17/03/2008

17/03/2008: Alerte Otan !

-------- Message original --------
Sujet: Alerte OTAN ! n°29 / Janvier-mars 2008
Date: Mon, 17 Mar 2008 19:13:33 +0100
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Alerte OTAN !

Bulletin trimestriel du Comité de surveillance OTAN,
Numéro 29, janvier - mars 2008

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Édito

Sommet de l’Otan de Bucarest, comment sauver les apparences ?

« La principale mission du sommet de l'OTAN, qui se tiendra au mois d'avril à Bucarest, consiste à montrer à l'opinion publique une Alliance unie », a déclaré le ministre hongrois de la Défense.

La méthode Coué semble effectivement très nécessaire, tant les divisions au sein de l'OTAN se font apparentes, que ce soit sur l'élargissement à l'Est de l'Alliance, le Kosovo ou l'Afghanistan..

L'"indépendance" du confetti kosovar ethniquement purifié n'a pas été accueillie avec le même enthousiasme par tous les membres de l'Alliance, soit qu'ils soient eux-mêmes confrontés à leurs propres sécessions internes, soit qu'ils ne voient pas directement l'intérêt de l'établissement d'un chancre maffieux à leur frontière. La gigantesque base militaire de Camp Bondsteel n'est pas une base de l'OTAN, mais bien une base US avancée en vue d'une confrontation avec la Russie, qui n'est pas nécessairement de l'intérêt de tous.

C'est sans doute pour ces mêmes raisons que certains membres (l'Allemagne en particulier) s'opposent à la nouvelle extension à l'Est de l'OTAN. L'intégration projetée de l'Ukraine et de la Géorgie, voulue par les USA et certains des plus fervents atlantistes de la "Nouvelle Europe" accélérerait en effet dramatiquement les risques de confrontation directe avec la Russie.

Enfin les réticences sont grandes sur l'intégration de l'Isaf dans la désastreuse "War on Terror" en Afghanistan. Condoleeza Rice a mis les points sur les i : "Nos populations [de l'Alliance Atlantique] doivent comprendre qu'il ne s'agit pas d'une mission de maintien de la paix", en contradiction formelle avec la mission originelle de l'ISAF, phagocytée de facto par l'Otan. Robert Gates a été jusqu'à menacer l'Allemagne d'attentats terroristes sur son sol, pour l'encourager amicalement à envoyer des soldats dans les combats du Sud. Pourtant, jusqu'à présent, notre pays est l'un des seuls à accepter de passer du "Peace-Keeping" pseudo-humanitaire à l'implication active dans les zones de guerres.

C'est que l'invasion tourne au fiasco total, et il devient patent que la guerre contre le peuple afghan ne peut être gagnée. L'obstination de l'Occident à subjuguer l'Afghanistan, ne peut à terme que conduire à un désastre. Mais cependant, admettre cette défaire signifierait admettre l'échec des plans de domination impérialiste sur tout le Moyen-Orient, et l'impossibilité pour l'Occident de contrôler l'Eurasie, et ses richesses vitales : d'autant plus grand est alors le risque d'une fuite en avant, vers une attaque nucléaire de l'Iran , et un embrasement mondial.

A Bucarest, le sommet des chefs d’Etat aura également à son agenda le projet d’intégrer le bouclier antimissiles américain à un système pouvant « protéger » l’ensemble des pays européens. Des augmentations des budgets militaires seront donc à l’ordre du jour, vu les engagements financiers importants qui seront pris par les pays « protégés » de cette manière.

Et le « manifeste » des cinq généraux de l’Etat-Major de l’Otan, ne manquera pas de peser sur ce Sommet, même si ces hauts commandants sont à la retraite. Rappelons leurs exigences d’un coup d’accélérateur dans la transformation de l’Otan en « alliance mondiale des démocraties », leur proposition de se passer carrément de l’ONU et de former un triumvirat OTAN-UE-USA pour diriger cette alliance et leur appel sans état d’âme à utiliser préventivement des armes nucléaires pour écraser dans l’oeuf toute vélléité d’opposition.

Ce n’est pas ce que veut la population de notre pays ! Au sein de l’Union Européenne, les mobilisations se multiplient. De la République tchèque et la Pologne contre le bouclier, à l’Allemagne, contre l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, à la Belgique avec la manifestation du 16 mars contre la guerre en Irak. En unissant toutes ces forces dans un grand mouvement européen et en refusant de lâcher prise, nous forcerons les gouvernements de l’Union Européenne à rompre cette politique de soumission aux va-t-en guerre otaniens

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Appel du Comite Surveillance Otan

Pour un retrait immediat et inconditionnel des troupes belges d’Afghanistan !

Le gouvernement belge vient de prendre une décision très grave. Avec l’envoi de plus d’une centaine de militaires supplémentaires et d’avions F-16 dans le sud afghan, où les combats font rage, la vérité de la guerre de l’Otan présentée comme une intervention humanitaire, éclate. Le nouveau ministre de la Défense, Pieter De Crem déclare ouvertement que la Belgique doit prendre ses responsabilités et s’engager directement dans les opérations de combat, comme seul moyen « d’assurer la paix ».

Ce glissement de la participation belge d’une mission de la paix vers une mission de combat n’a été débattu ni voté par le parlement. Seule une commission de la Défense en a reçu la communication. L’intervention belge en Afghanistan, qui est déjà contestable, change totalement de nature : la Belgique entre en guerre, sans débat. Au cours des négociations pour former un nouveau gouvernement, nos responsables politiques avaient annoncé que la Belgique serait un partenaire actif dans la cause de la paix en Europe et dans le monde : c’est le contraire qui se passe.

