduit par Belgzim Kamberi
 
Publié dans la presse : 17 janvier 2011
Mise en ligne : lundi 7 février 2011
Le procès de Sabit Geci et Riza Alijaj, deux anciens commandants de l’UÇK, va s’ouvrir le 28 février. Également cités dans le rapport Marty sur le trafic d’organes, les deux hommes sont accusés d’avoir dirigé les camps de Kükes et Cahan, dans le nord de l’Albanie, où des « collaborateurs » supposés du régime serbe et des sympathisants de la LDK ont été détenus et torturés durant la guerre. Koha Ditore publie des témoignages accablants.

Par Vehbi Kajtazi

Lagarele-folosite-de-UCK-in-Albania-Dick-Marty-Report-on-KLA-killings-in-Kosovo

 

Localisation des camps de l’UÇK dans le rapport Marty

 

Trois enquêtes menées en Albanie sur les crimes présumés de l’UÇK tendent à confirmer le soupçon que des forfaits majeurs ont été commis dans deux camps situés dans le Nord du pays. Rappelons que les premières enquêtes effectuées par les enquêteurs de La Haye en 2003, puis -par la Minuk un an plus tard, ont été poursuivies par la mission Eulex en 2009. Ces enquêtes ont débouché sur la mise en accusation pour crime de guerre contre la population civile de deux anciens commandants de l’UÇK, Sabit Geci et Riza Alijaj. Ils doivent répondre des crimes commis dans les camps de Cahan et de Kukës, dans le nord de l’Albanie, et leur procès doit s’ouvrir le 28 février.

Ces deux anciens commandants sont aussi mentionnés dans le rapport du député suisse Dick Marty. Cependant, l’Eulex confirme que ses enquêtes n’ont pas apporté de preuves au sujet de la fameuse « Maison jaune », où des civils serbes auraient été détenus avant que leurs reins ne soient prélevés et vendus. La porte-parole de la mission Eulex, Kristina Herodes, a de nouveau souligné le manque de preuves pour les crimes commis dans la « Maison jaune », sans vouloir préciser si l’acte d’accusation contre Sabit Geci était le résultat de ces enquêtes. « Les enquêteurs d’Eulex ont enquêté dans la ’Maison jaune’ mais, jusqu’à présent, nous n’avons pas trouvé de preuves qui confirmeraient le prélèvement d’organes dans cet endroit. Si d’autres genres d’activités répréhensibles ont eu lieu dans la ‘Maison jaune’, nous n’avons pas encore de preuves à ce stade de l’enquête », a-t-elle déclaré. Elle a confirmé que le Parquet avait trouvé des éléments sur les crimes commis dans deux camps de l’UÇK, à Kukës et Cahan, ce qui a permis de dresser un acte d’accusation contre Sabit Geci et Riza Alijaj.

Deux anciens commandants de l’UÇK accusés de crimes de guerre

« Le 24 novembre 2010, un juge d’e l’Eulex auprès de la Cour de District de Mitrovica a confirmé l’acte d’accusation contre Sabit Geci et Riza Alijaj pour crimes de guerre pendant le conflit en 1999. L’acte d’accusation a été établi par le Parquet Spécial du Kosovo le 6 août 2010 », a confirmé Kristina Herodes. Les deux anciens commandants de l’UÇK sont accusés par le Procureur américain Robert Dean d’avoir commis des crimes de guerre dans deux camps situés à Kukës et Cahan, dans le nord de l’Albanie. Ces camps étaient utilisés par l’UÇK pour la logistique et les entrainements mais, selon l’acte d’accusation, ils auraient également servi de lieux de détention de personnes civiles.

Sabit Geci a été arrêté en mai 2010 et Riza Alija en juin. Selon l’acte d’accusation, les deux hommes sont soupçonnés « d’être impliqués de façon directe dans les mauvais traitements infligés à des personnes retenues dans ces camps », de fin mars ou début avril 1999 jusqu’en juin. Les deux accusés auraient emprisonné des Kosovars qui fuyaient le conflit et qui était soupçonnés d’avoir collaboré avec le régime serbe, ou bien qui défendaient « des points de vues politiques différents de ceux de l’UÇK ».

« Les civils étaient régulièrement battus avec des matraques en caoutchouc ou en bois, ils étaient maltraités et humiliés », précise l’acte d’accusation. Les deux anciens commandants auraient contraint les personnes détenus à avoir entre eux des relations sexuelles non consenties. « Ils ont été gardés dans des endroits insalubres et dans de mauvaises conditions sanitaires. Ils étaient privés de nourriture, d’eau et de traitement médical », poursuit l’acte d’accusation, qui révèle un incident survenu à Kukës : deux prisonniers ont reçu l’ordre de passer des gilets pare-balles, avant d’être soumis à des tirs. Le procureur évoque cet « exercice » comme une forme de torture.

Une enquête à charge selon la défense

Mahmut Halimi, l’avocat de Sabit Geci, estime néanmoins que les accusations formulées contre son client et Riza Alijajt sont le produit d’une longue enquête regroupée dernièrement dans le rapport du suisse, Dick Marty. « Ce qui est lié de façon directe avec le rapport de Dick Marty, c’est que dans ce dossier il y a des preuves matérielles suffisantes, qui attestent que le Tribunal de la Haye et les enquêteurs de la Minuk et de l’Eulex ont entamé des enquêtes détaillées selon l’hypothèse de l’époque qu’il existait une ‘Maison jaune’, un endroit approprié pour des transplantations d’organes, où des citoyens serbes auraient été transférés du Kosovo en Albanie et que là, ils auraient été exécutés et leurs organes prélevés, dit-il. Selon lui, tout ce travail sur le trafic d’organes a suscité le soupçon que certains citoyens albanais auraient été arrêtés et emprisonnés dans différentes régions d’Albanie, soupçonnés d ’avoir collaboré avec le régime serbe.

« Un d’entre eux serait mort à Kukës, comme le mentionne l’acte d’accusation. Mais ce qui est très contradictoire, c’est qu’il existerait des preuves matérielles concrètes qu’on ne peut révéler sans la permission du procureur ou du juge et qui révèle qu’à l’origine de cette enquête il n’y avait que ces soupçons à propos d’un soi-disant trafic d’organes », a déclaré l’avocat de Geci, avant d’ajouter : « Tout de suite après, le porte-parole du procureur général pour les crimes de guerres de Serbie a déclaré que l’arrestation de M.Geci était le résultat du travail des enquêteurs de Serbie ».

Vingt témoignages accablants------------------------------------

Le procureur de l’Eulex, Robert Dean, prétend que les enquêteurs ont recueilli les témoignages de 20 personnes qui aurait été victimes de traumatismes physiques et psychiques liés à leurs conditions de détention et aux actes de barbarie dont ils ont été victimes. L’identité des témoins est tenue secrète - leurs noms sont codés - dans une annexe confidentielle de l’acte d’accusation. Mais leurs témoignages est confirmé par le rapport. Plusieurs d’entre eux prétendent avoir vu d’anciens dirigeants de l’UÇK à Kukës, à la tête desquels se trouvait Hashim Thaçi, ce que mentionne aussi le rapport de Dick Marty.

L’un des témoins, un Albanais du Kosovo emprisonné un temps par l’UÇK à cause de sa collaboration présumée avec le régime serbe, prétend que durant sa détention dans un camp de Kukës, il a vu Hashim Thaçi, Jakup Krasniqi, Fatmir Limaj, Agim Çeku, Kadri Veseli, Azem Syla, Sabit Geci, Milaim Zeka, Bedri Halimi, Xhemshit Krasniqi, etc. Certaines personnes évoquées ont démenti ces propos, les qualifiant de purs mensonges.

Dans un témoignage pour le Tribunal de la Haye en 2003 et plus tard pour les enquêteurs de la Minuk et aussi de l’Eulex, ce témoin qui devrait être protégé lors du procès contre Sabit Geci et Riza Alijaj a prouvé qu’en juin 1999, une vingtaine d’Albanais et quelques Rroms ont été détenus dans un camp de l’UÇK, dans des conditions inhumaines. Des preuves de l’existence de camps en Albanie ont été également données par d’autres témoins, qui évoquent la violence dont ils auraient été victimes dans ces camps.