Jusqu’à quand pourra-t-on éluder le débat politique sur la raison d’être et la légitimité de cette invasion ?
« Guerre à la terreur » nous a-t-on dit, mais les attentats terroristes n’ont évidemment pas disparu avec les bombardements massifs de l’Afghanistan et de l’Irak. Combien de massacres faudra-t-il encore pour s’en apercevoir.
« Intervention humanitaire » nous a-t-on prétendu, mais la population afghane croupit dans la misère sous la coupe des chefs de guerre et narco-trafiquants alliés au pouvoir.
« Liberté, éducation, libération de la femme dans la nouvelle République Islamique d’Afghanistan » ? Cela prêterait à rire si la situation n'était aussi tragique. Par exemple, il y a seulement quelques jours, un étudiant afghan a été condamné à mort pour avoir défendu les droits de la femme. Les USA se sont déclarés "troublés". Et c'est ça que nous allons défendre ?

Selon les chiffres officiels, forcément en-dessous de la réalité, les bombardements alliés ont tué en 2007 plus de civils que les attentats attribués aux talibans. Dans plusieurs cas, il s’est avéré qu’il ne s’agissait pas de bavures, mais d’une stratégie délibérée visant à terroriser la population soupçonnée d’aide aux insurgés. Par l'envoi de chasseurs-bombardiers F-16, nos dirigeants entraînent la Belgique à être directement complice de crimes de guerre. Ces avions pourraient aussi participer à l’extension de la guerre aux pays voisins, Iran et Pakistan. Il ne faut pas oublier les fonctions que ces F-16 sont capables de remplir : transport de bombes conventionnelles, d’armes radiologiques et d’armes atomiques comme celles qui sont stationnées à Kleine Brogel. Ceci est particulièrement inquiétant, au moment où l’OTAN, à la suite des Etats-Unis, banalise l’idée de recourir à la guerre préventive atomique contre des « ennemis terroristes ». (déclarations de G.W.Bush et manifeste des 5 ex-généraux de l’Otan).

Dans ces conditions, que peut signifier « une stratégie de sortie de l’Afghanistan » ? Pour le ministre De Crem, le « plan opérationnel » présenté par le gouvernement, tient lieu de stratégie de sortie. Pour nous, la stratégie de sortie ne consiste pas à s'enfoncer davantage dans le bourbier afghan. La seule stratégie de sortie possible, c'est de retirer les troupes belges d'Afghanistan sans conditions, et tout de suite.

Nous invitons le mouvement de la paix et toutes les associations progressistes à réclamer ce retrait immédiat et inconditionnel des troupes belges. Nous proposons aux organisateurs de la marche pour la paix du 16 mars de faire de ce slogan un des principaux mots d’ordre de la manifestation.

Le Comité Surveillance Otan
8 février 2008


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La République du Kosovo reconnaîtra-t-elle l'indépendance de la Flandre ?

La Belgique dans l'illégalité internationale

La Belgique, en compagnie d'une bonne partie des pays de l'Union Européenne, a donc allégrement sauté par dessus la Charte des Nations Unies et le droit international, en reconnaissant l'indépendance unilatérale d'une province arrachée à un pays souverain par la force.

Le droit international garantit à tout Etat membre de l’Onu le respect de ses frontières et de son intégrité territoriale; le seul droit à l'autodétermination inscrit dans la charte des Nations unies est celui des peuples sous domination coloniale. La résolution 1244 du Conseil de l'ONU, au lendemain de l'agression de 1999, réaffirmait d'ailleurs la souveraineté de Belgrade sur le Kosovo.

Il est assez remarquable que même les parlementaires ayant participé à la commission de la Chambre n'aient pas contesté l'illégalité de la décision. "'Il ne sert à rien de se draper dans le droit international pour expliquer des évolutions, mais les faits priment sur le droit" déclare ainsi le représentant MR, après avoir fait le parallèle avec l'indépendance de la Belgique. Et notre ministre des Affaires Extérieures De Gucht de renchérir "De fait, la Belgique est devenue indépendante car les grandes puissances l'ont reconnue. C'est là le véritable critère !"1. Au bac, la création en 1945 de l'ONU et du droit international, le modèle c'est le 19e siècle.

«Le Kosovo est un cas exceptionnel»

Maintenant que le droit est ainsi balayé, quel argument rationnel opposer à de pareils dépeçages suivant des lignes ethniques et/ou linguistiques? En Europe et ailleurs, il y a du boulot…

Quel est la différence entre le Pays Basque, ou la Corse, et le Kosovo après tout? La différence essentielle, c'est que le dernier cas les séparatistes ont été soutenus politiquement et militairement par les Etats-Unis et les pays de l'OTAN, et ce des années avant l'agression de la Yougoslavie de 1999.2

Les politiques et les médias pro indépendantistes tentent de justifier cette violation de la charte des Nations unies en répétant que le Kosovo est un 'cas exceptionnel'. Est-il à ce point exceptionnel qu'une grande puissance soutienne des séparatistes dans le pays qu'ils veulent détruire? Comme les Allemands des Sudètes en 1938 pour ne prendre qu'un exemple…. Le droit international est à nouveau substitué par le droit du plus fort. Beau retour en arrière dont notre gouvernement se rend complice.