« Nous étions à l’intérieur et je ne peux pas dire combien de personne l’ont battu. On pouvait entendre les cris de ‘X’. Et puis, nous avons entendu un tir et quand ils l’ont amené dans la chambre, il était blessé au genou droit. Il était tout ensanglanté. Il a dit que c’était Liman Geci qui lui avait tiré dessus », raconte ce témoin.

« Samedi, vers 2h30 du matin, ‘X’ est mort. Xhemshit Krasniqi a alors arrêté de nous battre. Deux gardes sont venus nous apporter des couvertures et personne ne nous a plus frappé jusqu’à ce qu’on nous amènent à Prizren », a-t-il poursuivi. Il dit se rappeler des noms de certains commandants qu’il a vu à Kukës, toujours les ancien dirigeants de l’UÇK. « Il y avait Sabit Geci avec des béquilles, Milaim Zeka d’Obri, Kadri Veseli de Likoc, Azem Syla de Kishnareka, Jakup Krasniqi, Fatmir Limaj, Bedri Halimi. Bedri Halimi s’est bien comporté avec moi : il m’a rendu l’argent que m’avait confisqué Agim Çeku et Xhemshit Krasniqi », précise l’homme. Il affirme qu’à l’époque, il avait été interrogé et violenté par Fatmir Limaj, qui se présentait comme membre du SHIK. « Fatmir Limaj m’a questionné une fois. Sabit Geci, Kadri Veseli étaient aussi là et une personne à moustache qui ne faisait qu’écrire. »

« Ils portaient des uniformes de l’UÇK »

C’est sur la base de ce témoignage et ceux d’autres personnes qui prétendent avoir été détenues dans un camp à Kukës et Cahan, dans le Nord de l’Albanie que les deux anciens commandants de l’UÇK sont en détention provisoire pour crime de guerre contre la population civile. Xhemshit Krasniqi, un ancien soldat, est lui toujours recherché.

Un autre témoin, « X », affirme qu’un de ces fils a été tué pendant la guerre et d’autres membres de sa famille auraient été déportés en Albanie. Lui serait venu d’Allemagne apporter de l’argent et des vêtements à sa famille restée au Kosovo, mais il aurait été kidnappé par l’UÇK à Durrës. « Quand ils m’ont emmené à Kukës, ils m’ont mis dans une pièce au 2e étage. Dans la chambre de Xhemshit Krasniqi et Bedri Halimi. Il y avait une cuisine et une salle pour les soldats avec une petite table et où une personne préparait du café pour les commandants. »

“Ils ont amené ‘Z’ dans cette pièce. Ceux qui l’emmenaient portaient des uniformes de la Police militaire de l’UÇK. Je pensais qu’il s’agissait de policiers venus pour me condamner. ils sont partis avec ‘Z’ pendant une trentaine de minutes. Et puis, Ils m’ont emmené dans une pièce. Dans un couloir, j’ai vu deux frères catholiques. À l’intérieur de la pièce, j’ai vu ‘Z’ assis sur une chaise et couvert de sang. Malgré ma présence, ils ont continué de le frapper avec des bâtons, parce qu’il avait travaillé pour la police serbe. Ils lui mettaient du sel sur ses plaies et dans les yeux », témoigne-t-il.

Ensuite, ils ont commencé à battre « E » plus brutalement, poursuit-il. « Ils l’insultaient. Ils lui disaient que sa mère avait des liens avec Arkan. Après, ils ont emmené ‘S’, qui avait travaillé dans le café des frères ‘B’. Ils voulaient qu’elle dise que les frères ‘B’ collaboraient avec les Serbes. Comme elle le niait, ils l’ont frappée très brutalement. Après en avoir battu encore un autre, ce fut mon tour. » Il explique qu’on lui a d’abord fait enlever ses chaussures, puis mis les pieds nus dans de l’eau glacée. « X »affirme que le chauffeur de Sabit Geci, dont le nom de famille est Haziraj de Llausha, avait sorti un couteau en lui ouvrant sa chemise en menaçant de lui graver une croix sur le torse. Il ne serait pas passé à l’acte, mais l’aurait quand même tapé.

« Il a été aidé par Pjetër Shala, dit ‘Ujku’ (Le loup). Ils ont utilisé un bâton métallique extensible. Ils m’ont frappé dans le haut du corps, mais pas sur la tête. Xhemshit Krasniqi m’a frappé le nez avec un bâton en caoutchouc. Je me suis évanoui. Ils m’ont alors jeté des seaux d’eau sur le visage. Je suis revenu à moi, j’ai vu dans la pièce Sabit Geci. Il était en uniforme. Il semblait blessé et marchait avec des béquilles. Je suis resté neuf jours dans cette pièce. » Il précise qu’un jeune de Peja était responsable de sa chambre. Chaque matin, il venait dans la chambre et mettait les prisonniers face au mur avant de les frapper tous. « Quatre soldats des FARK (les Forces armées de la République du Kosovo le mouvement de guérilla lié à Ibrahim Rugova concurrent de l’UCK, NdT). ont aussi été battus par Sabit Geci et Agron Krasniqi. Ils ont été libérés le lendemain » assure-t-il, ajoutant que Bedri Halimi était le « juge ».

Il explique qu’il a été enlevé à Durrës. En plus de son propre argent, il avait aussi environ 7.000 marks donnés par ses amis. Dès que le bateau est arrivé, une personne s’est approchée pour lui demander son passeport. « Cette personne, un chauve, ne portait pas d’uniforme et ne s’est pas présentée. Nous avons marché environ deux kilomètres depuis le port. On m’a alors emmené dans une maison. Là, Haki Drenica m’a parlé des fonds de l’UÇK, m’a questionné sur ma contribution et mon approche de la guerre. Il a dit au chauve de me prendre, mais de ne pas m’envoyer dans la pièce N°3. Je suis resté là du lundi jusqu’au jeudi, 5h du matin », énonce-t-il, soulignant que le chauve s’est bien comporté avec lui.

« J’ai demandé à voir ma famille à Tirana. Ils m’ont dit que j’irai plus tard, que je devais les suivre pour un petit entretien et donner 500 marks parce que je n’avais pas payé le fond de l’UÇK. Agim Çeku est alors venu avec un garde du corps - chauffeur. Ils ont mis mon pull sur la tête, m’ont pris par le bras et m’ont fait monter dans la voiture. On est allé à Laç. Nous sommes arrivés à Kukës après minuit. Là-bas, nous avons été mis dans un dépôt d’uniformes, on m’a passé les menottes et le garde m’a offert des cigarettes », affirme-t-il. Agim Çeku lui avait pris son argent précise-t-il. « Toutes les personnes qui étaient avec moi n’avaient pas d’uniformes. Je n’ai plus revu Agim Çeku. »

« Ce sera toi ou ton frère qui vivra, mais vous ne pouvez pas vivre tous les deux »

L’autre témoin, « E », qui prétend avoir été kidnappé et battu par l’UÇK a déposé au moins trois fois. « On m’a demandé de frapper une personne de Gjakovë qu’ils étaient en train de battre. On m’a tendu un bâton. On me disait : ‘il vient de Serbie’. Je ne l’ai pas frappé, mais eux, ils l’ont battu jusqu’à ce qu’il se soit évanoui deux, trois fois. Il saignait et ils lui ont mis des bandages. À 6h30. ils ont amené mon frère dans la pièce. Il avait été torturé. On ne pouvait même pas parler. On était fatigués. Le lendemain, on m’a pris de nouveau, moi, mon frère et ‘S’, et les mêmes nous ont battus : Sabit, Xhemshit, Pjetër et des personnes connues. Ils nous ont torturé toute la nuit de 21h jusqu’à 3h, et puis ils nous ont ramené dans notre chambre », raconte « E ».