La mort très bienvenue de Milosevic

L'argument fondamental qui revient de manière répétitive pour faire avaler ce mépris du droit c'est l'affirmation que la faute revient à Milosevic "qui a organisé massacres et nettoyage ethnique contre les Albanais". Ainsi le Monde : "L'indépendance du Kosovo .............constitue une dérogation, rendue inéluctable par la politique de nettoyage ethnique de Milosevic"; Libération : "Depuis les massacres et nettoyages ethniques perpétrés par Milosevic et l’engagement de l’OTAN qui les a finalement stoppés, la Serbie a dû abandonner toute souveraineté sur cette région"; The Independant (sic) "La Serbie a perdu le Kosovo à travers ses propres actions dans les atrocités et le nettoyage ethnique des années 90" etc, etc.

Décidément une grande chance que Milosevic soit mort à temps ! Car quelque soit le biais de la Cour du TPI, un jugement aurait bien eu du mal à inventer un génocide qui n'a jamais eu lieu, et un plan de nettoyage ethnique qui s'est avéré ne pas exister3. Il est très frappant que sans l'insistance répétitive sur les atrocités serbes contre les Albanophones, tout l'échafaudage médiatique pour "justifier" l'indépendance kosovare s'effondre complètement.

L'habillage humanitaire des forfaits n'est bien entendu pas une chose nouvelle. "Monsieur Benès a décidé de réduire par la terreur d'honnêtes citoyens allemands et ils les contraint par la violence à la fuite vers la patrie allemande. Nous constatons des chiffres horrifiants ; en un jour, dix mille fugitifs, le lendemain, vingt mille, le surlendemain, déjà trente sept mille, deux jours après, quarante et un mille, puis soixante-dix mille, et puis on vient à quatre-vingt dix mille, cent sept mille, cent trente sept mille, et aujourd'hui, deux cent quatorze mille. Des régions entières sont dépeuplées, des villages sont brûlés, on cherche à enfumer les Allemands avec des grenades et du gaz." Adolf Hitler, 26 sept 1938, quelques jours avant l'annexion de la Bohème et le démembrement de la Tchécoslovaquie..

Roland Marounek

1. http://www.lachambre.be/doc/CCRI/pdf/52/ic111.pdf
2. Cf par ex. Des agents de la CIA ont reconu avoir aidé à entrainer l'UCK bien avant les bombardements de l'OTAN sur la Yougoslavie, The Sunday Times, 12 mars 2000
3. Cf "Le TPIY sauvé par la mort de Milosevic", Alerte Otan n°21, janvier-mars 2006

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Nouvelle independance du Kosovo

La majorité de la population du Kosovo veut cette indépendance. L’occident a joué adroitement de cela. Voilà un nouveau pays sur la carte, qui ne deviendra pas membre de l’ONU à bref délai et qui a peu d’atouts pour être réellement autonome : troupes de l’Otan, Administration américaine, débâcle économique. Du fait que la séparation ne s’est pas produite par un accord réciproque et a été imposée à la Serbie, on a créé un dangereux précédent et on ignore les résolutions existantes des Nations Unies.

La Serbie a dû abandonner le contrôle de sa province du Kosovo en juin 1999, après 78 jours de bombardements par l’OTAN. Bien que cette guerre ait été menée en dépit des Nations Unies – le Conseil de sécurité n’a jamais donné son approbation -, l’organisation mondiale par la résolution 1244 a régularisé la situation en plaçant le Kosovo sous le contrôle des Nations Unies (MINUK) et en accordant à l’OTAN le droit de développer une présence militaire. Un processus politique était prévu dans le but de déterminer le futur statut du Kosovo, dans lequel « la souveraineté et l’intégrité territoriale  » de la Serbie était garanti. La Serbie était donc une des deux composantes de ce qui restait encore de la République Fédérale de Yougoslavie.

Statut

La MINUK s’est tenue, pendant toutes ces années, à une ligne de conduite, dans laquelle des normes démocratiques devaient d’abord entrer en pratique avant qu’on parle du statut de la région : « d’abord les normes, ensuite le statut ». La plupart de ces normes n’ont jamais été atteintes. En ce qui concerne en particulier les droits humains il y a toujours des frictions (les non-Albanais sont chassés ou enfermés dans des ghettos) et une absence de justice (impunité totale pour les criminels de guerre et aucun dédommagement pour les méfaits commis).

En octobre 2005, le diplomate norvégien, Kai Eide, remit un rapport qui montrait un sinistre état des choses. Paradoxalement, il en conclut que désormais la détermination du statut devait prendre le pas sur les normes démocratiques. Mais cela n’a pas amélioré la situation. Au contraire, de lourds problèmes économiques sont venus s’y ajouter. Le Kosovo a, en effet, le taux de chômage le plus élevé de l’Europe1.

Les recommandations de Eide furent suivies par le gouvernement serbe et les autorités albanaises de Pristina et, en mars 2007, les négociations sur le futur statut du Kosovo ont commencé. Les deux parties avaient des positions radicalement opposées. Pristina ne veut entendre parler que d’une indépendance immédiate, Belgrade est résolue à accorder une grande autonomie au Kosovo, seulement sur base du respect des frontières serbes. Les négociations restèrent sans résultat. L’ONU avait envoyé un représentant spécial pour mener ce processus : le finlandais Martti Athisaari, qui avait déjà négocié en 1999, avec le président yougoslave de l’époque, Milosevic, la fin des bombardements et la résolution 1244. En mars 2007, Athisaari propose dans son rapport au Conseil de sécurité, d’accorder au Kosovo « une indépendance sous surveillance », proposition qu’il avait lui-même lancée en démarrant les négociations. Selon son plan, le Kosovo aurait tout d’un Etat indépendant, mais resterait sous l’occupation des troupes de l’OTAN, qui devraient également diriger la nouvelle armée kosovare. La MINUK serait remplacée par une administration de l’UE qui exercerait des fonctions d’« encadrement, surveillance et conseil » dans les affaires civiles et policières.