« Après nous avoir battus, Xhemshit a ordonné de nous mettre les gilets pare-balles. Bedri m’a tiré dessus et Xhemshit sur mon frère. J’étais le premier, ils ont tiré sur moi, ensuite ils m’ont à nouveau frappé et puis m’ont renvoyé dans ma chambre. J’ai pu voir à travers la porte qui était fissurée qu’ils prenaient mon frère et qu’ils lui ont aussi tiré dessus. Il a hurlé et je ne l’ai plus entendu. Je pensais qu’il était mort, vu comment ils le traînaient et l’emmenaient dans sa chambre. Le lendemain, j’ai vu qu’il était encore vivant. Xhemshit est revenu le soir et il m’a dit : « Ce sera toi ou ton frère qui vivra, mais vous ne pouvez pas vivre tous les deux. Le lendemain, ils sont venus dans la chambre et nous ont lourdement torturé. Bedri, Enver Hoxha, Sabit Geci, Xhemshit Krasniqi, et d’autres que je ne connaissais pas », poursuit « E ».

« Ils nous ont dit que si on reconnaissait qu’on avait tué des personnes, on serait libérés. Je n’ai pas accepté. Ils ont alors recommencé à nous torturer jusqu’à 4h du matin.J’ai été blessé aux jambes par Bedri. Mon frère, lui, s’est fait tirer dessus par Xhemshit avec une arme automatique. Il est mort dans la journée des suites de ses blessures », affirme cet ancien prisonnier. C’est le 5 juin 1999 que son frère est mort, jure-t-il.

« Dans le camp de Kükes, j’ai vu Hashim Thaçi et Jakup Krasniqi »

Un autre témoin, codé « I », décrit sa détention du jour de son enlèvement à Prizren le 11 avril 1999 jusqu’à celui de sa libération. « Ils nous ont menottés, mon frère et moi. ‘S’ aussi fut arrêté. Ils nous ont transportés avec une ‘Audi’ neuve, de couleur noire. Mon père est venu avec nous jusqu’à Vermica. Là, ils nous ont retiré les menottes et on a continué. Notre père est rentré avec eux », dit-il, ajoutant qu’ils avaient été emmenés dans une base située à Kukës.

« On a été envoyés dans une pièce où se trouvaient d’autres personnes arrêtées : un professeur de Prizren, trois Rroms musiciens de Prizren, trois autres de Malisheva, deux frères et un cousin à eux. L’un des frères avait dix à quinze plaies causées par des coups de couteau. L’autre frère avait été blessé à la taille par une arme blanche tandis que leur cousin avait été battu et emmené dans une autre chambre », explique-t-il. « On m’a gardé dans la même pièce tout le temps. Le nombre de prisonniers était de 7 à 12. Pendant ma détention, on me battait et on me torturait chaque soir de 20h à 6h pour me faire avouer le meurtre du commandant Petrit Palushi. »

Il affirme avoir été torturé par Xhemshit Krasniqi, Pjetër Shala et Sabit Geci, qu’il qualifie de commandant de la police et des services secrets. « C’était le dieu de tous les Albanais pendant la guerre ». « La première fois que j’ai été battu, ils m’avaient appelé dans un bureau du bâtiment du camp avec ‘A’ et ‘S’. Sabit Geci m’a donné un bâton pour que je frappe un prisonnier qui était là. J’ai refusé. Il a été battu à mort puis ils l’ont ramené dans la chambre où nous étions après qu’un médecin lui eut fait une piqûre. Là, il y avait aussi Osman Kryeziu, qui est maintenant procureur à Pristina. Ils nous ont remis de nouveau les menottes. » Il déclare aussi que dans le camp de Kukës, il a vu Hashim Thaçi et Jakup Krasniqi. L’actuel Premier ministre actuel aurait été en tenue civile, mais faisait face à des soldats en uniformes.

« J’ai été amené dans un bunker pour être exécuté »

Un autre homme relate son expérience. Il raconte qu’il était le chef de son village pendant la guerre en 1999. Après l’expulsion du village, il était parti pour Kukës le 13 mai, quand quatre personnes l’auraient enlevé. L’un deux, en uniforme, se serait présenté comme Xhemshit Krasniqi. « Après m’avoir emmené, ils m’ont accusé d’être le principal responsable de l’expulsion des gens du village. J’ai été questionné par une autre personne et par Xhemshit. Après, ils m’ont mis dans une pièce où il y avait aussi une autre personne. C’est là que se trouvait aussi le bâtiment du camp, qui auparavant était une le siège d’une entreprise. » Le lendemain, il raconte qu’on l’a laissé sortir pour décharger un camion de produits alimentaires. Il dit avoir été questionné à 34 reprises par les membres de l’UÇK.

Sabit Geci serait venu dans le camp avec deux soldats pour le rencontrer, à la suite de cette série d’entretien. « Il (Sabit Geci) est venu directement vers moi. Il marchait avec des béquilles et portait un fusil en bandoulière. Il il m’a dit : ‘tu es un sage’. Il semble qu’il avait trouvé les informations sur moi. C’est la seule fois que j’ai vu Sabit Geci. Par contre, j’ai vu Xhemshit Krasniqi tout le temps », assure-t-il.

« D », autre témoin, a été policier de 1968 à 1997. Il raconte que l’UÇK lui a pris son arme en 1998. « Le 18 avril 1999, mon fils, moi et le propriétaire de la maison où nous étions, sommes sortis nous promener. Nous avons croisé quatre individus en uniforme noir. Ils ont sorti leurs fusils et hurlé : ‘Police Militaire de l’UÇK, rendez-vous’. « Mon fils a reconnu l’un d’entre eux et crié : ‘Bashkim Lama. Te rappelles-tu que mon père t’a sauvé quand tu as été arrêté par les Serbes ?’. Ledit Bashkim lui a répondu : ‘Fais ce qu’on te dit, sinon on te tue aussi. Maintenant, c’est une autre période, maintenant c’est notre nation qui est en cause’. ».

« Ils m’ont kidnappé et le propriétaire de la maison n’a rien pu faire. Je suis monté dans la voiture sinon ils m’auraient tué. Ils m’ont emmené jusqu’à Ramallak, où j’ai compris que c’était un endroit que l’UÇK utilisait comme prison pour les personnes kidnappées. Bashkim m’a couvert le visage avec ma chemise et j’ai été amené dans un bunker pour être exécuté. Après m’avoir menacé, ils m’ont finalement dit que le commandant voulait parler avec moi », poursuit-il. « D » affirme qu’il a été accusé d’avoir tué 110 personnes, d’avoir violé et massacré 50 femmes, ce qu’il a nié. « Ils m’ont torturé à l’électricité plus de dix fois. Mes mains et mes pieds étaient enflés par la douleur. Aujourd’hui, j’en subi toujours les séquelles. Le commandant du service secret, Ramadan Selimi - le commandant Dani - est venu après. Il a commencé à me questionner sur les mêmes choses. J’ai continué à nier. Il a alors appel quatre soldats de l’UÇK pour me faire parler. Après, ils m’ont amené dans un bunker, où ils ont commencé à me battre et m’humilier. ». Il affirme qu’il a ensuite été emmené à Kukës, où on l’avait habillé avec des vêtements de l’UÇK pour qu’il identifie des prisonniers serbes.

« À Kukës, Fatmir Limaj est arrivé. Il m’a posé quelques questions fondamentales et ordonné à ‘Loçka’ que l’on me mette sous l’escalier où se trouvait déjà un autre prisonnier. « J’ai déclaré que j’étais en Albanie à l’époque des faits que l’on me reprochait. Alors ‘Loçka’ et Daut Hajredinaj - il ne s’agit pas de Daut Haradinaj - ont commencé à me frapper. Sabit Geci, que je connaissais déjà auparavant, m’a interrogé. Xhemshit Krasniqi m’a frappé le front avec la crosse de son fusil. J’en ai encore aujourd’hui l’empreinte. Fatmir Limaj m’a roué de coups de poing. Pendant qu’il me frappait, Daut m’a coupé le poignet avec son couteau. J’ai toujours la cicatrice. Xhemshit Krasniqi m’a cassé toutes les dents quand il m’a enfoncé profondément dans la gorge une matraque et qu’il l’a faite tourner », jure-t-il.