Séparation

Entre mai et juin 2007, la Russie s’est opposée à six projets de résolutions du Conseil de sécurité sur le plan Athisaari. Moscou soutient le principe qu’une solution ne peut être trouvée qu’avec l’assentiment des deux parties, et ne veut pas que Belgrade se voit imposer quelque chose unilatéralement. Surtout, Moscou pense qu’il n’y a aucune raison que cette approche de la question du Kosovo ne soit pas un précédent pour, par exemple, les « conflits gelés » de l’ex-URSS où différentes entités pro-russes seraient candidates à leur indépendance. Pour essayer de sortir de l’impasse, l’ONU mit sur pied une « troïka » avec les Etats-Unis, la Russie et l’UE, qui devrait mener les ultimes négociations et remettre un rapport le 10 décembre 2007 au secrétaire général .

Le 28 septembre 2007, les négociations entre Pristina et Belgrade recommencèrent, avec des étapes à New York, Vienne, Bruxelles. Aucun progrès ne s’est manifesté et les dirigeants albanais du Kosovo avertirent qu’ils allaient décréter leur indépendance sous peu, avec ou sans l’approbation des Nations Unies. L’UE et la Russie ne voulaient rien entendre, mais les Etats-Unis ont fait savoir qu’ils étaient prêts à trouver une solution en dehors de l’ONU et reconnaitraient un Kosovo indépendant.

Un bon nombre d’états membres de l’UE redoutent une « contamination sécessionniste », mais en général il y aurait un consensus pour reconnaître une indépendance « selon les règles », c'est à dire via une résolution de l’ONU. L’Espagne, la Roumanie, Chypre, la Slovaquie, expriment les plus grandes réserves quant à une déclaration unilatérale d’indépendance. Ils se réfèrent au droit international, ou rappellent leurs engagements à ne pas rompre les liens avec la Serbie, mais ils sont surtout préoccupés par les possibles conséquences dans leurs pays respectifs, où le pouvoir central doit affronter les sérieuses revendications indépendantistes de certaines régions, ou des situations de facto comme la Chypre turque.

Compromis ?

L’Allemagne a depuis des années une grande influence aux Balkans. En 1991, elle fut la première à reconnaître l’indépendance de la Croatie, qui a ouverte la voie à la guerre en Bosnie-Herzégovine. En 1996, les services secrets allemands ont armé l’Armée de Libération Kosovar (UCK). L’OTAN a rendu la Serbie responsable de la guerre de 1999, par le fait de sa riposte aux actions de guérilla de l’UCK. Depuis les accords de Rambouillet, les Etats-Unis sont les meilleurs amis de Pristina (avec entretemps, l’installation d’une énorme base au Kosovo, Camp Bondsteel). Mais l’Allemagne conserve des positions clés : c’est l’allemand Joachim Rucker qui a la direction de la MINUK. L’armée allemande, avec ses 2500 soldats, fait partie de la colonne vertébrale de la KFOR, et l’allemand Wolfgang Ischinger (ancien ambassadeur à Washington) est le représentant de l’UE dans la troïka2

En 2007, la position allemande est assez différente de celle des années 1990. Manifestement, on ne veut pas trop affronter la Russie. Berlin semble chercher un compromis. Au mois d’août, Ischinger annonça qu’il ne fallait pas exclure l’idée d’un éclatement du Kosovo, où le nord resterait en Serbie et le reste deviendrait indépendant. Washington et Pristina ont immédiatement rejeté cette idée, et Belgrade a averti qu’il n’était pas question de l’amputer de sa province. Cependant, l’idée continue à traîner, dans les cercles diplomatiques.

Il est frappant dans ce processus, que l’on ne tient pas ou très peu compte des positions serbes. Belgrade a présenté des plans très élaborés, qui unissent l’intégrité territoriale et l’autonomie, suivant le modèle de Hong Kong. Mais il est clair que, depuis les élections, Pristina ne veut rien d’autre que son indépendance totale à brève échéance. Cette position de l’Occident n’est certes pas nouvelle. (...)

Thaci3

Le nouvel homme fort du Kosovo, Hashim Thaci, n’est pas une personne irréprochable. Des documents d’Interpol et du Congrès Américain attestent les liens entre Thaci et le crime organisé. En mai 1999, le Washington Times a publié les conclusions suivantes : « Certains membres de l’UCK, qui financent sa guerre par le commerce de l’héroïne, ont été entraînés dans des camps terroristes sous la direction de Bin Laden en Afghanistan, mais également en Bosnie Herzégovine et ailleurs. Des terroristes islamistes combattraient aux côtés de l’UCK ». Hashim Thaci fut arrêté en juillet 2003 par Interpol, mais dut être relâché immédiatement sur l’ordre de la MINUK. Selon Vladan Batic, alors ministre serbe de la Justice, le Tribunal de La Haye pour la Yougoslavie aurait constitué un lourd dossier contre lui. Selon des communiqués de l’agence yougoslave de presse, Tanyug, Madeleine Albright, alors ministre des affaires étrangères des Etats Unis, aurait ordonné à Carla del Ponte, en avril 2000, d’effacer Hashim Thaci de la liste des suspectés de crimes de guerre. Celle-ci l’a fait en déclarant qu’il n’y avait pas assez de preuves contre Thaci pour l’accuser.

Droit International

Selon Olivier Corten de l’ULB, on ne peut pas invoquer le droit international pour reconnaître l’indépendance unilatéralement déclarée du Kosovo4. Il souligne tout d’abord que seuls les peuples vivant dans une situation coloniale ou postcoloniale peuvent invoquer le droit à l’autodétermination. Cela veut dire, des peuples vivant sur un territoire qui est géographiquement séparé de la métropole. Il n’existe pas de droit à la sécession pour des minorités qui vivent sur le territoire d’un Etat. Ceci est un principe généralement admis et incontesté.

Le deuxième point concerne la définition d’un Etat selon le droit international. Trois éléments sont nécessaires : un territoire, une population et un gouvernement souverain. Des entités sont devenues souveraines après que le vieil Etat central ait donné son accord (par exemple, le Bengla Desh, l’ex-URSS, les ex-républiques yougoslaves). Cette acceptation n’existe pas dans le cas du Kosovo. De plus la souveraineté du Kosovo est impossible sans l’OTAN. Le Kosovo n’est donc pas un Etat indépendant au sens où le droit international l’entend.

Un troisième point concerne la résolution 1244 de l’ONU qui parle d’autonomie du Kosovo dans le cadre de l’intégrité territoriale de République fédérale Yougoslave. Le plan Athisaari prévoit une indépendance sous surveillance. Mais ce plan n’a pas été couvert par l’ONU. La reconnaissance de l’indépendance autoproclamée du Kosovo est donc une affaire purement politique et ne peut en aucun cas relever du droit international. C’est ainsi que le professeur Corten conclut son analyse.

Conséquences

La déclaration unilatérale d’indépendance nie la résolution 1244 de l’ONU, dans laquelle l’intégrité territoriale de la Serbie était garantie. Si les Etats-Unis et l’UE ignorent cette résolution, ce sera un nouveau coup pour l’autorité de l’ONU. L’UE dit qu’elle va aider le Kosovo indépendant à construire un Etat de droit, mais elle le fait en foulant aux pieds le droit international. Un Etat est indépendant quand le reste du monde le reconnaît comme tel. Par exemple, le Punt land, au nord ouest de la Somalie, s’est autoproclamé indépendant, mais cela a été nié par la « Communauté internationale ». En étant reconnu par la plupart des pays membres de l’UE, par les Etats-Unis et le Canada, le Kosovo serait en meilleure position. Mais le point de vue de la Serbie et de la Russie est connu. Avec le droit de veto de la Russie au Conseil de sécurité le Kosovo deviendrait difficilement membre des Nations Unies.

D’autres conséquences et dangers vont surgir. On se demande quelle est encore la valeur d’une résolution de l’ONU ? Quelles contre-mesures sont préparées par Belgrade ? Comment va réagir la minorité serbe du Kosovo ? Et les pays voisins ? Les frontières des autres pays qui faisaient partie de l’ex-Yougoslavie seront-elles à nouveau contestées par les Albanais de Macédoine, les Albanais du Monténégro, les Croates et les Serbes de Bosnie Herzégovine ? Qu’en est-il de l’idée de la Grande Albanie ? Comme dit plus haut, la Russie pense que le Kosovo n’est pas un cas unique, et que ce dossier peut être un précédent pour d’autres problèmes territoriaux : Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du sud, Crimée, etc..

« Failed State » organisé

L’Occident va donc reconnaître un Etat qui s’est constitué grâce aux bombardements de l’OTAN, grâce à l’épuration ethnique, avec des dirigeants qui ont des liens avec le crime organisé, grâce à la propagande, par la négation des résolutions de l’ONU, et par le refus absolu d’accepter le moindre compromis.5

La tutelle occidentale sur le Kosovo des 8 dernières années, ne peut hélas présenter un fantastique palmarès. Le Kosovo est en général considéré comme le territoire où le crime organisé peut opérer librement. L’épuration ethnique « inverse » d’août 1999, dont 200.000 habitants serbes et roms du Kosovo furent les victimes – peut être difficilement considérée comme de la bonne gouvernance et du respect pour les droits humains. Le Kosovo actuel est constitué de communautés entièrement séparées les unes des autres, où les minorités serbes et autres vivent dans des ghettos. L’économie ne produit presque rien, le marché noir est largement répandu. Le courant électrique est coupé pendant des heures chaque jour. Le chômage atteint 70% de la population. Si on y ajoute le fait que de nombreux dirigeants sont sous le coup de lourdes accusations de crimes de guerre, alors on a tous les ingrédients d’un « failed state », avant même que le territoire apparaisse sur les cartes comme un Etat indépendant. Tout cela malgré les milliards de dollars qui y ont été déversés depuis 1999.6

Cependant, les dirigeants occidentaux – après 8 ans d’échec de leur direction – se donnent le droit de poursuivre dans cette ligne. L’UE a déjà complètement préparé le remplacement de la MINUK. D’ici 4 mois, on va envoyer une mission au Kosovo avec plus de 2000 personnes pour remplir l’appareil juridique, administratif et policier : des juristes, des policiers, des secrétaires et des douaniers. Est-on sûr qu’ils parlent tous albanais ? Ou veut-on offrir aux Kosovars un puissant développement économique dans le secteur des traducteurs ? En tout cas, on semble convaincu que ce nouvel Etat n’a pas les possibilités de s’organiser par lui-même et qu’il aura pendant longtemps encore besoin des troupes de l’OTAN et du personnel de l’UE. A une autre époque n’aurions-nous pas appelé cela une colonisation annoncée ? Aujourd’hui on l’appelle indépendance.

Georges Spriet

1. Georges Berghezan : Kosovo, statut embourbé en terrain miné. Le drapeau rouge, décembre 2007 n°20
2. Idem
3. Michel Chossudovsky : Kosovo Prime Minister Hashim Thaci is part of a criminal syndicate. www.globalresearch.ca
4. Olivier Corten : La reconnaissance prémature du Kosovo : une violation du droit international. Carte Blanche, Le Soir 20.2.08
5. Jan Oberg : Kosovo failed international conflict management. www.transnational.org
6. idem

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Naissance d’un protectorat de l’Otan en Europe

Ce serait marquer trop de mépris pour les populations des Balkans que de parler de folklore à propos de la proclamation de l’ « indépendance » du Kossovo, eu égard aux souffrances endurées par tous les peuples de la région.

Ce serait aussi ignorer l’histoire de populations si longtemps opprimées et qui continuent de l’être.

Il faut comparer cette indépendance avec la notion de souveraineté. La souveraineté implique le respect des droits fondamentaux du peuple, ou des peuples dans les Etats multinationaux. Droits d’association et d’expression, libertés fondamentales, respect des minorités, justice, mais aussi droits sociaux. Or, jusqu’ici, les habitants de la province serbe ont vécu la guerre et l’occupation, ont aussi vécu de la guerre et se voient maintenus dans une économie de subsistance.

L’organisation terroriste de l’UCK, organisation mafieuse, a été constamment soutenue par les puissances occidentales et les USA jusqu’à cette consécration d’une pseudo légitimité assortie d’une totale impunité.

Aujourd’hui l’UE, qui prétend exercer sa puissance tutélaire et mener une opération de police par l’envoi de magistrats et de policiers, est profondément divisée. Les apprentis sorciers, les experts militaires, les ethnologues, les sociologues et les balkanologues ont appliqué les méthodes coloniales dans le démantèlement de la Yougoslavie. Et, d’une certaine manière, ont poursuivi la politique raciste, raciale qui fut celle des nazis dans cette région du monde.

Et pourtant l’UE s’est efforcée de freiner l’agression menée par l’administration Bush, agression initiée sous Clinton. En vain, sinon par une attitude pour le moins ambiguë, qui a conduit l’UE à accompagner le fait accompli et une mise sous tutelle par des instruments de « bonne gouvernance », des « administrateurs », juges et policiers notamment – près de 2.500 - comme il en existait dans les pays coloniaux. L’agression menée par les États-Unis s’est concrétisée, au Kosovo, par l‘implantation d’une énorme base militaire U.S., la base de Bondsteel qui compte près de 8.000 soldats.

La résolution 1244 de l’ONU, qui consacrait la présence de la KFOR, est formellement obsolète puisqu’il s’agissait de l’occupation militaire d’une province serbe précédée de bombardements « humanitaires », tout aussi « humanitaires » que cette occupation dont l’OTAN, à l’exclusion de l’UE, reste maîtresse quasi exclusive. De reconstruction il n’y a pas – les budgets qui lui seraient consacrés sont dérisoires comparés à ceux de l’occupation - et le peu qui sera fait impliquera les réseaux mafieux comme cela s’est produit en Bosnie. Un commentateur évoquait la naissance d’un « Frankenstein mafieux ». Ce n’est pas sans raison que la Suisse, elle aussi, participe à l’occupation, la communauté kosovare dans ce pays constituant un « cinquième canton »…

La Grèce, l’Espagne et la Roumanie ont refusé de reconnaître le nouvel « Etat ». L’effet de contagion, et la contradiction, sont évidents. Il suffit d’évoquer la Transnitrie, dissidente de la Moldavie ( et la Roumanie), l’Ossétie du Sud, dissidente de la Géorgie, le Nagorny Karabakh, dissident de l’Azerbaïdjan, la partition, sous l’égide de l’OTAN, de Chypre, l’Euzkadi, le Kurdistan…pour comprendre que là où l’on parle de « missions de paix » il y a une volonté, délibérée de la part des Etats-Unis et contrainte de la part de l’UE de semer la division et de préparer d’autres guerres de conquête aux objectifs économiques et stratégiques au nom, bien entendu, de « l’interventionnisme humanitaire ».

Thierry Delforge

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Chronique d'une amputation annoncée


Alerte Otan n°1 - mars 2000
Orahovac : le ghetto dont les gardes sont des soldats néerlandais

Alerte Otan n°2 - juin 2000
Les mensonges de Jamie Shea

Alerte Otan n°3 - novembre 2000
Élections en Yougoslavie : Quand les crédits succèdent aux bombes
Les mensonges de Jamie Shea (2)

Alerte Otan n°4 - février 2001
Yougoslavie : normalisation ?

Alerte Otan n°9 -mars 2003
Balkans - Chômage et crime sous occupation OTAN

Alerte Otan n°10 - mai 2003
L'Irak et le Kosovo

Alerte Otan n°14 - juin 2004
Kosovo : Un protectorat bientôt ethniquement pur ?

Alerte Otan n°15 - octobre 2004
Le simulacre de procès de La Haye tourne à la farce complète

Alerte Otan n°17 - mars 2005
L'OTAN au Kosovo

Alerte Otan n°18 - juin 2005
« Kosovo : un voyage pour rompre cinq ans de silence », le rapport

Alerte Otan n°19 - septembre 2005
Milosevic à La Haye : plus c'est intéressant, moins on en parle

Alerte Otan n°20 - décembre 2005
Kosovo : 2006 sera une année cruciale pour le futur statut de la province serbe

Alerte Otan n°21 - mars 2006
Bouc émissaire sacrifié à La Haye

Le silence final de Milosevic
Le TPIY sauvé par la mort de Milosevic

Alerte Otan n°22 - juin 2006
Kosovo 2006 : Libéré ou purifié ?

Alerte Otan n°25 - mars 2007
Independance du Kosovo : Comme une lettre a la poste ?

Alerte Otan n°27 - septembre 2007
L'Union européenne survivra-t-elle au Kosovo ?
L'opposition à l'OTAN grandit à Belgrade

Alerte Otan n°28 - décembre 2007
Kosovo : Un simulacre d'indépendance menaçant la stabilité mondiale

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Bouclier anti-missiles : Apocalypse Now ?

Le «bouclier anti-missile» en République Tchèque et en Pologne nous rappelle la fin des années 1970 et le début des années 1980 avec l’installation des Cruise et des Pershing américains, missiles à tête atomique, notamment en Belgique. L’Europe était dans l’angoisse de la moindre erreur de défense qui pouvait entraîner en réponse un déluge de feu atomique et cela en moins de quinze minutes.

La mobilisation des Européens contre cet armement fut d’une intensité jamais plus atteinte par le mouvement de la paix : 400.000 personnes manifestèrent à Bruxelles pour le retrait des Cruise et des Pershing de Belgique et d’Europe occidentale ainsi que des SS20, missiles soviétiques pointés sur tous les points militaires stratégiques occidentaux.

En clair, la destruction du quartier général de l’OTAN détruira aussi Bruxelles, la destruction du SHAPE entraînera l’anéantissement de Mons, la destructions des bases militaires en Belgique, notamment celle de Kleine Brogel où est stocké une partie de l’armement atomique otanien, effacera la Belgique.

Le bouclier est censé être là pour nous sécuriser. En réalité : à une mauvaise estimation d’une attaque d’un ennemi il y a contre-attaque, contre défense, contre-attaque. Un quart d’heure plus tard, et nous sommes anéantis.

Aujourd’hui la peur de l’apocalypse est revenue! Nous appelons les populations à se mobiliser pour refuser l’installation d’un bouclier anti-missiles en Europe, que ce soit sous la direction des Etats-Unis ou celle de l’OTAN. C’est le meilleur moyen pour éviter un emballement de tirs de missiles.

Marcel Poznanski

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Le bouclier anti-missiles et l'Otan

La protection contre des missiles offensifs est manifestement une des premières mesures de l’Otan au cas où un allié se trouve en danger. C’est ainsi que la Turquie a reçu des missiles Patriot dans le cadre de l’Otan, lors des Guerres du Golfe en 1990-93 et en 2003.

En mars 2005, l’Otan a entamé le programme ALTBMD (Active Layered Theatre Ballistic Missile Defence). Il s’agit d’une protection locale contre les missiles, qui comprend plusieurs niveaux. ALTBMD se propose de développer différents systèmes de boucliers anti-missiles en un réseau cohérent de protection d’opérations de troupes. Il serait prêt en 2010.

Pendant une rencontre des ministres de la Défense de l’Otan en juin 2006, une étude de faisabilité a été présentée en vue d’un bouclier antimissiles plus général, qui ne protégerait pas seulement les troupes, mais également de grands morceaux de territoires et même des villes. Les discussions comportent un volet militaire, mais aussi un volet un volet politico-militaire. D’après ce qu’on dit, on tendrait de plus en plus vers une défense « full-spectrum », à la fois contre des missiles tactiques et contre des missiles stratégiques. L’Otan fait la constatation que le nombre de missiles balistiques hors de l’Alliance augmente, et insiste que ceux-ci pourraient être chargés d’armes de destruction massive. Il pourrait d’ailleurs se produire un chevauchement entre des états et des groupes « terroristes », comme c’est le cas en ce qui concerne les missiles à courte portée pour le Hesbollah (Liban) et la Syrie et l’Iran.

Tout le monde n’est pas convaincu des possibilités techniques, ni même du danger imminent. Tout le monde ne suit pas la ligne des Etats-Unis. Il semble quand même qu’une unanimité existe parmi les états membres de l’Otan sur le risque d’une évolution rapide dans ce dossier ; soit qu’un pays commence à exporter des technologies et des missiles (on pense en premier lieu à la Corée du Nord), soit qu’un changement de régime modifie les circonstances. En soi,même des missiles techniquement non fiables (chargés d’armes de destruction massives) constituent un danger. Les partisans argumentent qu’un bouclier anti-missiles de l’Otan aurait par lui-même un sérieux degré de dissuasion car il signifierait un mur de défense trop fort pour un éventuel attaquant et surtout les représailles des Alliés seraient trop puissantes. Mais un bon bouclier de l’espace donnerait aussi aux Alliés un plus grand espace de manœuvre que l’attaque préventive purement militaire : une autre stratégie à long terme serait plus envisageable et pourrait être plus soutenue. Un bouclier de l’espace offrirait encore l’avantage de répondre de façon différenciée à des crises déterminées : une hausse de l’état d’alerte du bouclier peut donner à l’adversaire un message de cohésion, de conviction et de détermination. Ainsi, toujours selon les partisans, la fourniture des Patriots à Israël en 1991 avait aussi un rôle d'apaisement, de limitation du conflit, de gestion de crise.

Il reste toutefois beaucoup de questions en discussions, même dans l'éventualité qu' on serait d’accord en principe : les structures de commandement et d’instructions ; qui reçoit quoi ; une croissante indépendance vis-à-vis de la technologie US ; quid des fragments et des charges nucléaires d’un missile intercepté ; transferts de technologies ; coûts ; analyse de la menace ; et.. ce qui n’est pas la moindre chose : les réactions de la Russie.

Des structures de commandement et d’instruction doivent d’abord être établies avec précision, dit-on . En pratique, la direction militaire actuelle, le Saceur (Supreme Allied Commander Europe), pourrait recevoir la responsabilité finale. De toutes façons, des questions restent encore posées. Par exemple : quels pays, quelles villes seraient protégés le mieux et en premier lieu ? les pays les plus actifs ? quid des pays européens neutres ? Quels intercepteurs servent la Défense américaine en premier lieu ?

La question des chutes de fragments de missiles atteints et charges nucléaires est une problématique qui doit être également envisagée. Que faire si ces morceaux tombent sur un pays contre lequel aucune attaque n’aurait été lancée ? ou si ce pays n’était pas membre de l’Otan ? D’autre part, des fragments pourraient brûler entièrement à leur entrée dans l’atmosphère. Même une arme à tête nucléaire ennemie conçue spécialement pour exploser dès l’interception (une preuve de haute technologie) et qui pourrait engendrer un choc électromagnétique, provoquerait moins de dégâts qu’une explosion nucléaire au sol. Ces constats ont fait dire à un officier britannique : « aucun Etat européen, du moins je l’espère, ne refuserait le risque d’une petite pluie de fragments sur son territoire si c’est le prix à payer pour sauver une nation amie ou un pays allié d’une attaque de missiles ». Par ailleurs, les oppositions ou les appréhensions de la Russie doivent pouvoir se traiter par la consultation et le dialogue, qui est en cours déjà depuis 2002.

Les partisans du bouclier otanien disent aussi que le fait qu’un bon bouclier pousserait l’ennemi à chercher d’autres techniques d’attaques, ne doit pas servir d’argument contre le Missile Défense. C’est pourquoi l’Otan cherche aussi des technologies de protection contre les missiles de croisière, contre les avions avec ou sans pilotes. C’est pourquoi le contrôle des ports doit être également renforcé. Seuls les intercepteurs de courte portée peuvent faire quelque chose contre les missiles de croisière. Il est donc très important que les membres de l’Otan continuent à investir dans les différents aspects de la défense antimissiles. Un sérieux « problème » réside dans les limitations des budgets militaires de la plupart des Etats européens membres de l’Otan et dans le fait que d’autres priorités s’imposent : aux Balkans et en Afghanistan par exemple avec la transformation de leurs armées pour agir comme forces d’intervention effectives. Peut-être que plusieurs d’entre eux souhaiteraient attendre que les problèmes technologiques posés par le bouclier antimissiles soient d’abord réglés de façon convaincante.

La stratégie des Etats-Unis pour convaincre les Alliés, consiste à faire un détour, en réalisant des accords bilatéraux, en supposant qu’à un certain moment, suffisamment de pays seraient concernés pour entraîner toute l’Alliance. Travailler directement avec l’Otan ne rencontrerait peut-être pas de consensus. Donc l'approche dispersée semble plus appropriée. A la mi-juin 2007, les ministres de la Défense de l’Otan se sont mis d’accord pour réaliser un schéma de bouclier de l’espace qui protégerait les pays membres du sud-est qui ne seraient pas couverts par les intercepteurs US. Cela veut-il dire une approbation implicite des uns et des autres, ainsi que Washington l’interprète ? Jaap de Hoop Scheffer se positionne clairement quand il affirme : « la route pour le bouclier de l’espace est tracée... elle est pratique et tout le monde est d’accord ». Il y a certes des projets dans ce sens. Il y a le SAMPT programme avec la France et l’Italie ; le Patriot programma avec l’Allemagne, la Hollande et les Etats-Unis ; le Medium Extended Air Defence System (MEADS) avec l’Allemagne, l’Italie et les Etats-Unis. SAMP-T, Patriot et MEADS sont des systèmes défensifs contre les missiles à courte portée. Et ensuite, l’installation d’un site pour radar en République Tchèque et une base d’intercepteurs en Pologne.

Dans le débat autour des éléments « européens » du bouclier de l’espace, on oublie souvent le troisième larron : la Grande Bretagne. A Fylingdales l’installation de radars existante a été modernisée et est actuellement entièrement prête pour s’intégrer au système. L’été passé, le ministre britannique de la Défense Des Browne, a annoncé que la base US d’espionnage de Menwith Hill serait utilisée comme élément du système antimissiles . Cela n’était pas une surprise, vu que la station est déjà utilisée pour le système de recherche infra-rouge dans l’espace. Avec le nouveau gouvernement de Gordon Brown on dit même que la Grande Bretagne pourrait elle aussi installer des missiles intercepteurs.

sources:
www.nato-int.org
www.cnd.org
Congressional Research Center USA
David S. Yost: Missile Defense in Nato

Georges Spriet
Extrait de la revue VREDE - vredescahier 4/2007
vrede@vrede.be

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21:38 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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