Comment va réagir l’Eulex ?

L’Eulex ne veut pas se prononcer sur la possibilité ou non que ces personnalités, qui dirigent le pays aujourd’hui, se présentent en qualité de témoin, ni si elles vont être mises en examen pour les crimes dont les accusent ces témoins. La porte-parole de l’Eulex, Kristina Herodes, a déclaré que le Parquet ne donne pas les noms des témoins et que la responsabilité de la publication des noms des anciens dirigeants de l’UÇK sur cette affaire revient à Koha Ditore. Deux des personnes accusées par les témoins nient catégoriquement être impliquées dans la détention et la torture des prisonniers. Koha Ditore n’a pas réussi à joindre les autres personnes mentionnées.

Agim Çeku, l’ancien commandant général de l’UÇK-së, a répondu qu’il avait peut-être été confondu avec quelqu’un d’autre. Il affirme qu’il est resté seulement quelques heures en Albanie pendant la guerre, avant de rejoindre le Kosovo. « Je suis resté en Albanie seulement quand je suis arrivé de Ljubljana en avion un après-midi de février. Je ne suis resté que quelques heures, le temps que la nuit tombe, pour rejoindre la frontière et entrer au Kosovo. Je n’ai pas passé une seule journée avec les soldats de l’UÇK en Albanie. »

Contacté par Koha Ditore, l’ancien procureur général du Tribunal du disctrict de Prishtina, Osman Kryeziu, qui est accusé d’avoir joué le rôle de procureur dans le camp de Kukës, a suggéré de « ne pas s’occuper de ces choses-là maintenant ». Quand on lui a expliqué de quoi il était accusé, Kryeziu a reconnu avoir été membre de l’UÇK à cette période. « J’ai travaillé et aidé et j’ai contribué tant que j’ai pu pour l’État, car c’était une obligation et rien d’autre », a-t-il répondu par téléphone.

Pour sa part, le journaliste Milaim Zeka, qui pendant la guerre était un proche de l’UÇK, a lui aussi rejeté les accusations en déclarant que ce n’était pas la première fois qu’il était accusé par des individus qui, selon lui, appartenaient aux services secrets serbes.

 
 
 
Sent: Thursday, February 10, 2011 8:44 AM
Subject: Le Bulletin du Courrier des Balkans N°788
 
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° Kosovo : dans l'horreur des camps de l'UÇK
Le procès de Sabit Geci et Riza Alijaj, deux anciens commandants de l’UÇK, va s’ouvrir le 28 février. Également cités dans le rapport Marty sur le trafic d’organes, les deux hommes sont accusés d’avoir dirigé les camps de Kükes et Cahan, dans le nord de l’Albanie, où des « collaborateurs » supposés du régime serbe et des sympathisants de la LDK ont été détenus et torturés durant la guerre. Koha Ditore publie des témoignages accablants.

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Retrouvez notre dossier : Trafic d'organes de l'UCK : « Au Kosovo, tout le monde est au courant »

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20:54 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

05/02/2011

de Michel COLLON, journaliste politique belge: Spécial Révolte des peuples arabes : Egypte, Liban, Pal estine, Tunisie, Maroc, Algérie...

 
 
 
Sent: Saturday, February 05, 2011 5:24 PM
To:
Subject: Spécial Révolte des peuples arabes : Egypte, Liban, Palestine, Tunisie, Maroc, Algérie...
 
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18:18 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

5 fevrier en Palestine occupee, au Moyen-Orient et partout ou il y a des injustices

 
 
Sent: Saturday, February 05, 2011 4:57 PM
To:
Subject: [romain : paix_socialisme_communisme] [misesajour] 5 fevrier en Palestine occupee, au Moyen-Orient et partout ou il y a des injustices
 
 
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17:56 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |